Paradigme Cromwell : la masse de l'expérience

Didier Cromwell revient sur ses débuts en BD. Et comment il apprend très tôt que "pour gagner un combat, il faut avant tout apprendre à contourner l'ennemi"
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L'auteur se souvient de ces années de jeunesse où sa passion pour la musique et la lecture, vont être bousculés par un 9è art découvert dans des greniers poussiéreux. Il n'est alors pas conscient que cette rencontre avec le graphisme va bouleverser sa vie profondément. Au poids du violoncelle, dont il joue déjà depuis sa plus tendre enfance, se rajoute les quelques grammes d'un crayon de graphite et de quelques pages blanches...

Des chevaux et des arbres.

La masse supplémentaire, cachée au fond de son cartable d'écolier, mesurée en grammes, est légère au vu du travail acharné dans lequel il va se lancer sans s'en apercevoir. Obstiné, opiniâtre, l'enfant comprend intuitivement que pour la maîtrise du dessin il en va de même que pour la musique : travail, répétition, exercice et expérience seuls pourront peser dans la balance. Est-ce la notion d'interdit qui le motive ? Est-ce la passion qui le guide ?

Ou alors est-ce la phrase paternelle considérant la bande dessinée comme "un divertissement peu constructif" qui mettra l'adolescent au défi ? Peu importe, il n’en faut pas plus au jeune garçon pour prendre ses crayons et dessiner sans relâche. De ces premiers dessins enfiévrés, réalisés en secret, Didier tend à l’excellence. Voulant prouver à son père le sérieux de sa passion il « n’a de cesse, en cachette, de peupler ses pages blanches des sujets parmi les plus difficiles à réaliser : des chevaux et des arbres… ».

L'enfance : une parenthèse en éternelle jachère

Le « Il n’a aucun talent !» de son père, en réponse à sa mère qui lui montrait les dessins de leur fils adolescent, entendu à travers une porte, aura-t-il scellé sa vocation ? A cette question Didier Cromwell préfèrera répondre « Cela m’a certainement donné l’envie de lui prouver que j’étais capable de le faire et de le faire bien ».

Mais l’enfance n’étant, en tout et pour tout, qu’une parenthèse en éternelle jachère, Didier qui aura cultivé avec une égale passion la musique, la lecture et le dessin, va se confronter à la réalité. Pensionnaire dans une école de Jésuites, il devra abandonner à regret la pratique du violoncelle qu’il suivait depuis plus de dix ans.

Apprendre à contourner l’ennemi

Le dessin, auquel il n’a pas renoncé, occupera naturellement la place laissée libre. Mais le jeune garçon fera une autre rencontre : le rock ! Découvert dans les couloirs du pensionnat, la guitare électrique et le larsen vont entrer dans sa vie pour ne plus le quitter.

Ayant retenu de son père que s’il veut « gagner un combat, il faut avant tout apprendre à contourner l’ennemi », il n’aura de cesse de contourner son père lui-même. A 15 ans, alors qu’il continue à dessiner en cachette et à s’imprégner du rock, il sabotera sciemment l’examen d’entrée à l’école des « Enfants de Troupes » au moment où son père, ayant renoncé à l’idée de faire de lui un grand violoncelliste, le destinait à une carrière militaire.

L'heure du choix : Musique, dessin ou... armée ?

Mais quelle voie choisir à 18 ans lorsque, comme Didier, on ne souhaite faire une chose que si on y excelle ? Musique, dessin… Contre toute attente (même la sienne), Didier opte pour la voie paternelle : l’armée. Il parvient même, à sa grande surprise, au rang de sergent dans le légendaire corps des Para.

Mais comme l’enfance aura été le temps de l’exploration, cet engagement aura été pour lui, celui de la réflexion. Au terme de quelques années (dont visiblement il préfère dire un « certain temps ou un temps certain ») il sait ce qu’il veut faire. Ce seront les arts visuels.

Conscient que l'autodidacte solitaire, qui dessine depuis des années, à besoin de se mesurer à la masse des connaissances empiriques pour mieux les contourner, il quitte l’armée pour intégrer l’Ecole des Gobelins à Paris...

"Le paradigme Cromwell", lire le dossier complet :

1er partie : La longueur égale à la distance parcourue

2eme partie : La masse de l'expérience

3eme partie : Le temps une constante variable

4eme partie : Le courant électrique, rien ne l'arrêtera

5eme partie : La température égale au tempérament

6eme partie : La quantité de matière du rêve à la réalité

7eme partie : L'intensité lumineuse de l'ombre

Lire la Chronique : "Le dernier des Mohicans" de Cromwell et Catmalou (Soleil Productions - 2010)

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