BRUNO LÉPINE

Publié dans : Les articles Histoire de Bruno Lépine

Le clocher de la Charité

L'hôpital de la Charité a accueilli pendant trois siècles les pauvres, les orphelins et les déshérités

La charité lyonnaise

Dans les années 1530, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se pressent aux portes de Lyon, criant famine. Après deux années de mauvaises récoltes, la disette et les épidémies sont de retour. C’est donc en 1534 que l’on décide d’établir une institution caritative permanente, afin d’empêcher et d’abolir la mendicité dans la ville. Ainsi nait l’Aumône Générale qui se charge de nourrir les pauvres. Il faut attendre 1617 pour qu’un édifice appelé Notre Dame de la Charité commence à voir le jour. Pour le financer, tout le monde est sollicité : le Consulat bien sûr, mais aussi les corporations, les notables auxquels viennent s’ajouter dons et quêtes. La construction des quatorze corps de bâtiment, séparés par des cours, durera quinze ans !

Dès la première année, une chapelle de trente cinq mètres de long est mise en chantier dans l’angle nord ouest, elle sera terminée en 1622 et consacrée en 1626. A l’intérieur, la voûte peu élevée, supportée par des piliers carrés et massifs, est ornée de peintures d’un excellent dessin. Cette chapelle, chauffée par des calorifères, est très appréciée de la population lyonnaise. Quarante ans plus tard, le clocher fort dégradé doit être remplacé, c’est alors qu’est édifiée par le maître maçon Jacques Abraham, la superbe construction octogonale que nous voyons encore aujourd’hui.

Les années passent, mais le clocher reste

La première transformation de la Presqu’île au XXe siècle, réside dans la destruction de l’hôpital de la Charité en 1934. C’était un bel exemple de bâtiments disposés en damier régulier, enserrant des cours intérieures plantées. Lors de la réorganisation hospitalière à Lyon, marquée par la construction de l’hôpital Edouard Herriot à Grange Blanche, la maire veut détruire l’Hôtel Dieu, mais pour des raisons architecturales, il en est empêché. Si bien que l’hôpital de la Charité en fait les frais, et c’est lui qui va tomber sous les pioches des démolisseurs.

Dès l’annonce de sa démolition, les lyonnais se mobilisent, pour sauver au moins le clocher. Les titres des journaux varient ; pour les uns le clocher est définitivement condamné, alors que pour les autres il est sauvé ! Finalement, le maire Edouard Herriot va mettre fin à la polémique « Je ne crois pas que ce soit une question d’art, mais il s’agit des visages de la ville. Cette haute silhouette relève un peu ce qu’il y a de rectiligne et de monotone dans toutes ces toitures de même niveau ». Dans les années 1960, le clocher redevient la cible des urbanistes, mais le 1er magistrat, Louis Pradel agit comme son prédécesseur. Le clocher est une très belle tour carrée à la base, couronnée d’un clocheton baroquisant, qui devient octogonale dans ses derniers étages. Désormais muet, ses cloches ayant été fondues en 1953, pour contribuer au carillon de Fourvière, il est le seul rescapé de l’hospice des pauvres. Immuable, symbole de solidité au cœur de la cité, il nous rappelle le passé, mais son horloge toujours à l’heure nous ramène dans le présent.

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