Critique contre les salaires des grands patrons allemands

Les pratiques salariales des grands patrons allemands se heurtent à la critique générale des acteurs politiques et de l'opinion publique.
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Le président du Bundestag – le parlement allemand – Norbert Lammert, a récemment dénoncé les écarts de salaires démesurés entre les dirigeants des grandes entreprises et leurs employés. Alors que cette critique bien connue provient le plus souvent des cercles politiques de gauche, elle est cette fois-ci reprise par un homme politique de droite, Norbert Lammert étant membre de l’Union chrétienne-démocrate, parti d’Angela Merkel.

Des écarts indécents

Dans un entretien du 16 juillet accordé au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, il dénonce en particulier les différences de revenus entre les postes de direction les plus élevés et ceux situés à un échelon directement inférieur. Les degrés de responsabilité et de performance de ces deux niveaux de directions ne divergeraient pas au point de justifier des écarts aussi indécents. Le message envoyé à l’opinion publique est très négatif puisque cette pratique laisse soupçonner que les dirigeants se servent tout simplement dans les caisses comme bon leur semble. La décision du groupe Voklswagen de doubler le salaire de son patron Martin Winterkorn par rapport à 2010 en est un exemple éloquent. Toujours selon Lammert, si les dirigeants des entreprises ne sont pas eux-mêmes capables de se fixer des limites, celles-ci pourraient bientôt leur être imposées par la loi. La presse allemande s’est alors empressée de comparer cette déclaration au souhait du président français François Hollande de plafonner les salaires des patrons des grandes entreprises publiques françaises.

La stagnation des salaires les plus bas depuis 15 ans

Lammert a de plus tenu à faire l’éloge de la retenue de la grande majorité des employés dans les négociations salariales en Allemagne. Il y a 15 ans, les pratiques salariales étaient considérées comme anti-compétitives et l’Allemagne comme maillon faible européen à cet égard. La discipline des salariés aurait permis de revenir à un niveau de compétitivité plus qu’acceptable, leurs revenus réels ayant à peine augmenté depuis lors. Ceci contraste donc fortement avec les pratiques des grands dirigeants.

Une crise de confiance à dimension européenne

Cette problématique est à replacer dans le contexte européen actuel de crise économique et financière. Alors que le rôle de l’Allemagne est souvent perçu comme moralisateur et défavorable aux pays en difficulté et à leur population, la critique de Norbert Lammert va au contraire dans le sens du sentiment d’injustice partagé par ces populations européennes selon lequel les couches sociales vulnérables doivent aujourd’hui porter le poids d’une crise dont les acteurs économiques et financiers les plus puissants sont en réalité responsables. Le modèle capitaliste occidental est aujourd’hui confronté à une crise de confiance qui dépasse les clivages politiques. En effet, même si, selon un sondage exclusif Ifop-Fiducial publié par Le Figaro , les Allemands « se sentent moins affectés par la crise que leurs voisins européens » et restent « confiants dans leur capacité à maîtriser leur déficit », ils sont aussi de plus en plus conscients de la fragilité des fondements sur lequel repose le système économique et financier mondial.

Les grands de ce monde, qu’ils soient patrons, dirigeants politiques ou traders en bourse, sont-ils à même de freiner leurs ambitions personnelles pour revenir à des pratiques raisonnables et repenser les bases du modèle occidental ? Ou vont-ils continuer à scier la branche sur laquelle ils sont assis et enfoncer les populations les plus fragiles dans la précarité.

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