La formation en alternance contre le chômage des jeunes

Nicolas Sarkozy veut doubler le nombre de contrats d'apprentissage et de professionnalisation, une proposition peu surprenante et partiellement rassurante.
7

Lors du débat télévisé du 16 novembre dernier, le chef de l’État s’est montré inflexible : «On va se battre. Le chômage reculera l’année prochaine». Un plan, deux angles d’attaque : une politique en faveur des licenciés économiques (généralisation du Contrat de transition professionnelle, CTP ) et des jeunes, avec le développement de l’alternance. Précisément, il veut porter de 600 000 à 1,2 millions les contrats d’apprentissage et de professionnalisation.

Contrat d’apprentissage ou de professionnalisation

Ces deux contrats reposent sur l’alternance entre enseignement théorique et pratique du métier. Concernant toujours plus de secteurs (bâtiment, ingénierie, restauration…), ils visent tous deux les jeunes de 16 à 25 ans. Mais la professionnalisation concerne aussi les demandeurs d’emploi de plus de 26 ans et les bénéficiaires de certains contrats ou allocations. La différence est aussi d’objectif : l’apprentissage permet surtout d’acquérir un titre ou un diplôme, la professionnalisation offre une qualification valorisant l’insertion professionnelle.

Ces contrats entre un employeur et un jeune peuvent être conclus par toutes les entreprises du secteur privé. Les entreprises du secteur public non-industriel et non-commercial peuvent conclure des contrats d’apprentissage alors que seuls les établissements publics industriels et commerciaux et les entreprises d’armement maritime peuvent signer ceux de professionnalisation. L’apprenti est placé sous la tutelle d’un maître d’apprentissage tandis que le bénéficiaire d’un contrat de professionnalisation peut être suivi par un tuteur. Son salaire est déterminé en pourcentage du SMIC selon son âge et sa progression, avec un niveau plancher supérieur pour la professionnalisation.

Quant aux entreprises, elles sont incitées à l’embauche par l’exonération partielle voire totale des cotisations sociales et l’absence de prise en compte du jeune dans les effectifs. Les entreprises concluant des contrats de professionnalisation jouissent d’une aide à l’accompagnement pour les groupements d’employeurs tandis que les contrats d’apprentissages leur offrent une indemnité compensatrice forfaitaire et un crédit d’impôt.

L’alternance contre le chômage des jeunes

Si la France est un des pays qui a le mieux amorti la crise , elle est depuis longtemps l’un des plus mauvais élèves de la zone euro en matière de chômage. Particulièrement touchés : les moins de 25 ans, avec un chiffre record de 22% de chômeurs fin 2010. Sans diplôme (plus de 30%) ou sans expérience, ils payent aussi le tribut d’une réglementation du travail trop rigide.

Sans être une panacée pour contrer un chômage structurel, l'alternance est alors un tremplin pour une frange de chômeurs dont elle améliore les compétences et facilite l’insertion dans la vie active. Un atout puisque si les jeunes entrent en moyenne à 21 ans dans le monde professionnel, ils peinent à le faire durablement avant 27 ans, accumulant périodes d’inactivité, stages et CDD. Or, comme l’affirme le président de la République, les bénéficiaires d’alternance ont «70 % de chances de trouver un emploi à l'issue de leur formation, soit 50 % de plus que les autres».

Toutefois, si 21% des moins de 25 ans ayant un emploi en 2009 étaient en alternance, ces formations restent moins nombreuses qu’avant la crise. Le gouvernement peine à les imposer dans les entreprises, les écoles et les universités.

Développer l’alternance, une mesure faussement nouvelle

Le gouvernement de Dominique de Villepin a été le premier à valoriser l’alternance. Sous Nicolas Sarkozy, elle revient sur le devant de la scène avec la crise, début 2009. La volonté du haut commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch, de l'aider financièrement est rapidement consolidée par le «Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes» qui augmente les incitations financières aux entreprises.

En juin de la même année, dans un rapport sur les quartiers en difficultés, Abdel Aïssou, directeur général délégué du groupe d'intérim Randstad France, préconise aussi leur développement. Puis, en septembre, des nouvelles mesures incitatives sont prises dans le plan «Agir pour la jeunesse».

Début 2010, en réaction aux chiffres alarmants sur le chômage, le gouvernement propose encore… de développer l’alternance et des ateliers sont lancés. Enfin, en octobre, dans son rapport pour libérer la croissance, la commission Attali définit l’emploi comme une urgence et recommande encore et toujours de renforcer l’alternance.

Développer l’alternance, une mesure peu risquée

Fragilisé par la crise et l’impopulaire réforme des retraites, Nicolas Sarkozy sait que le chômage est une priorité gouvernementale et un enjeu de la présidentielle qui approche à grands pas. Si en mai il déclarait vouloir porter à 800 000 les contrats en alternance pour 2015, il se montre désormais plus prudent. En accord avec l’image plus réfléchie qu’il veut véhiculer, sans fixer d’échéance, il annonce vouloir les doubler pour contrer le chômage. Coïncidence (?) : parallèlement, on rapporte la première baisse du chômage depuis la crise ! Infime : des 9,7% de janvier son taux est annoncé à 9,6% en fin d’année...

Qu’est-ce qui pourra relancer la croissance et créer des emplois en 2011 ? «Pas les investissements publics, vu la politique d'austérité budgétaire, ni la consommation, en raison de la hausse de l'inflation qui va peser sur le pouvoir d'achat des ménages», analyse Eric Heyer, directeur adjoint du département prévisions de l'OFCE. Faute de moteur, tout optimisme est donc prématuré.

Pour obtenir des résultats, Nicolas Sarkozy ne pourra pas se contenter de ce que François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, qualifie de «mesures riquiqui» en lui reprochant d’oublier «80 % des chômeurs». Écoles et entreprises devront davantage jouer le jeu. «Sans incitations financières fortes, je ne vois pas comment le gouvernement compte faire pour convaincre les entreprises d'accueillir davantage de jeunes» explique Maurad Rabhi, membre de la direction de la CGT. Interviewée sur TF1, sans critiquer le fond Martine Aubry, secrétaire générale du PS, va dans le même sens : «encore faudrait-il que le budget 2011 suive».

Les allègements fiscaux aux entreprises seront-ils reconduits ? Pour le savoir, le président devra être plus clair quant aux moyens financiers qu’il déploiera. Et à l’image de l’Allemagne et de la Suède, la France devra mieux intégrer l’alternance pour permettre à un maximum de jeunes de découvrir la réalité de leur futur métier en s’y formant.

Sur le même sujet