La chute de Nicolas Sarkozy

Depuis mai dernier, le clan Sarkozy enchaîne les défaites. Retour sur les quatre mois qui ont fait basculer les espoirs de la droite sarkozyste pour 2012.

Le 18 mai dernier, le film de Xavier Durringer « La Conquête » faisait son apparition sur les écrans français. Pourtant, en quatre mois, il n’est plus question de conquête mais plutôt de chute du président de la République française. Retour sur la fin du clan Sarkozy.

Pour beaucoup, ce film allait permettre à Nicolas Sarkozy de briguer un second mandat en 2012. A l’époque, les sondages vont déjà bon train avec comme grand favori Dominique Strauss-Kahn qui cumule 26% d’intentions de vote, à 5 points de Nicolas Sarkozy à 21 %. Depuis, le Président ne cesse de perdre dans les sondages. Pourtant l’espoir était bien revenu. Le 5 juin, il gagne même deux points et change d’adversaire : exit Dominique Strauss-Kahn pour laisser place à François Hollande (27%) ou Martine Aubry (25%). Mais toute une série d'affaires sont venues depuis assombrir l'horizon politique de Nicolas Sarkozy.

DSK, out

Le 14 mai dernier, les Français apprennent horrifiés l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York. Celui qui est alors à la tête du Fond monétaire international, est soupçonné d’agression sexuelle sur une femme de chambre du Sofitel de Manhattan. Deux jours plus tard, la demande de libération sous caution est refusée par la juge Melissa Jackson, et les chefs d’accusation s’aggravent : agression sexuelle, tentative de viol, séquestration, attouchements forcés… DSK se retrouve en détention à Rikers Island. C’est le début de la descente aux enfers.

Le 18 mai, il annonce sa démission du FMI et on apprend qu’il nie tous les faits qui lui sont reprochés. Le monde entier découvre alors un homme brisé et menotté qui malgré sa remise en liberté semble abattu. S’en suivent deux mois de combats entre le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, et les avocats de DSK. La crédibilité de la présumée victime s'effondre peu et à peu.

Le retour sur scène de DSK

Dominique Strauss-Kahn retrouve sa liberté avec le classement de l’affaire au pénal. De retour à Paris, trois épreuves attendant l’ancien président du FMI : la plainte déposée par Tristane Banon pour tentative de viol, le procès au civil contre Nafissatou Dialo et enfin l’explication aux Français. Le 18 septembre dernier, Claire Chazal donne à DSK l'occasion de s’expliquer après quatre mois de silence. L’ancien chef du FMI apparaît fatigué mais aussi très sûr de lui et surtout peu convaincant. Au lendemain de son passage dans le journal télévisé, ils sont 53% à vouloir que l'ancien favori des sondages annonce son retrait de la vie politique (42% chez les sympathisants de gauche, 59% à droite). Aujourd’hui, reste à régler l’affaire Banon dont la confrontation se déroule ce matin. Enfin, il reste à savoir quel rôle Dominique Strauss-Kahn entend jouer dans la vie politique française.

Karachi, chronologie d’un attentat prémédité

En mai 2002, la France tremble en apprenant qu'un attentat a eu lieu Karachi. Capitale économique du Pakistan, des travailleurs français y ont été envoyés pour travailler sur un chantier de sous-marins Agosta qui ont été vendus par la France. 8 heures du matin, un kamikaze à bord d’un faux taxi rempli d’explosifs, heurte un bus de la marine pakistanaise à bord duquel sont installées des travailleurs français. Bilan : 14 morts dont 11 Français. Al-Qaïda est très vite mis en accusation. La justice pakistanaise condamne à mort deux islamistes avant de les relaxer en 2009. La piste islamiste est abandonnée.

