Le site de Pompéi menacé d'effondrement

Faute de restauration, la maison des gladiateurs, située sur le site des ruines de Pompéi s'est écroulée au début du mois de novembre.
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Depuis le début de l'année, les effondrements se sont succédé sur le célèbre site de Pompéi. La cité, détruite par l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ avait été préservée sous une épaisse couche de cendres qui l'a entièrement recouverte et lui a permis de traverser les siècles. Ce trésor archéologique, mondialement connu et inscrit au Patrimoine de l'UNESCO, est aujourd'hui menacé de disparaître si les moyens nécessaires à sa conservation ne sont pas engagés.

Les évènements des derniers mois

Des éboulements ont eu lieu en plusieurs endroits du site, mais c'est l'affaissement au début du mois de novembre 2010 de la caserne des gladiateurs qui a déclenché la polémique. Cette enceinte de 80 mètres carrés accueillait l'entraînement des jeunes gladiateurs. Non accessible au public, mais visible de l'extérieur, elle abritait des fresques qui sont des témoignages précieux de cette époque reculée dont les vestiges continuent de nous parvenir et de faire progresser la connaissance de cette époque.

C'est cette dégradation toute récente, alors que les édifices de la cité ont traversé des siècles, qui la rend d'autant plus choquante. En effet, alors que la ville, engloutie par l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ a traversé les siècles, protégée par les couches de lapilli qui l'ont préservées de l'érosion, le manque de moyens consacrés à sa préservation est pointé du doigt par les archéologues et la presse qui dénoncent le risque de disparition du site si rien n'est fait par le gouvernement actuel.

Les sites touchés sont hautement symboliques. Parmi eux, c'est un pan de mur de la maison du Moraliste qui s'est éboulé après un épisode pluvieux. La menace de disparition de ce patrimoine est tout à fait inacceptable.

Les responsables du ministère de la Culture, chargés de la conservation du site, n'excluent pas d'autres destructions dans les semaines à venir, en raison de la fragilité des édifices. Même si le ministre de la Culture, Sandro Bondi, estime que les archéologues peuvent encore sauver quelques fresques, le sous secrétaire d'Etat ne ménage pas les services concernés et parle sans détour du défaut d'entretien dont pâtit le site depuis quelques temps. Si les responsables politiques se résignent à une certaine fatalité, les opposants au gouvernement, les archéologues et la presse pointent les responsabilités et refusent que le destin d'un patrimoine appartenant à l'humanité toute entière soit confié aux mains de quelques-uns qui, en outre, ne semblent en avoir cure.

Patrimoine mondial de l'humanité

En effet, leur rareté et leur état de conservation tout à fait extraordinaire font des ruines de Pompéi un joyau artistique, culturel et historique qui nous plonge au cœur de l'Empire romain d'une manière saisissante. L'opulence des maisons, la beauté des fresques demeurent à l'épreuve du temps et la ville est actuellement telle qu'elle était au moment où la terrible éruption du Vésuve l'a englouti. Pour preuve de ce saisissant voyage à travers les siècles, le jardin de gisants dans lequel reposent des individus surpris par la lave et statufiés par celle-ci.

C'est pourquoi le site, hameau de la ville de Pompéi a été inscrit au patrimoine mondial de l'humanité en fonction de trois critères.

Ces critères ont été mis en place en 1978 après la signature de la Convention sur le Patrimoine Mondial de l'Humanité ratifiée par le Comité des Nations Unies. Ainsi l'inscription du site archéologique de Pompéi, d'Herculanum et de Torre Anunziata a été décidée sur la base des critères III, IV et V de la Convention, à savoir qu'ils constituent " un témoignage vivant et complet de la société et de la vie quotidienne d'une civilisation à un moment précis du passé et qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs leur équivalent";

Aujourd'hui, face aux menaces qui pèsent sur la pérennité des édifices, une mission d'observation a été envoyée début décembre par le Comité du Patrimoine Mondial afin de mesurer l'ampleur de la situation, en analyser les causes pour établir les mesures à prendre pour protéger le site et éviter sa disparition. L'inscription au Patrimoine Mondial permet aussi cette prise en charge par le Comité du Patrimoine, lorsque le site bénéficiant de l'inscription au patrimoine est menacée par des causes naturelles, par des évènements politiques ou un manque de moyens.

Quel avenir pour le site?

Les titres de la presse au lendemain de l'affaissement de la maison des gladiateurs sont unanimes dans leur dénonciation des négligences commises par lactuel gouvernement. Tandis que La Stampa stigmatise "l'effondrement de la honte", La Repubblica accuse le gouvernement d'avoir confié la gestion du site à des incompétents, et en outre, de réduire les crédits alloués à la conservation des édifices en restauration. En effet, alors que les responsables expliquent l'éboulement des murs par les pluies torrentielles, les archéologues estiment que les fondations peuvent être consolidées par une simple injection de matériau stoppant les infiltrations.

Enfin, la position du quotidien Il sole 24 Ore est encore plus radicale : le journal milite pour la recherche d'une issue à travers un mécénat privé, seul à même d'apporter les fonds et le suivi nécessaire à l'entretien et à la conservation du site par des professionnels soucieux de sa pérennité. Mais ceci ne risque-t-il pas de conduire à privilégier les monuments et les sections les plus visitées, donc les plus rentables, au détriment d'autres parties du site tout aussi intéressantes du point du vue culturel et historique?

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