Paradigme Cromwell : la température égale au tempérament

De l'appel de l'éditrice à l'oeuvre finale qui verra le jour trois ans plus tard, retour sur la genèse du "Dernier des Mohicans" de Cromwell et Catmalou...
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Affranchi et décalé dans ses bandes dessinées comme dans sa musique, Didier Cromwell, issu d'une famille aux valeurs très traditionnelles, a depuis longtemps fait la preuve de sa liberté de ton et de sa personnalité atypique en 2006 alors que Clotilde Vu (éditrice chez Soleil Productions) prend contact avec lui.

" Le Dernier des Mohicans, c’est pour moi ! "

Alors qu'ils discutent maquette et mise en forme pour une prochaine collection à venir chez Soleil, "Noctambule" , Didier Cromwell affirme n'être pas attiré par les adaptations littéraires. Mais lorsque son interlocutrice annonce que " Le Dernier des Mohicans " de J.F. Cooper fait partie de la sélection des oeuvres qui seront reprises, l'illustrateur au tempérament bien trempé, saisit l'évidence.

Mais c'est probablement aussi l'adolescent (qui ne sommeille que d'un oeil) - et qui dévorait avec émotions les aventures de Nathaniel, Uncas, Cora et du perfide Magua - qui répond avec la spontanéité de l'enfance " le de rnier des mohicans, c'est pour moi !". Pour l'éditrice, qui le connait bien, l'affaire est entendue et c'est Didier Cromwell qui fera l'adaptation de ce célèbre classique américain.

Didier Cromwell : " J'étais emmerdé.. ."

Comment résister à l’idée de mettre en images ce qui n'est rien d'autre pour lui " qu'un véritable roman noir " ? Hanté par la noirceur illuminée d’un " Sin city " de Franck Miller et mis en appétit par la liberté de création et de ton qui lui est proposée, il sait qu'il ne veut pas faire une simple "adaptation". Il veut donner vie à "son" Mohican.

Mais à peine le combiné raccroché, l’illustrateur est pris dans une zone de turbulence. Quel traitement graphique choisir ? "J’étais emmerdé… " avoue Didier Cromwell ! Panique ? Non, exigence d’un artisan soucieux du détail. Et le souci du détail, l’auteur déjà aguerri, va le pousser loin. Il décide d’entrée de ne pas relire le livre d’origine. Refusant de polluer les sensations premières de lecture, il fait appel à sa mémoire.

Le tempérament Cromwell : du ressenti et du travail

" Je me revois lisant, aux bords d’un étang en Sologne… les parfums de la terre, la chaleur du soleil, les bruits de la nature… ". Emporté à la fois par les longues et minutieuses descriptions de l’auteur, mais aussi par la ferveur de son imagination adolescente, Didier Cromwell se rappelle des rebondissements de l’intrigue comme un lointain écho... Il ne gardera que ça. Le graphisme va se concentrer, avant tout à raconter, ce qui ne se lit pas en bande dessinée : le ressenti.

Mais le ressenti ne serait rien s'il ne reposait pas sur une solide connaissance du sujet : l'Amérique des premières heures. Il passe de longues semaines à faire un vrai travail d’historien, et rassemble des documents sur les guerres de conquête du nouveau monde entre colons Français et Anglais. Il amasse et lit tout ce qu'il trouve ayant trait aux faits réelles et historiques concernant cette période houleuse. Il cherche les mots, mais aussi les images de ce "nouveau monde" d'avant l'homme blanc...

A la recherche de la température rupestre

Et ces images il va les trouver surtout dans la lumière singulière de l’Amérique du 18e siècle en replongeant dans les paysages grandioses peints par les artistes de l’Hudson River School . A l’image de ces peintres, il sent qu'il doit conjuguer ici les éléments premiers de la nature, l’eau, la terre et le ciel pour tailler un écrin rupestre à l'oeuvre emblématique de James Fenimore Cooper.

Il exécute de nombreux croquis au crayon, cherche les personnages et les lieux. Mais il doit se rendre à l’évidence, l’atmosphère ici devra précéder toute chose. Il décide qu'il ne procédera pas comme pour ses précédentes bandes dessinées. Et à la vue du travail qui s'annonce, il fait appel à la complicité d'un scénariste pour endiguer le flot de son inspiration. La collaboration s'annonce longue et houleuse, mais les deux auteurs alors, même s'ils le pressentent, ne le savent pas encore...

"Le paradigme Cromwell", lire le dossier complet :

1er partie : La longueur égale à la distance parcourue

2eme partie : La masse de l'expérience

3eme partie : Le temps une constante variable

4eme partie : Le courant électrique, rien de l'arrêtera

5eme partie : La température égale au tempérament

6eme partie : La quantité de matière du rêve à la réalité

7eme partie : L'intensité lumineuse de l'ombre

Lire la Chronique : "Le dernier des Mohicans" de Cromwell et Catmalou (Soleil Productions - 2010)

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