Karachi, l’enquête qui fait trembler la droite

En 2002, un ancien de la Direction de la surveillance du territoire (DST) enquête pour le compte de la Direction des constructions navales (DCNS). Très vite la conclusion explose : l’attentat est une vengeance en raison de l’arrêt de versement de commissions. En 1994, la France conclut un contrat de vente de trois sous-marins avec le Pakistan. Celle-ci s’accompagne de commissions qui à l’époque étaient légales. 83 millions d’euros au total. Une partie était destinée à des personnalités politiques pakistanaises et l’autre a été annulée. Jacques Chirac aurait en effet annulé le versement de 4% du contrat en 1995-1996. L’ancien Président soupçonnait que ces versements auraient donné lieu à des rétro-commissions (donc que l’argent serait revenu en France) afin de financer la campagne électorale d’Edouard Balladur. Ce dernier, soutenu par Nicolas Sarkozy, s’étant positionné pour la prochaine campagne présidentielle.

Aujourd’hui, après le Pakistan, c’est l’Arabie Saoudite qui semble être liée à ces histoires d’argent. Le juge en charge du dossier aurait un document permettant de relier l’Arabie Saoudite avec la campagne d’Edouard Balladur. En effet, le premier acompte de 10 millions de francs devait être versé impérativement avant le 31 mars 1995, date du premier tour de l’élection présidentielle. Cette somme aurait effectivement été versée le 26 avril, par l’Arabie Saoudite, et on retrouverait la somme en espèces sur un compte du Crédit du Nord appartenant à l’Aficeb, l’Association pour le Financement de la campagne d’Edouard Balladur.

Bettencourt/ Woerth : que s’est-il réellement passé ?

C’est en juin 2010 que le dossier Bettencourt éclate au grand jour. Grande famille française, les Bettencourt sont les propriétaires du groupe L’Oréal. Le site Médiapart publie des écoutes illégales démontrant un lien financier entre Liliane Bettencout, Eric Woerth (ministre du Travail à ce moment-là) et sa femme, Florence (employée chez Clymène, société gérant la fortune de Mme Bettencourt.) Quelques jours plus tard, le ministre annonce donc la démission de sa femme alors que la presse révèle qu’il a remis la légion d’honneur au gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, en 2008.

Puis tout va très vite. Le Parti socialiste demande la création d'une commission d’enquête, ce qui est approuvé par le président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer. S’en suit la révélation du bouclier fiscale à hauteur de 30 millions d’euros perçu par Liliane Bettencourt ainsi que 15 000 euros en liquide qui aurait été perçus par Eric Woerth pour le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Pourtant le 10 juillet, le procureur de Nanterre conclut que l’ex-ministre du Budget n’est pas intervenu dans le dossier fiscal. Ce même procureur est aujourd’hui mis en accusation pour « violation de sources de trois journalistes du Monde ». M. Squarcini et Péchenard, patrons de la police et du renseignement, et proches de Nicolas Sarkozy, sont suspectés d’avoir ordonné la surveillance de ces journalistes.

Le Sénat, premier virage à gauche depuis 1958

Enfin, le coup de maître a été donné par l’élection sénatoriale. En effet, depuis le début de la Ve république, le Sénat a toujours été à droite. Jusqu'à ce week-end. Une défaite historique avec une gauche qui cumule177 sièges et qui rafle donc la majorité absolue avec deux vois d’avance.

Cette situation a délié les langues à droite. Alain Juppé la compare aux multiples échecs essuyés aux élections régionales et municipales. Alors que le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire y voit un avertissement sérieux pour l’UMP.

Un mécontentement des Français ou un vote sanction ? Quelle que soit la motivation des Français, les choses sont claires : Nicolas Sarkozy n’est pas en bonne posture pour 2012. Il a perdu encore un point en septembre dans les sondages. Sa côte de popularité n’est plus que de 32% face à François Fillon avec 47%, malgré une perte de quatre points. Quant à la présidentielle, les chiffres sont pour le moins éloquents: Martine Aubry et François Hollande sont toujours les deux grands favoris. L’espoir de Nicolas Sarkozy renaîtrait si Ségolène Royal était élue à la primaire socialiste. Le Président pourrait alors briguer un second mandat, face à Marine Le Pen, au second tour. Première réponse donc le 9 octobre prochain, lors du premier tour de la primaire socialiste.

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