Le BRF, une technique agricole moderne

Le Bois Raméal Fragmenté est une technique découverte au Québec par Edgard Guay, sous-ministre adjoint au ministère des Terres et Forêts de 1973 à 1980

Edgar Guay souhaitait tout d'abord valoriser la forêt canadienne. Mais la mise en place de cette économie forestière entraîna une augmentation conséquente des déchets : sciure, écorces, rameaux. Lors de visites d'exploitations agricoles, Edgar Guay est frappé par diverses constatations : ici, l'ouvrier d'une distillerie lui fait découvrir de superbes fraisiers poussant le long de branches d'arbres fragmentés. Ailleurs, ce sont de jeunes porcs qui se régalent de ce broyat. Voilà un produit étonnant assurant à la fois la nourriture d'une plante et d'un animal.

Il décide de tester une parcelle en milieu agricole

Les rameaux broyés sont répandus sur le sol, mélangés aux lisiers. Le résultat est sans appel : une augmentation de 170% du rendement. Alors qu'il commence à dresser le bilan de ces premières découvertes, Edgard Guay rencontre Gilles Lemieux, professeur au Département des Sciences Forestières de l'université de Laval au Québec. Un groupe est formé : le Groupe de Coordination sur les Bois Raméaux.

Enfin une conférence.

Après plus de dix années de recherche, Gilles Lemieux parvient à présenter, au siège de la FAO à Rome, en décembre 1993, une conférence sur : « L'aggradation pédogénétique, un processus universel sous l'influence des BRF les effets sur la biodiversité et la productivité ».

La dégradation des terres agricoles soumises aux techniques de l'agriculture conventionnelle. Toutes les terres agricoles sont issues de la déforestation. Les forêts de feuillus sont autofertiles. L'incorporation de rameaux broyés dans les premiers centimètres du sol régénère la vie de ce sol.

L'accueil est froid

Ses interlocuteurs ne voient là qu'un moyen de « dissoudre » un déchet. Au mieux c'est un possible fertilisant. Le confort des lombrics importe peu, l'agriculture est une activité de surface et il ne peut rien y avoir d'intéressant au-dessous. Loin de renoncer, l'équipe va continuer ses recherches et diffuser les résultats de ses travaux dans des rapports, des livres et sur le net.

La noblesse d'une brindille

Quarante ans plus tard, Gilles Lemieux n'est plus de ce monde, mais ses héritières et héritiers portent toujours son message : la forêt sera la source d'une nouvelle agriculture. Le BRF progresse dans les pratiques et sur tous les continents. La pauvreté apparente du matériau tranche avec la richesse de son contenu. 80% des éléments vitaux de l'arbre s'y trouvent : minéraux, acides aminés, protéines, catalyseurs… Tout est là.

L'expérience se mondialise

Symbole de la stérilité des sols, les plaines de latérites reprennent vie de même que les sols sud-sahariens. Au Mali, au Burkina-Faso, au Togo, les sols désertifiés se raniment. On assiste à la création de pépinières où poussent goyaviers, manguiers, neems, nérés arbres indigènes des zones sahéliennes qui fourniront les rameaux aux futurs BRF. À Madagascar, le comité Jean Pain initie forme et développe une production agricole locale.

Un message encourageant pour l'agriculture vivrière

Les exemples se multiplient et, partout dans le monde, l'autosuffisance alimentaire en adéquation avec l'environnement et ses ressources locales devient la condition première des actions mises en place. Le BRF n'est certainement pas la seule et unique solution, mais le changement comportemental qu'il induit constitue à lui seul une révolution : le traitement des déchets végétaux, c'est encore de l'agriculture.

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