QuentinTarantino, un cinéaste surestimé ?

Festival de Cannes, Mostra de Venise, Césars, Oscars, Quentin Tarantino est-il surestimé ? Zoom sur sa filmographie, de Reservoir Dogs à Inglorious Basterds
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C'est un fait, le très médiatisé Quentin Tarantino est de plus en plus présent dans les festivals et autres cérémonies prestigieuses du 7e art. Il fait la leçon de cinéma au Festival de Cannes en 2008, préside le jury de la Mostra de Venise en 2010, obtient un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2011, fait des révélations sur son prochain film lors d'une soirée clôturant la dernière cérémonies des Oscars... Présent sur tous les fronts cinématographiques, il est difficile de louper ce véritable trublion du cinéma hollywoodien dont les films, considérés comme cultes par une grande partie du public et de la critique, en plus d'engranger des dollars, accumulent les plus hautes récompenses. Pourtant, leur qualité parait en baisse...

Reservoir Dogs : Un premier film très enthousiasmant

Avec son premier long-métrage Reservoir Dogs sorti en 1992, le jeune Tarantino frappe très fort ! Un film de gangsters novateur, huis-clos étouffant, narrant à grand renfort de flashbacks l'histoire d'un braquage raté. Les acteurs sont tous parfaits et crédibles dans leur rôle : Harvey Keitel, Michael Madsen, Tim Roth, Steve Buscemi, Chris Penn. Mention spéciale à Michael Madsen (la scène de l'oreille coupée). Les bases de l'univers tarantinien sont déjà présentes : histoire déstructurée, longues scènes de dialogues portant sur la culture populaire (par exemple, un débat sur le sens de "Like a Virgin" de Madonna), bande-son parfaite faisant la part belle aux 70's, violence paroxystique...

Pulp Fiction : un talent confirmé

Pulp Fiction , son deuxième film, vient confirmer brillamment le talent du cinéaste, qui obtient la Palme d'or à Cannes en 1994. S'inspirant des pulp magazines (revues populaires aux Etats-Unis dans la première moitié du XXe siècle), le film entremêle différentes histoires riches en rebondissements, à l'aide non seulement de flashbacks (retours en arrière) mais aussi d'un procédé plus rare, le flashforward (introduction d'éléments postérieurs au temps principal du récit). Parmi les situations rocambolesques et autres scènes devenues cultes, on retrouvera John Travolta et Uma Thurman dans une danse endiablée, la même Uma Thurman devant être réanimée après une overdose à l'aide d'une seringue d'adrénaline, Bruce Willis aux prises avec des pervers qui veulent le sodomiser dans une cave SM... Tarantino assoit fermement sa réputation avec ce film-choc.

Jackie Brown : un film injustement boudé

Jackie Brown , troisième film du cinéaste sorti en 1997, est sans doute aussi le plus sous-estimé. On retrouve pourtant avec bonheur tous les ingrédients de son style dans cet hommage à la blaxploitation des 70's. Porté par Pam Grier, c'est l'histoire d'une d'une hôtesse qui sert de passeur pour le compte d'un trafiquant d'armes mais qui décide de le doubler. Dialogues savoureux, acteurs au diapason (Robert Forster, Samuel L. Jackson, Robert de Niro...), bande-son impeccable, le film sera pourtant un échec commercial, qui poussera Tarantino à faire une traversée du désert de plusieurs années.

Le tournant Kill Bill

C'est en 2004 que l'on retrouve Tarantino avec l'ambitieux diptyque Kill Bill, se voulant un hommage appuyé aux films de la Shaw Brothers (studio mythique hongkongais spécialisé dans les films de Kung-fu). Première scission entre les fans. Le film, qui se concentre essentiellement sur l'aspect visuel, déçoit sur le plan du scénario et des dialogues. Pourtant, on ne pourra pas reprocher à Tarantino d'essayer de varier son style : plus nerveux, multipliant les clins d'oeil, moins réaliste que les précédents, il faut voir Kill Bill à la manière d'un manga live jouissif pour le spectateur. Le second volume qui sort en 2005, plus posé, lorgnant davantage vers le western-spaghetti, rétablit l'équilibre et apporte des réponses aux questions laissées en suspend dans le premier. Retour gagnant d'un cinéaste en état de grâce pour certains, début du déclin pour d'autres, Kill Bill n'en finit pas de diviser. La marque des grandes oeuvres.

Boulevard de la mort : un Tarantino anecdotique

Sorti en 2007, Boulevard de la mort rend hommage aux films d'exploitation ( grindhouse ), tous ces nanars racoleurs mettant en avant sexe et violence. Mais Tarantino ne parvient pas à dépasser le matériau d'origine. Si l'on retrouve les longues scènes de dialogues savoureux qui ont fait le succès du réalisateur, elles sont cette fois-ci trop lourdes, envahissantes au point d'ennuyer le spectateur (même le plus féru de Tarantino...). Heureusement, Kurt Russel en cascadeur sadique, vient un peu sauver le film d'un naufrage total, de même que la scène de l'accident filmée du point de vue de chaque occupant de la voiture, ainsi qu'une bande-son toujours sympathique. Mais c'est un Tarantino mineur, qui souffre de la comparaison avec l'autre volet de cet hommage, réalisé par son ami Robert Rodriguez : Planète Terreur . Totalement décomplexé, le film du mexicain assume à fond son ambiance nanardesque, et joue astucieusement des clichés du genre pour réaliser un long-métrage très divertissant. Il poursuivra dans cette veine avec autant de bonheur en 2010, en réalisant le non moins truculent Machete .

Inglorious Basterds : les espoirs déçus

Dernière réalisation en date de Tarantino, sorti à l'été 2009, Inglorious Basterds est aussi son plus grand succès commercial. Arlésienne du cinéaste, qui parlait déjà de ce projet au début de sa carrière, ce film tant attendu déçoit. Tout fan rêvait d'un grand film de guerre subversif (dans le style De l'or pour les braves de Brian G. Hutton), au final, on se retrouve avec un film poussif, là encore parasité par des dialogues inintéressants, une sensation de vide (beaucoup trop d'intérieurs), et un sentiment de trahison : les Basterds (un détachement spécial de gros bras destinés à "casser du nazi") n'occupent pas la place centrale, qui est dominée par l'histoire de Shoshanna (Mélanie Laurent), une jeune juive qui échappe de peu à un massacre et qui cherche à se venger... Jouant la carte du multilinguisme (les personnages parlent français, anglais, allemand, italien), Tarantino peine à convaincre dans une langue qui n'est pas la sienne. Le spectateur français aura sans doute remarqué l'extrême faiblesse des passages dans la langue de Molière. Alors oui, il reste quand même la performance de Christoph Waltz en chasseur de juifs, mais le film demeure beaucoup trop inégal pour marquer durablement les esprits.

Le prochain Tarantino : un western ?

Lors d'une soirée clôturant la dernière cérémonie des Oscars, Tarantino a livré des infos intéressantes sur son prochain film. A prendre toutefois au conditionnel, car le cinéaste accumule les projets avortés. Son futur long-métrage serait donc un western-spaghetti se déroulant dans le sud de l'Amérique, avec l'esclavage en trame de fond. Christoph Waltz serait d'ores et déjà de la partie... Mais ne nous emballons pas, le réalisateur a perdu un peu de sa superbe au vu de ses derniers films. Ne rêvons pas trop à Sergio Leone !

Tarantino surestimé ? Sans doute un peu... Pourquoi encenser un cinéaste qui est capable de faire bien mieux que ses dernières livraisons ?

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