Christophe Cazenove, de ses débuts dans la BD au choix du rire

De ses débuts aux Editions Bamboo, aux choix de ses sujets, des auteurs qui l'inspirent en passant par les mécaniques du rire, Cazenove dévoile son univers.
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BD : Vous avez exercé des métiers alimentaires avant de pouvoir vous consacrer à votre passion, comment avez-vous vécu ces années ?

CC : J’ai toujours bien aimé travailler en grande surface. Le travail n’était pas désagréable, je voyais du monde, les relations entre collègues se passaient bien. Il n’y avait que la paye misérable qui noircissait le tableau. Faire de la BD, j’y croyais sans trop y croire. Je n’avais absolument aucun contact, ne connaissais personne qui aurait pu m’introduire dans le métier, et j’étais bien trop réservé pour aller frapper à quelques portes.

Avec ma compagne Véronique nous allions régulièrement dans les festivals pour rencontrer nos auteurs préférés. Et je n’ai jamais osé montrer l’un ou l’autre de mes projets. Alors je me disais que peut-être un jour j’aurai la chance d’être publié, ne serait-ce même qu’une fois m’aurait suffi. Ces années-là n’étaient pas si difficiles à vivre, même si percer plus tôt dans la BD ne m’aurait pas dérangé, bien évidemment

BD : Comment avez-vous vécu l’écriture de votre premier scénario de BD ? Avez-vous disposé de conseils, aviez vous un modèle pour mentor ?

CC : Comme je vous l’ai dit, je ne connaissais absolument personne dans le milieu de la BD. Aussi, pour l’écriture du premier tome des Prédictions de Nostra j’ai surtout profité des conseils d’Olivier Sulpice et du dessinateur André Amouriq qui avait déjà de la bouteille. Il est l’un des dessinateurs historiques de Blek le roc quand même.

Coté modèle, j’en ai toujours et principalement eu trois : Raoul Cauvin, Pierre Seron et Greg. Je les ai tellement lu que chaque page que j’écris, et aujourd’hui encore, est passée au crible de leur production. Je pense le faire inconsciemment, car si je réfléchis sur une page, cherchant une solution pour améliorer ou modifier une case, je retombe en général sur une de leur planche

BD : Avez-vous choisi librement les sujets humoristiques ou était-ce une orientation choisie par votre éditeur ?

CC : J’avoue que si Bamboo m’avait proposé de travailler sur un projet réaliste j’aurais certainement accepté. C’était quand même mon rêve de gamin que je touchais du bout des doigts. Heureusement pour moi on m’a demandé ce que je crevais d’envie de faire. Du gag !

Je me sens bien dans ce format là, ce qui ne veut pas dire que je me sente compétent, mais je vis ça comme une évidence. C’est là qu’est ma place. Et comme lorsque j’ai débarqué chez Bamboo venaient d’être lancées les collections Métiers et Sports, j’ai eu l’opportunité de multiplier les séries. Je n’aurais jamais envisagé ne serait-ce que l’idée d’avoir autant de chance et de devenir scénariste de plusieurs séries humour.

BD : Vous semblez au réel, un homme plutôt réservé, en retrait, on sent chez vous une grande capacité à l’écoute et à l’observation. Vous servez vous de cet aspect de votre personnalité dans votre métier de scénariste ?

CC : Je pars toujours du principe que tout peut servir. Les rencontres, les coups de fil, les musiques, les films, et même cette interview pourra un jour me servir à développer un personnage ou écrire un gag, sait-on jamais. Et effectivement, le fait d’être réservé et donc de me positionner plus en spectateur qu’en acteur me permet d’observer en toute tranquillité. Je remarque des comportements qui me surprennent ou m’amusent, je note des prénoms originaux, des façons de parler, des tics, et j’ai une sale manie qui veut que lorsque je rencontre des gens j’ai tendance à leur poser des questions sur leur travail ou leur passion.

J’ai toujours la crainte de les saouler ou d’être indiscret. Ce n’est pas que de la curiosité ni une façon de passer le temps, mais un vrai vif intérêt. Et tout cela me sert parfois à alimenter mes pages. Ca, c’est aussi une chose que j’ai apprise avec Bamboo. Un gag ce n’est pas qu’une chute, il faut que la lecture soit la plus amusante possible. Il faut que le lecteur sourie de la première à la dernière case. Je sais que je n’y arrive pas à chaque fois, mais en tous cas j’essaie.

BD : Quel est l’aspect de votre travail scénaristique qui vous prend le plus de temps ?

Ce qui me prend le plus de temps est la recherche de l’idée. Et quand on écrit une série humour sur un album de 44 pages, hé bien cela nécessite 44 idées (parfois un peu moins s’il y a une ou deux histoires en plusieurs pages) Mais le but n’est pas non plus d’aller à l’économie. Pour un album classique je dois bien avoir un tiers d’idées en plus qui ne seront jamais utilisées. Mais ça fait partie du processus de création.

Il faut aussi prendre en compte l’avis du dessinateur. Je demande toujours à ceux avec lesquels je bosse de ne jamais hésiter à mettre un gag de côté si l’idée ne leur plaît pas. Je ne suis pas encore à un gag près (pourvou qué ça doure). Tout ce travail se déroule sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Comme j’écris plusieurs séries en parallèle, j’avance assez doucement, et essaie de n’avoir jamais plus de 6 ou 8 pages d’avance par rapport au dessinateur. Parce que je considère que c’est un travail d’équipe, et quand on forme une équipe on essaie de progresser ensemble.

S’il y a quelque chose que je n’aime vraiment pas, c’est de devoir bosser dans l’urgence. J’essaie de m’organiser et j’avance peinardement sur plusieurs séries. L’autre truc que je ne supporterai pas, c’est de mettre le dessinateur en retard. C’est pourquoi je lui demande toujours de m’envoyer un mail dès qu’il ne lui reste plus que deux ou trois scénarios d’avance. Pour l’instant ça roule pas mal en procédant ainsi.

BD : Faire rire est certainement un des arts les plus délicats qui soient…

CC : Pour ce qui est du coté délicat de faire rire, je n’ai pas vraiment fait d’analyse sur ce sujet. Ce que je sais et qu’il est aujourd’hui très commun de dire, c’est que le gag doit être une mécanique bien huilée dans laquelle chaque case doit avoir sa place, sa justification parmi les autres. Je pense aussi que c’est une tournure d’esprit. Là où certain ont une vision d’ensemble du plan d’une histoire complète, moi j’ai plein de visions disparates d’idées de gags.

Sans oublier que le fait de chercher tous les matins des idées saugrenues, décalées et parfois marrantes est une vraie gymnastique. Si je m’arrête une quinzaine de jours pour souffler un peu, j’ai énormément de difficultés à m’y remettre. Les idées ne viennent plus. C’est radical. Ceci étant dit, je considère qu’un gag est bon pour le service lorsqu’il m’amuse, moi. C’est l’indispensable première étape

Informations Utiles :

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