Lulu Gainsbourg : l'héritier

Lulu Gainsbourg prépare son grand retour médiatique à l'occasion des 20 ans de la disparition de son père. Portrait d'un héritier.

Si l’année 2010 s’était déjà révélée très gainsbourienne avec la sortie du biopic Gainsbourg : vie héroïque de Joann Sfar, tout récemment auréolé de trois Césars, et avec la tournée du spectacle de danse contemporaine L’homme à tête de chou de Jean-Claude Gallotta ; 2011, qui marque les 20 ans de la disparition du grand Serge sera encore bien plus riche en "volutes Gitanes" : pléthore d’hommages télé et radio, nouvelle intégrale comprenant des titres inédits, album tribute : The Serge Gainsbourg Experience... Pourtant, ce n’est peut-être pas Serge lui-même qui va créer l’événement Gainsbourg, mais le retour sur le devant de la scène du petit Lulu devenu grand. Son fils.

Une place vacante

On ne peut que constater le vide laissé par l'auteur de "La Javanaise" dans le paysage musical national et international. Elevé au rang de mythe, des artistes aussi variés que Massive Attack, Franz Ferdinand, Placebo, Beck, Portishead et bien d’autres lui ont déjà rendu hommage en se réappropriant quelques uns de ses titres dans la langue de Shakespeare.

Biolay et les autres

Pendant ce temps en France, on lui on lui cherche désespérément un successeur. Benjamin Biolay fait office de candidat n°1 : on peut porter à son crédit un certain détachement, une timidité agressive, un côté "classieux", un soupçon de poète maudit, une qualité au dessus de la moyenne concernant ses textes et ses arrangements, mais ce dernier, sans doute flatté par la comparaison avec Gainsbourg, cultive une ressemblance troublante –certains diront même un peu trop forcée - avec son modèle. Bien sûr, il y a aussi Charlotte, qui a forcément des mimiques empruntées à son père, ainsi que de nombreux artistes de la nouvelle scène qui peuvent revendiquer un lien plus ou moins ténu avec lui (M, Raphaël, Bénabar, Cali…).

Et Lulu ?

On l'avait presque oublié ! Fils de Gainsbourg et Bambou, sa dernière compagne, né le 5 janvier 1986. "Le préposé municipal fait une drôle de tête quand Lucien Ginsburg vient déclarer Lucien Ginsburg..." (extrait de Gainsbourg , Gilles Verlant, Albin Michel, 2000). Car le vrai prénom de Serge, c'est Lucien, mais il trouvait qu'il faisait coiffeur pour hommes. Quelle idée lui trotte dans la tête quand il donne ce prénom à son fils? Façon de boucler la boucle de son existence, ou cadeau empoisonné ? En 1988, Lulu qui n'a que deux ans, fait une apparition remarquée sur la scène du Zénith, avant que son père chante "Hey Man Amen", une chanson testamentaire où Serge, conscient de son état de santé, lui adresse un dernier message :

"A toi de te demerdu

Mon pauvre Lulu

Tu m'as perdis

T'inquiète je me casse au paradus"

Le poids d'un nom

Elevé dans l'ombre d'un père considéré comme une légende, et dont il ne possède aucun souvenir, car disparu trop tôt (la même situation que Sean Lennon), Lulu, fortement encouragé par sa mère, commence très tôt à étudier la musique. Piano à 5 ans, conservatoire de musique de Paris à 8 ans. A 15 ans, il reprend "Ne dis rien" avec Bambou (à l'origine un duo entre Serge Gainsbourg et Anna Karina). Titulaire d'un certificat de fin d'études musicales à 18 ans, il choisit de s'exiler un moment à Londres, cherche à échapper à son nom, à son destin, puis il intègre en 2007 le prestigieux "Berklee College of Music" de Boston. En 2009, il collabore à un titre de Marc Lavoine : "Quand je suis seul" : première incursion en tant que compositeur dans le monde musical, puis il participe au second album de sa demi-soeur Charlotte en compagnie de Beck. Le virus de la musique, la tentation de la célébrité le rattrapent. Le besoin d'exister, pour celui qui se considérait il n'y a pas encore si longtemps comme le paria de la lignée Gainsbourg. Le besoin de se faire un prénom à défaut d'un nom déjà bien lourd pour ses jeunes épaules.

Première scène française

En août 2010, le festival d'Angoulême offre à Lulu sa première scène française. il apparaît comme un jeune homme timide, un peu gauche, mais les gènes Gainsbourg sont bien présents, un Gainsbourg aux traits asiatiques, comme si le personnage avait été relooké façon manga. Stressé, pas vraiment à son aise devant un public qui ne vient pas voir lulu, mais le fils de serge, il peut toutefois compter sur le soutien de la chanteuse Dani qui interprète "comme un boomerang". Après quelques prestations au piano, Lulu salue le public d'un bref merci. Il n'est pas plus loquace face aux journalistes venus en nombre. C'est un premier test français un peu tiède, il faudra revoir la copie, notamment en terme de communication. Mais rappelons que l'homme du "Poinçonneur des Lilas" n'était pas non plus très dégourdi à ses débuts, il avait pourtant déjà 30 ans. Lulu a encore le temps d'apprendre...

Un album et une tournée cette année

Mais déjà, le jeune homme qui a fêté ses 25 ans en début d'année, planche sur un album-hommage à son père, figure imposée avant de mettre en avant ses propres compositions. Enregistré à New-York avec d'anciens musiciens de Serge, les duos seront à l'honneur : "Requiem pour un c.." avec M, "Bonnie and Clyde" avec Scarlett Johansson. D'autres artistes ont été contactés, sans que l'on connaisse leur réponse : Johnny Depp et Vanessa Paradis, Norah Jones, Bobbie Mc Ferrin, Herbie Hancock, Radiohead, Jay-Z, Mika... Un casting de rêve, mais rien n'est impossible quand on s'appelle Gainsbourg...

Premier single prévu en juin, tournée américaine cet été, sortie de l'album en septembre, tournée française en novembre. Vaste programme pour Lulu, qui choisit les 20 ans de la disparition de son illustre père pour apparaître sur la scène musicale française.

Alors 2011 ? Année Serge ou Lulu ?

Site référence : www.lulugainsbourg.com

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