Auteur BD, drôle de métier !

La bande dessinée est-elle un métier ? Voici la première partie d'un dossier consacré aux artisans du 9e art : état des lieux, définitions, formations,...

La bande dessinée est-elle un métier et doit-elle le devenir dans l'acception classique du terme ? Pour le 9e art (qui s'interroge encore sur son statut "d'art" à part entière ), comme pour les autres formes artistico-littéraires, le monde éditorial français privilégie le statut d'auteur.

Attention oeuvres protégées, artistes fragilisés ?

Particulièrement encadré, ce statut comporte en France des avantages non négligeables pour protéger le travail de l'artiste : protection "immatérielle" de son oeuvre (exploitation, reproduction), application du code de la propriété intellectuelle, perception de droits d'auteurs, etc. Cette situation semble à priori un postulat de départ idéal.

Les créations sont donc bien protégées au regard des pratiques en cours partout ailleurs dans le monde, mais l'auteur quant à lui semble plus fragile que son oeuvre. Ces dernières années, des voix d' auteurs se font régulièrement entendre pour alerter , sinon interpeller les lecteurs mais aussi et surtout les autres professionnels de la chaîne du livre sur des pratiques de plus en plus controversées voire abusives.

Les controverses de la BD numérique : l'amorce d'un mal plus profond ?

Les récents débats houleux (entre la SNAC, la SNE, les concepteurs de e-book, etc) qui accompagnent l'émergence d'une offre numérique balbutiante en France, confirment plus que jamais et attirent à point nommé l'attention de tous les acteurs du 9è art sur la précarité du statut des auteurs.

Cette réalité n'aura pas échappé aux organisateurs du Festival International de BD d'Angoulême, qui proposent de débattre durant ses Université d'été 2011 de la délicate question des "relations auteurs-éditeurs" . Qu'en est-il donc de cette protection des oeuvres mais aussi et surtout de la réalité quotidienne des auteurs de bande dessinée ?

Auteur BD : un statut précaire

Cependant cette protection de l'oeuvre et de son auteur n'ont pas, pour autant, que des avantages dans la pratique quotidienne : exit alors naturellement le confort réglementé du salariat offrant à la clé revenus mensuels fixes et contrats sécurisés. Rien d'étonnant, dans ce contexte, à ce que de nombreux auteurs fuient la précarité et jonglent souvent et longtemps avec des activités annexes pour compléter leurs revenus, lorsque ce ne sont pas clairement les minimas sociaux qui prennent le relais.

Ces difficultés sont-elles propres aux auteurs de bande dessinée ? Evidemment non. Les auteurs de roman, d'essai, de biographie, de théâtre, les photographes ou bien encore les auteurs de textes poétiques sont pour beaucoup soumis aux mêmes difficultés. Mais même si cette situation peut précariser les autres créateurs, elle fragilise d'autant plus les auteurs de bande dessinée.

La fragilité des oeuvres collaboratives

Pourquoi ? Les bande dessinées, devenues au fil du temps des oeuvres collaboratives, impliquent bien souvent le partage des "droits d'auteurs" qui avoisinent en moyenne les 10 % HT du prix public de l'oeuvre entre les auteurs.

D'autant que les usages actuelles tendent à multiplier les différents intervenants et donc à diviser d'autant des "droits" non extensibles à l'infini (le dessinateur, le coloriste (lorsqu'il est reconnu comme auteur, ce qui est très rarement le cas), et enfin le (ou de plus en plus souvent "les") scénariste.

Délais de créations plus longs que dans les autres domaines éditoriaux

De plus la réalisation d'une BD (pour un format standard franco belge de 46 planches) implique (en moyenne) des impératifs techniques difficilement comprimables en termes de délais de conception. Le délai le plus long est évidemment tenu par la réalisation des planches (recherche du design, des personnages, story-board, découpage, réalisation du crayonné, encrage) . Toutes ces étapes nécessitent à l'illustrateur en moyenne 7 à 9 mois pour réaliser un album.

A cela se rajoute évidemment : le temps de colorisation qui peut prendre de 2 à 6 mois selon les coloristes et les techniques utilisées, le temps de lettrage, mise en forme et maquette qui peuvent se réaliser en 1 voir 2 mois, et enfin le temps d'écriture du scénario qui peut s'étaler entre 3 à 6 mois selon les thèmes et les recherches documentaires nécessaires à l'écriture.

Les auteurs BD : des grands enfants qui s'amusent ?

Taxée de littérature "enfantine" (donc non sérieuse?), la bande dessinée laisserait-elle croire que les artisans qui lui donnent vie sont des grands enfants qui s'amusent ? Même si c'est le cas parfois (admettons le), peu de passionnés finissent par devenir des professionnels gagnants suffisamment pour faire du 9e art leur source unique de revenus.

Cette précarité obligent nombre d'entre eux à endosser différents statuts : auteurs dans leurs créations graphiques (dessin et illustration) ou écrites (scénariste), salariés souvent ou free-lance quelque fois pour leur rôle de coloriste, de lettreur ou de maquettiste, intervenant indépendant durant leurs interventions culturelles face au public (scolaire ou adultes) dans les institutions ou lors d'événements, etc.

Dossier : Auteur de bande dessinée : du rêve à la réalité.

1ère Partie : Page actuelle

2è Partie : Malentendus ou dialogues de sourds ?

3è Partie : C ontrat et statut : les réponses d'un avocat spécialisé

4è Partie : Suite et fin de réponses de L'avocat spécialisé en CPI

5è Partie : C omment se former aux métiers de la BD

6è Partie : Les associations d'auteurs BD

7è Partie : Regard d'auteur

8è Partie : Regard d'éditeur

9è Partie : L'horizon des métiers du 9e art

Lire aussi : La BD est elle un art ? : Une BD résumant avec pertinence et impertinence l'histoire de la propriété intellectuelle à travers les âges (lecture en ligne), (scénariste BD) témoigne de sa réalité d'auteur

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