Le mal-être à l'école : changer enfin de cap

Le système scolaire français moult fois reprisé par des réformes souvent contradictoires.Depuis peu,dix nouvelles propositions de son élite pour s'en sortir

La crise de l'école française s'inscrit certes dans celle plus large des sociétés toutes entières. La souffrance des élèves et des enseignants y est une réalité quotidienne. Issues de la réflexion, l'inventivité et la créativité, voici dix transformations proposées par un groupe de réflexion sous coordination d'Armen Tarpinian.

"Elles apporteraient de vraies réponses de fond aux problèmes de la violence, de l'autorité et plus largement au mal-être scolaire. Leur application est de nature à apaiser le climat de la classe, à récupérer l'énergie et le temps perdus à obtenir l'attention des élèves. Elle tend à les remotiver, à éviter l'ennui, le désinvestissement, l'entraînement dans les spirales d'échec [...] sans les vouloir limitatifs, ces dix chemins de transformation [...] permettraient à chaque élève d'avancer vers une vraie maturité". (1)

Voici quelques points phare des dix transformations possibles : donner toute sa chance à l'école.

Le prof un peu psy ?

La première proposition concerne notamment la formation des enseignants. Le métier a changé. Il demande aujourd'hui que "les enseignants soient formés à la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, à la psychologie des élèves et des enseignants mais aussi aux fondements neuronaux, cognitifs et émotionnels des apprentissages". [...] Il conviendrait que les nouveaux enseignants soient formés aux attitudes éducatives qui stimulent le désir d'apprendre et de comprendre de l'enfant pour la satisfaction profonde de déployer ses capacités, non pour l'obsession d'impressionner et dépasser les autres, ce qui d'ailleurs peut se renverser en angoisse d'échec (1)

Les Finlandais expliquent leur excellence scolaire par, entre autres, la formation des professeurs : non seulement ils maîtrisent parfaitement leur matière mais ils ont l'obligation être diplômés en pédagogie, après un cursus de trois ans (2).

"L'erreur est une information non une faute" (3)

Les jeunes Français seraient les élèves les plus "inhibés". Comparés aux élèves des pays du Nord, huit Français sur dix se disent stressés avant les interrogations. Les dix transformations de La Lettre ouverte du Collectif "Ecole Changer de cap" préconisent alors de passer d'une pédagogie intimidante à une pédagogie stimulante et sécurisante où chaque enfant est important.

Les notes pour in-former

Les notes serviraient en effet à informer et par là à former l'élève... Les auteurs des dix nouveaux commandements de l'Education nationale incitent à "abandonner progressivement les modes de notation traditionnels au profit de pratique d'évaluation formative" (1). Les notes serviraient à favoriser la confiance de l'enfant dans ses capacités, exerceraient son auto-jugement et le libèreraient lui et sa famille de la hantise des notes et des classements. La compétition obsessionnelle ne serait plus confondue avec l'émulation mutuelle et son fair-play .

En Finlande, la notation est abandonnée avant l'entrée en sixième. Effectifs réduits, cours de soutien à la moindre difficulté, encouragements constants. Impensables et au fond scandaleuses d'irrespect les remarques cassantes et enfermantes du genre : "Tu n'y arriveras jamais", "tu es nul", "ta place n'est pas ici" (4). Sans parler de la mer rouge de points d'exclamation si ce n'est pas des remarques cinglantes accompagnant les notations.

Plus de violence d'aucune sorte

L'école, garant du droit de l'enfant à la non violence, largement pratiqué d'ailleurs, ne saurait être séparé du "droit de l'enfant à une éducation à la non violence" et favoriser ainsi le "passage d'une culture de guerre, dont les esprits sous toutes latitudes restent imprégnés, à une culture de paix..." (1)

Mais aussi où les apprenants seraient épargnés d'une autre sorte de violence : il ne serait plus possible par exemple que l'enseignant passe deux heures à lire son cours d'une voix monocorde et tant pis si les étudiants piquent du nez : "Chez nous le professeur doit s'appliquer à éveiller les cinq sens de l'étudiant, rendre son cours le plus intéressant possible, stimulant la curiosité, l'envie d'apprendre. Ici j'ai l'impression que l'étudiant doit souffrir", dixit une jeune étudiante suédoise à l'Université de Nice.

L'initiative du collectif "Ecole changer de cap" oeuvre par ses propositions pour une école où il y aurait un nombre suffisant d'assistantes sociales, d'accompagnateurs éducateurs et de psychologues scolaires. Une éducation où savoir, savoir-faire, savoir-être-ensemble s'apprennent conjointement. Opposée à celle des classements, des évaluations, à un rendement à tout prix.

(1) www.ecolechangerdecap.net/

(2) Anne Diatkine , La Finlande le pays où l'échec scolaire n'existe pas, dans Elle , du 17 Septembre 2007

(3) Daniel Favre, Cessons de démotiver les élèves. 18 clés pour favoriser l'apprentissage , Dunod, 2010

(4) Alain Lieury , Pour les notes à l'école élémentaire ! in Cerveau & Psycho , n° janvier- février 2011

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