Joseph Behé, "l'auteur est un homme qui s'engage"

Suite de l'entretien avec l'auteur de bande dessinée qui évoque ses inspirations, ses collaborations et les raisons de son engagement associatif.

Lors de cet entretien, Joseph Béhé dévoile des méthodes d'inspiration propres à faire rêver bien des auteurs aventureux. Entre voyage aux quatre coins du monde et regard incisif sur le marché de la bande dessinée, l'homme se dessine derrière les réponses de l'auteur.

De la multiplicité de ses inspirations

Interrogé sur ses sources d'inspirations, l'illustrateur/scénariste avoue qu'il n’hésite pas, comme après un voyage en Italie pour parfaire l’écriture d’Erminio le Milanais, à s’envoler (avec Laprun et Surcouff, ses co-auteurs ) en direction du Groenland pour s’imprégner des grands espaces glacés et distiller ainsi cette poésie dans les pages du « Chant du pluvier ». L'aventure d'un livre devient aventure humaine et le regard du documentariste apporte dans les pages de ce pluvier(parmi d'autres détails signifiants) "le chant" de la glace qui fond entre les pages de ce livre délicat et efficace.

Mais la mécanique de l'inspiration serait une pépinière sans bouture si l'auteur n'avait matière à interpeller le lecteur. De 1987 à aujourd’hui, Joseph Béhé n’a de cesse de choisir des thèmes qui le « bousculent » lui-même, pour mieux « bousculer le lecteur » dira-t-il en évoquant entre-autre « Pêché Mortel » ou « Double je ». Ambitieux pour ses lecteurs, il choisit des sujets d’actualité et remue pour nous le fait social et politique (Pêché Mortel – Double je – le légataire – le Décalogue) mais aussi les méandres de l’âme humaine (Minuit à Rhodes – Chimères – Erminio le milanais – Le chant du pluvier).

De l’humilité du travail en équipe

« Il me faut une part de danger, de prise de risque » dit-il pour expliquer ses choix de collaborations (Letendre, Rey, Giroud, Mosdi, Laprun, Surcouff, Toff, Meyer, Boisset, Delisse, Young) Pour certains il sera uniquement dessinateur (Le décalogue, le légataire, Pour l’amour de l’art, La péniche bleue, Chimères) laissant même parfois la couleur à Young, Meyer ou Laprun.

Pour d’autres titres il ne prendra en charge que le scénario s’effaçant pour laisser d’autres illustrateurs servir au mieux l’intérêt de l’histoire (le chant du pluvier, Erminio le Milanais). Et pour « Double Jeu » ou encore « Pêche Mortel » il prendra une part active au scénario, au dessin et à la couleur. Cette diversité de compétences, qu’il sait doser avec humilité pour rester au service de l’histoire, lui permet au fil des collaborations d’engranger une somme de connaissances qu’il va mettre en partage.

Un auteur est un homme qui s’engage : le travail associatif

« Quelque chose a commencé à changer après les années 2000, et plus particulièrement en 2004. Je constatais que le statut de l’auteur se précarisait de manière latente. Pendant les festivals je rencontrais de plus en plus de chasseurs de dédicaces et de moins en moins de lecteurs. Les rapports avec les éditeurs prenaient des formes nouvelles et parfois tendues… »

C’est certainement ce qui explique qu’en 2007, il sera l’un des instigateurs des deux associations professionnelles devenues aujourd’hui les interlocuteurs incontournables qui comptent dans la chaîne du livre : le syndicat des auteurs de bande dessinée ou la SNAC ( Groupement bd au sein du Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs ) et le Grill (le GRoupement des ILLustrateurs formés ou travaillant en Alsace ).

Même si encore aujourd’hui « les auteurs du 9e art peinent à se fédérer totalement pour de très diverses raisons» comme le déplore Joseph Béhé, il ne se laisse pas décourager et travaille sur trois fronts à la fois. Il continue à accompagner les élèves qui rejoignent chaque année les ateliers de l’ESADS de Strasbourg. Il s’implique frontalement dans les revendications entre les auteurs et les autres intervenants de la chaîne du livre par le biais des deux associations dont il est un membre actif. Et enfin, il continue son parcours d’auteur et travaille actuellement sur un projet très personnel.

Un auteur est un homme qui travaille pour de vrai

Si multiplicité rime avec opportunisme chez certains auteurs, la multiplicité de Joseph Béhé, commencée dès le berceau par sa culture franco-germanique, s’apparente plus à une forme d’équilibre personnel. Pourrait-il être le même auteur s’il devait renoncer à son engagement associatif pour la reconnaissance du statut des créateurs du 9e art ? Pourrait-il être le même auteur s’il devait renoncer à partager avec les jeunes générations son goût pour ce qu’il appelle « son cinéma de papier» ?

Ses projets en cours depuis la sortie de son dernier album « L’ancêtre - 11e opus de la série Destins/ Glénat 2011 » ? Un roman graphique (en noir et blanc peut être) pour lequel il tissera et le scénario et le dessin. Ses thèmes ? La vie, la mort, l’enfance et la richesse des cultures multiples.

Ses lecteurs attendent maintenant, depuis ses deux derniers romans graphiques, de découvrir sa prochaine collaboration importante : sa première collaboration avec lui-même. Mais si ces derniers pouvaient franchir le Rhin et s’aventurer à la terrasse d’un café de la ville de Kehl où Joseph Béhé aime à s’attabler régulièrement, ils pourraient tout en profitant des rares rayons du soleil de ce printemps tardif, voir la nuque penchée d’un auteur qui travaille… pour de vrai.

Lire la 1ere partie de cet entretien ici

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