Histoire du CNIT : prouesses à la Défense (Paris)

Le CNIT, aujourd'hui cerné par les tours du quartier de la Défense à Paris, reste détenteur de plusieurs records architecturaux remarquables. Visite guidée.
86

L’emplacement du CNIT (Centre des Nouvelles Industries et Techniques) est historique. C’est le premier bâtiment qui verra le jour à la Défense. Il se dresse en face d’un rond-point qui se situait en haut d’une colline naturelle (Chantecoq) où s’achevait la voie royale tracée par Le Nôtre et qui courait de la rue de Rivoli à ici, dans une gigantesque perspective passant par la Place de l’Etoile et l'Arc de Triomphe. Sur ce rond-point figurait une statue intitulée «La Défense de Paris en 1871», un monument dû à Ernest Barrias inauguré le 12 août 1883 qui donnera son nom au quartier. Cette statue est toujours visible aujourd'hui.

Le lieu est, dans les années 50, entouré d’usines et présente alors déjà un intérêt stratégique majeur pour Le Corbusier dès 1926. C’est en 1929 que la City Bank projette de s’y installer dans l’idée d’y créer un quartier d’affaires. Mais le projet d’aménagement du quartier, concernant initialement 850 000 mètres carrés de bureaux sur 40 hectares, ne date que de 1956. Le CNIT en est le premier bâtiment construit, tandis que tout autour on crée une gigantesque dalle, suivant par là même l’héritage du Corbusier.

Le CNIT : un chantier pharaonique

C’est le 8 mai 1956 que les travaux débutent sur l'emplacement de l'usine Zodiac de Courbevoie. 30.000 mètres cubes de béton sont utilisés par les entreprises Balency et Schuhl, Boussiron, Coignet sous la houlette du maître d’ouvrage Jean Prouvé, pour construire cette structure imaginée par les architectes Bernard Zehrfuss, Robert Camelot et Jean de Mailly. Il faut jusqu’à 500 ouvriers pendant 27 mois pour en venir à bout. Il a fallu créer un échafaudage constitué de 300 kilomètres de tubes demandant deux mois de montage. L’inauguration a lieu de 12 septembre 1958 en présence du général de Gaulle et d’André Malraux qui le comparera à une cathédrale. La première exposition qui s’y est tenu sont les Floralies de 1959.

Records et prouesses architecturales

La façade de verre est structurée par des portants extrêmement minces en inox conçus par Jean Prouvé lui-même, et est aujourd’hui classée monument historique. La verrière est entièrement indépendante de la voûte, ce qui permet le travail de dilatation sans que les vitres ne cèdent. C’est la plus grande verrière du monde du point de vue de sa surface (22.000 mètres carrés, largeur 218 mètres, hauteur 50 mètres.)

La voûte, conçue par l'ingénieur Nicolas Esquillan, intègre une série de "tubes" cloisonnés en béton armé accolés et rayonnants à partir de trois culées. Chaque fuseau est formé par deux coques très minces (6 cm d'épaisseur) reliées par des âmes et des tympans préfabriqués. Cette double coque permet une isolation thermique et phonique d'une grande étanchéité et intègre dans son vide tous les réseaux de fluides. Un homme peut y évoluer pour l’entretien. Les culées de béton sont ancrées dans le sol et reliées entre-elles par 44 tirants constitués de câbles en acier spécial pesant 84 tonnes chacun.

Pour décoffrer la voûte, les maîtres d'œuvres ont utilisé dix vérins s’appuyant sur les trois culées, chaque vérin ayant été capable de soulever la tour Eiffel.

La plus grande voûte autoportée du monde

Le CNIT possède ainsi la plus grande voûte autoportée (sans pilier) du monde pour ses 230 mètres de portance d'une hauteur au centre de 46 mètres et d'un périmètre de 818 mètres. La forme générale du bâtiment est issue de l'exigence suivante : construire sur un terrain triangulaire la plus grande surface d'exposition possible sans point d'appui.

Cette coque établit deux records qui tiennent toujours : celui de la portée (206 mètres en façade, 238 mètres sous les arêtes de noue), et celui de la surface portée par point d'appui : 7.500 mètres carrés. La distance entre les appuis est de 218 mètres et l'espace couvert représente 22.500 mètres carrés.

Une rentabilité difficile

A l'origine, l'espace d'exposition était indivisible, ce qui entraînait l'impossibilité de présenter plus de trois ou quatre expositions annuelles dans un espace aussi vaste. Dix mois sur douze, le CNIT était vide.

Afin d'améliorer sa rentabilité, le volume intérieur a été fractionné en 1989 afin de permettre l'organisation de plus petites manifestations. Un centre de congrès fut construit en sous-sol avec deux amphithéâtres, des bureaux, un hôtel. Le bâtiment perdit beaucoup de lumière à l’intérieur et fut relativement inoccupé par rapport aux prévisions.

Le CNIT, propriété d’Unibail depuis 1999, a subi une rénovation menée par les architectes Cuno Brullmann et Jean-Luc Crochon en collaboration avec Pierre Parrat en 2009 pour ses cinquante ans, permettant de retrouver l’aspect initial du bâtiment. A l’heure actuelle, la voûte extérieure, sale, est toujours en rénovation.

Sur le même sujet