Paris et l'étalement urbain

Contrairement aux villes américaines, l'agglomération parisienne a tenté de juguler son étalement. Cette spécificité est un enjeu environnemental majeur.
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Paris montre des traces d’occupation humaine depuis au moins 40 000 ans à Bercy. La forme de la ville que l’on connaît actuellement, ceinte à l’intérieur du périphérique, date des années 1841-1844. On la doit à la volonté de Louis-Philippe. Cette enceinte fut édifiée par Thiers. On annexa les onze communes périphériques à l’extérieur de l’enceinte des fermiers généraux aux alentours de 1860. Ces fortifications furent détruites en 1919 et restèrent des terrains vagues ("la zone") jusque dans les années 1930 où on y construisit des habitations à bon marché (HBM).

Si l’on reconnaît dans cet intra-muros de 105 km² une structure dite radioconcentrique , cette ville-centre n’est, à l’inverse des centres villes américains, ni en situation de mono-activité, ni en situation de dépeuplement. Sur ces 88 km² (sans les Bois de Boulogne et de Vincennes), Paris comportait en 1999 2,1 millions d’habitants, pour une densité record de 24 448 hab/km², avec certains quartiers dépassant les 100 000 hab/km².

Dans cette enceinte sont concentrées des fonctions politiques – Paris est une capitale – mais aussi diplomatiques pour la même raison, des fonctions économiques, tertiaires, universitaires, d’habitat, de loisir et des noeuds de transport (6 gares).

Un noyau central sans véritable frontière avec l'immédiate périphérie

L’agglomération parisienne n’est donc pas organisée en blocs sur un plan en damier. Elle a été fédérée autour d'une ville-centre très délimitée dans son enceinte, et dont le plan et les nombreuses fonctions étaient depuis très longtemps définies. Paris était, jusque dans les années 1860, une structure autonome, et les faubourgs extérieurs n’étaient guère urbanisés.

Le schéma de développement suit les principales voies de communication fluviales, l’axe de la Seine étant encore aujourd’hui urbanisé en continu sur plus de 100 kilomètres, de Mantes-la-Jolie à Montereau-Fault-Yonne. Il suit également la Marne et les tracés ferroviaires.

Conformément à un système radioconcentrique , l’agglomération parisienne est fondée sur un système de strates successives en pelures d’oignon. La Petite Couronne est urbanisée vers la fin du XIXe siècle, et est inscrite dans les trois départements limitrophes de Paris. Cette aire est extrêmement dense, dépassant souvent les 10 000 hab/km².

On peut considérer la Petite Couronne comme une extension de Paris centre au-delà de l’enceinte Thiers. On y retrouve les mêmes fonctions que dans l’intra-muros, où peu de quartiers sont en situation de mono-activité, outre le cas particulier de la Défense.

Une cohésion territoriale du noyau dur plutôt tardive

Parce que la Petite Couronne est constituée d’une constellation de communes, on ne peut y lire un plan d’ensemble véritablement cohérent. Chaque commune est structurée autour de grandes voies de communication, puisque historiquement, la plupart d’entre elles n’étaient que de petites paroisses rurales ayant été rattrapées par l’industrialisation.

L’essor urbain de la Première Couronne date du lendemain de la seconde guerre mondiale, où une crise du logement sans précédent touche la France de plein fouet. L’aménagement de nombreux quartiers s’ajoute aux centres-villes séculaires selon des plans qui se veulent rationnels et qui permettent l’habitat de masse.

C’est à cette époque également, comme en Amérique du Nord, que se structurent les réseaux autoroutiers.

Cependant, l’habitat pavillonnaire n’y est pas prépondérant. Si on peut reconnaître des fonctions urbaines définies et distinctes par communes, ainsi que des profils socio-professionnels qui sont un héritage de cette urbanisation du XIXe siècle – certaines communes sont industrielles, d’autres exclusivement résidentielles, d’autres encore sont dévolues aux transports, aux activités tertiaires, etc. – une lecture globale de ce territoire ne permet pas, comme dans le cas des villes américaines, de définir des aires larges de mono-activité.

Ce n’est que dans le milieu des années 60 qu’un plan de cohésion territoriale est clairement défini, le fameux SDAU , assignant à certaines surfaces des fonctions programmées – zones industrielles, habitat, transports, etc.

Il est donc inutile d’essayer de retrouver de grandes zones de congruence entre l’aménagement nord-américain et l’aménagement à la française. La Petite Couronne parisienne est un aménagement urbain spécifique, qui offre un paysage extrêmement urbain et dense, imbriqué profondément à la ville-centre. La Petite Couronne n’est donc pas comparable aux quartiers intermédiaires des métropoles américaines, même si certains effets inhérents à l’habitat de masse mal suturé aux zones d’activité peuvent être ponctuellement similaires (effet de ghettoïsation, paupérisation due aux loyers trop élevés repoussant les classes moyennes sur les franges extérieures, etc.). Cette zone centrale dense, qui est en elle-même une unité cohérente, totalise donc 6,13 millions d’habitants.

La Grande Couronne : un échec relatif de la lutte contre l'étalement urbain

La Grande Couronne est une zone où la densité se fait moins forte et où la consommation du territoire est plus importante. On y trouve des pôles relais structurant le territoire afin de réduire l’éloignement de la ville-centre d’un point de vue fonctionnel, à l’instar des fameuses edge cities que l’on construit, dans les années 70, autour des grandes villes américaines. En France, ces villes nouvelles –Sénart, Marne-la-Vallée, Evry, Cergy-Pontoise et Saint-Quentin en Yvelines – sont bâties pratiquement ex-nihilo sur d’anciennes communes rurales.

Ces pôles tentent de fédérer le territoire en proposant des activités tertiaires, universitaires ou commerciales, pour juguler une urbanisation anarchique et très consommatrice d’espace. On pensait aussi pouvoir limiter les déplacements sur ces franges lointaines – parfois à plus de 40 kilomètres du centre de Paris – en permettant de fixer des activités et des équipements de proximité.

Ce pari n’a souvent pas été gagné, et les problématiques d’éloignement n’ont pu être maîtrisées. La dynamique de ces pôles structurants a plutôt entraîné un urbanisme étalé, à dominante pavillonnaire. De nombreuses classes moyennes ont pu accéder à la propriété individuelle en s’éloignant et en conquérant ces vastes espaces périurbains. Au résultat, on constate un urbanisme de franges très étalé, contrarié par ailleurs par le relief assez accidenté du bassin parisien et concentré dans des vallées ou le long de voies de communication ou de cours d’eau. Ceci rend les transports et les équipements de proximité problématiques, à l'instar des suburbs américaines, entraînant un effet de mitage très néfaste pour l'environnement.

Des outils institutionnels pour programmer le territoire : un enjeu environnemental

Pour permettre de juguler une expansion urbaine aux enjeux spécifiquement parisiens, il apparaît donc que Paris, en tant qu’aire urbaine de 11,2 millions d’habitants, devrait se doter d’outils institutionnels en parfaite adéquation avec son territoire. L’échelle communale ne semble aujourd’hui plus adaptée à une lecture territoriale cohérente, et voit ses moyens de structuration urbaine fortement limités. L’agglomération parisienne est en effet composée de presque 400 communes.

Lire Villes américaines et étalement urbain

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