Christophe Cazenove, rencontre avec un homme d'humour

Rencontré le 14 mai, Christophe Cazenove scénariste de BD, livre avec drôlerie comment du statut de passionné BD il est devenu un professionnel du 9e art.
12

BD : Comment devient on scénariste de BD, lorsqu’on a pas forcément fait de prestigieuses écoles de dessin ou de littérature ?

CC : On compte sur la chance, sur sa bonne étoile en espérant qu’on en a une. Je n’ai jamais été trop scolaire et je ne suis pas persuadé que ça aurait changé quoi que soit si j’avais intégré une école de bande dessinée. En plus de ça je savais que les auteurs que je lisais étaient pour la plupart autodidactes, ce qui m’encourageait à ne pas chercher à intégrer une école. Mais la question ne s’est jamais vraiment posée, même si après mon BAC j’ai tenté des concours dans des écoles d’art, mais c’était plus pour rassurer mes parents qu’autre chose. Je ne croyais absolument pas avoir de l’avenir par ce biais-là.

J’ai passé un BAC A3 (littéraire avec option art, à l’époque), qui ne m’a servi à rien d’autre sinon à peut-être prouver que je savais au moins lire, écrire et vaguement compter. Après mon service militaire j’ai commencé à travailler dans la grande distribution, tout en envoyant en parallèle des projets à des éditeurs.

Et donc, pendant treize longues années j’ai bossé mes 60 heures par semaines en supérette pour me lancer dans l’écriture aussitôt rentré chez moi. J’ai parfois connu des périodes de découragement. En fait, le seul qui m’ait répondu positivement sur cette longue période, est le dernier à qui j’ai envoyé un projet, Olivier Sulpice, le créateur et patron de Bamboo.

Une fois en contact avec Bamboo tout s’est enchaîné très rapidement. Au bout de quelques mois il acceptait ce qui sera ma première série, les prédictions de Nostra avec André Amouriq au dessin. Il m’a proposé d’autres séries, j’en ai proposé aussi, et deux ans après je pouvais quitter les supermarchés et gagner ma vie en vivant mon rêve de gamin.

Mon autre chance est que ma compagne Véronique ne m’ait jamais reproché de perdre mon temps avec mon envie de faire des petits miquets. Elle m’a accompagné et soutenu durant ces années pas forcément évidentes et c’est le genre de choses qui comptent énormément.

BD : Comment vous est venue l’envie de raconter des histoires ?

Là non plus la question ne s’est pas vraiment posée, en tout cas pas de cette façon-là. Je lisais beaucoup de BD, je dévorais les livres consacrés aux auteurs, et très rapidement j’ai commencé à écrire et dessiner mes propres histoires. J’ai dû produire une bonne centaine de pages, plus des dizaines de strips. La plupart du temps dans un style humoristique. Je trouvais quand même assez fascinant de réussir à faire rire, grâce à des dessins et une petite histoire.

C’est à ce moment-là que le gag est devenu mon format de prédilection. Je l’ai développé des années durant, et même au lycée lorsqu’avec des amis nous avions créé un fanzine, « les andouilles en folie » (ça c’est un titre accrocheur) J’ai aussi toujours eu un côté éponge (rien à voir avec les bistrots) Lorsque je regardais un western je me lançais aussitôt dans l’écriture d’une histoire en plein far west.

Une série télé fantastique ou d’aventures produisait le même effet. C’est encore vrai aujourd’hui même si je sais un peu mieux contrôler mes ardeurs. C’est la raison pour laquelle je lis encore énormément de bandes dessinées, parce que justement, ça m’influence, ça me nourrit et ça m’inspire.

BD : Vous êtes l’un des auteurs les plus prolifiques des Editions Bamboo, classé volontiers dans le tiroir des « amuseurs », comment vivez vous ce peu d’estime que la profession porte à des œuvres dites populaires ?

CC : En toute sincérité, ça m’est égal. Je n’y pense pas. Au tout début, lorsque sont sortis mes premiers bouquins j’ai été surpris de certaines critiques systématiques qui tapaient (sans les lire, j’en suis certain) sur les albums « à thème » édités par Bamboo. Puis j’ai compris que cela n’avait aucune importance. Considérant ce que je vous ai dit juste avant, je crois être à ma place dans ce que je fais. J’ai grandi avec Achille Talon, Cubitus, Gaston Lagaffe, Robin Dubois, quasiment toute les séries de Raoul Cauvin et plein d’autres albums de gags. Je rêvais véritablement d’écrire ce genre d’histoires drôles.

Alors que certains n’aiment pas ce que je fais ou ce style de BD, je le comprends tout à fait, il y a des genres de bande dessinée que je n’aime pas, mais que des critiques ou des collègues me toisent de haut en regard de ma production, ça me passe bien au-dessus des épis qui constituent une bonne partie de ma chevelure. Comme le disait Achille Talon, je m’en brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Hop !

BD : Comment se sont passé vos premières rencontres avec les éditeurs, et les éditions Bamboo en particulier ?

CC : Je n’aurais jamais pu imaginer qu’une relation avec un éditeur puisse se passer aussi bien. Ceux qui me connaissent et qui surtout connaissent Olivier Sulpice savent combien cette réponse est sincère. Bamboo m’a non seulement mis le pied à l’étrier mais m’a aussi fourni un cheval de course. En deux ans ma vie a basculée, et je n’en fais pas des tonnes. Mais évidemment, lorsque j’ai signé mon tout premier contrat j’avais seulement l’impression d’intégrer une équipe où tout le monde était traité sur un pied d’égalité.

Ca peut paraître crétin de dire ça, mais à aucun moment je n’ai eu l’impression de me faire avoir et je n’ai jamais eu à me mordre les doigts d’avoir signé chez l’éditeur Mâconnais. Pour répondre plus précisément à votre question, j’ai envoyé à Bamboo un dossier avec deux ou trois projets de séries de gags. Il m’a répondu qu’il aimait mon humour mais pas les thèmes que je proposais, et il m’a encouragé à lui envoyer d’autres idées, sans toutefois rien me promettre. Après avoir accepté les Prédictions de Nostra , il m’a proposé de travailler avec lui au scénario de la série les Gendarmes , puis de l’album les 1000 pattes , et c’est comme ça que les choses ont démarré.

Informations Utiles :

Lire toute l’interview : 2eme partie , 3eme partie , 4eme partie .

Sur le même sujet