Christophe Cazenove, faire de la BD c'est le plaisir avant tout !

Du désintérêt de la profession pour l'humour,de ses influences BD en passant par ses collaborations avec les illustrateurs, le scénariste livre son ressenti

BD : L’art de faire rire à depuis toujours était méprisé par les professionnels des milieux artistiques (cinéma, littérature, théâtre). Est-ce de même pour la BD ?

CC : C’est un sujet qui ne m’intéresse pas en tant que tel. J’ai cependant une tendance à penser qu’effectivement, tout ce qui est populaire et grand public, quel que soit le support, ne recueille pas souvent les faveurs de certains professionnels ou prétendus tels.

Mais il ne faut pas généraliser, c’est d’ailleurs la seule généralité que j’admette. D’une manière peut-être un peu utopique (ou stupide, ‘faut voir) je considère que la bande dessinée est un tout, et que tous les styles –même ceux que je n’aime pas- y ont leur place. Et pourtant il faut toujours que certains s’évertuent à dresser des barrières. Dans la bande dessinée, certainement, même si c’est dans le cinéma que c’est le plus évident.

Dans votre question vous utilisez le verbe « mépriser » et vous avez raison. Là où ces détenteurs du bon goût pourraient se contenter d’éviter ou d’ignorer ce qui leur paraît léger et futile, ils y apportent une notion de mépris qui rend leur attitude insupportable. Même si une fois de plus il ne faut pas généraliser, et si… je m’en tamponne allègrement

BD : Vos scénarios sont ils écrits sous la forme de textes uniquement ou griffonnez vous comme certains scénaristes un story board ?

CC : Cela dépend des collaborations. Certains dessinateurs comme Stedo, Amouriq, Jytéry, Wozniak ou Larbier, aiment bien avoir un scénario dessinouillé. Ils se servent de la mise en scène que je leur propose graphiquement pour construire la leur. C’est une base, un support, même si rien ne les contraint à la respecter à la lettre. D’autres comme Jenfèvre, Vervisch ou William préfèrent que je leur envoie des scénarios rédigés car ils ne veulent pas être influencés pour construire leur page.

Ca ne me dérange pas, je m’adapte. Cependant je ne griffonne mes scénarios que pour du gag, tout d’abord parce que je trouve que c’est plus évident pour voir si un gag fonctionne ou pas, un seul coup d’œil et on voit ce qui est bancale. Et ensuite parce que je prends énormément de plaisir à gribouiller moi aussi des personnages. Hé oui, je viens m’ajouter à la liste plutôt longue des scénaristes frustrés de ne pouvoir faire aussi le dessinateur

BD : Comment se passent vos collaborations avec les dessinateurs ?

CC : Quand je livre le scénario d’une page je place tous les éléments essentiels à l’histoire. La mise en scène et les mouvements des personnages, les dialogues, le lieu, la météo si besoin, et bien sur l’histoire, et tout ça case par case. C’est bien le minimum que je puisse faire puisque c’est quand même en cela que consiste mon travail de scénariste.

Par contre, le dessinateur a toute latitude pour donner vie aux personnages, créer les décors comme il le souhaite, se faire plaisir en ajoutant tel ou tel élément que je n’aurai pas prévu. Mais ce n’est pas moi qui décide ce qu’il peut faire ou pas. C’est un travail d’équipe. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un dessinateur me propose un autre dialogue ou une autre idée de mise en scène. Aussi je n’hésite jamais à demander à mon binôme ce qu’il aimerait dessiner afin que je me débrouille pour glisser cette envie dans une page. ‘faut se faire plaisir avant tout

BD : La plupart de vos titres sont parus aux éditions Bamboo. Est-ce le fruit d’une stratégie de carrière ou d’une relation privilégié avec cet éditeur ?

CC : Je n’ai jamais eu le moindre plan de carrière. Me connaissant, je n’aurai pas été capable de le respecter. Si la plus grosse partie de ma production est éditée par Bamboo c’est parce que c’est chez Bamboo que j’ai démarré, et que ça se passe tellement bien que je n’ai aucune raison de vouloir aller travailler ailleurs. Et comme l’éditeur semble vouloir que je poursuive encore quelques temps avec lui, alors tout va bien. Cela ne m’a pas empêché de signer chez trois autres éditeurs, Zéphyr, Cleopas et la Fourmilière BD. Mais Bamboo garde une place à part, c’est sûr

BD : Beaucoup d’artistes disent prendre leur inspiration auprès de grands maîtres, quels sont les vôtres ?

CC : Quand j’étais gamin j’étais vraiment épaté par certains auteurs, comme Raoul Cauvin pour sa productivité et la qualité de ses scénarios. Seron et Tibet m’ont beaucoup marqué eux aussi. Et pour continuer dans la BD j’étais et suis toujours un grand fan d’Astérix . Des histoires géniales, un dessin à tomber. Je n’ai toujours eu qu’une seule envie, faire de l’Astérix (et pas faire Astérix , la nuance est importante, héhé) Mise à part Cauvin je ne crois pas avoir de grand maître à citer. Il y a des tas de séries télé que j’ai vu en boucle, ou des films, mais à part l’envie de me lancer moi aussi dans l’écriture d’histoires, je ne peux pas prétendre m’être inspiré de tel ou tel cinéaste ou écrivain.

BD : Quel est pour vous l’évènement professionnel le plus marquant de votre carrière de scénariste ?

CC : Sans hésitation le jour où Olivier Sulpice (boss de Bamboo) a répondu à un projet que je lui avais envoyé. Je rentrai du boulot et Véronique m’a dit que Bamboo venait de téléphoner et qu’il fallait que je le rappelle. Tout s’est accéléré à partir de ce jour dont je n’ai jamais oublié la date.

Après j’ai eu la chance de faire de très belles rencontres, de monter de chouettes projets et tout ça, mais qui n’auraient jamais vu le jour sans ce coup de fil

BD : Nombre de vos séries figurent dans le top ten des ventes de BD, comment vivez-vous cette reconnaissance du lectorat à l’inverse des professionnels du métier qui snobent souvent ce style qu’ils taxent pour certains de mercantiles ?

CC : Tout d’abord, je ne sais pas vraiment ce que c’est que de faire un bouquin, BD ou autres, sans arrière-pensée mercantile. On rêve tous d’un titre qui ferait l’unanimité, qui ferait un carton. Lorsque l’on raconte une histoire c’est pour qu’elle soit lu, et par le plus grand nombre si possible, donc l’aspect commercial est induit. Sans oublier qu’un éditeur préfère en général rentrer dans ses frais au minimum et faire des bénéfices dans le meilleur des cas.

Pour ce qui est de figurer dans le top ten des ventes, il est certain que c’est très agréable et je le vis comme un vrai privilège, mais je n’imprime pas les classements pour les encadrer dans mon bureau. De même je ne vois pas ça comme une revanche à l’encontre de ceux qui n’aiment pas le style de BD que je fais, je prends ce « cadeau » comme il vient, mais je n’y pense pas tous les jours, loin s’en faut

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