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CARINE MAHY

Publié dans : Les articles Histoire de Carine Mahy

Le Nil : dieu-fleuve romain

A l'époque romaine, plusieurs divinités égyptiennes ont intégré le panthéon romain, parmi lesquelles Isis, Sérapis, Harpocrate, Anubis, et le Nil

Le dieu égyptien du Nil

L’eau du Nil était sacrée dans l’Egypte ancienne, et en particulier l’eau de l’inondation, lorsque le Nil permettait de fertiliser les terres de la vallée en y déposant son précieux limon. C’est pourquoi les Egyptiens honoraient leur fleuve à travers le dieu Hâpy, qui était le dieu nourricier lié à l’inondation.

Hâpy était représenté debout ou à genoux, sous la forme d’un personnage à tête humaine et bien portant vêtu d’un pagne, ainsi que d’une coiffe végétale. Il tient généralement un plateau d’offrandes, témoin de la richesse nourricière du Nil.

Il est attesté de manière constante au cours de toute l’histoire égyptienne, depuis la première dynastie jusqu’à l’époque romaine. Les Egyptiens l’honoraient afin que la crue ne soit ni trop faible (cause de famine), ni trop forte (cause de destruction). Le niveau de la montée des eaux était régulièrement surveillé grâce aux nilomètres installés tout le long de la vallée.

La représentation du dieu Nil chez les Romains

Cette importance du Nil pour la vie en Egypte lui a valu de compter parmi les fleuves les plus célèbres dans l’empire romain, dont l’Egypte était devenue une province après la chute de la dynastie ptolémaïque.

Les Romains disposaient de leur propre iconographie pour représenter les dieux fleuves. Ils étaient figurés sous la forme d’hommes barbus à la chevelure abondante, semi-allongés sur leur côté et tenant une corne d’abondance, symbole de prospérité.

Pour distinguer le dieu-Nil d’autres dieux-fleuves, celui-ci s’est vu attribuer des éléments supplémentaires associés à son image. Un sphinx pouvait accompagner le Nil, comme élément emblématique de l’iconographie égyptienne. Si le sphinx est présent dans l’œuvre, le dieu s’appuie souvent sur lui. Il pouvait aussi se retrouver en compagnie d’un hippopotame ou d’un crocodile, animaux associés à la faune nilotique dans le monde antique méditerranéen.

Mais l’élément incontournable dans les représentations romaines du Nil, est la présence d’enfants, qui accompagnent le dieu. Ces enfants illustrent les coudées (unité de mesure pour le niveau de l’inondation), comme l’ont expliqué Pline l’Ancien (Histoires Naturelles, V, 36) et Philostrate (Galerie de tableaux) dans leur œuvre respective. Ils sont donc la personnification de la fertilité apportée par le Nil.

La fréquence des attestations du dieu-Nil dans l’art romain varie en fonction des provinces. Ses représentations sont rares en Espagne, absentes en Gaule et en Bretagne, mais plus nombreuses à Rome et dans les ports de l’empire, qui pratiquaient le commerce du blé (Ostie, Naples, Lepcis Magna,…).

Quelques images du Nil dans l’art romain

La plus belle statue du Nil romain est sans doute celle conservée aux musées du Vatican. Elle est sculptée dans du marbre blanc et a probablement été réalisée à l’époque de l’empereur Hadrien. Ce monarque avait d’ailleurs un attrait pour l’Egypte, qui a valu à cette province d’être d’avantage présente dans l’art et l’architecture de cette époque à Rome et à Tivoli (Villa d’Hadrien).

Une autre statue du dieu-Nil a été découverte à Naples, et exposée sur la piazzetta del Nilo de cette ville. En outre, c’est également à Naples, dans une stoa (portique) que se trouvait le tableau décrit par Philostrate, qui mettait en scène le dieu-Nil accompagné des enfants-coudées. Cette peinture n’est pas conservée, mais la description du philosophe permet de l’imaginer :

« Autour du Nil jouent les coudées, ainsi nommés à cause de leur taille, chers au Nil à bien des titres, et surtout parce qu’ils annoncent aux Egyptiens quelle sera la profondeur de ses eaux débordées. Ils sont amenés vers le dieu par le flot même, et semblent en sortir, frais et souriants, je crois même qu’ils ne sont pas privés de la parole. Les uns s’assoient sur les épaules du fleuve, les autres se suspendent aux tresses de ses cheveux ; ceux-ci s’endorment dans ses bras, les autres folâtrent sur sa poitrine. Et lui, le dieu, leur abandonne les fleurs qu’ils trouvent, les uns sur sa poitrine, les autres entre ses bras, pour qu’ils s’en tressent des couronnes et s’endorment sur les fleurs, comme des êtres divins et sacrés. Ils montent sur les épaules les uns des autres, au bruit des sistres… »

Une statuette en marbre (long : 60 cm) a aussi été mise au jour à San Angeloin Formis (près de Capoue, en Italie).

A Canope, en Egypte, c’est une forme inhabituelle du dieu qui est illustrée dans une sculpture en grauwacke (pierre du ouadi Hammamat). En effet, le Nil est représenté seulement en buste. Les enfants coudées, le sphinx et les animaux de l’iconographie nilotique sont absents. Seule la corne d’abondance accompagne la divinité.

L’art de la mosaïque a aussi livré une belle représentation du dieu Nil. Ce pavement appartenait à une habitation de Lepcis Magna (en Tripolitaine, Libye), à laquelle il a d’ailleurs donné son nom. Il est aujourd’hui conservé au musée de Tripoli. Cette mosaïque montre le Nil a demi-allongé sur le dos d’n hippopotame. Il tient la corne d’abondance et n roseau. Les enfants coudées entourent l’hippopotame et emmènent le Nil vers un petit bâtiment qui pourrait être un nilomètre.

Bibliographie sélective

BONNEAU (D.), Le dieu-Nil hors d’Egypte (aux époques grecque, romaine et byzantine), dans Hommages à Jean Leclant, t. 3, Etudes isiaques, p. 51-62.

ROSSINI (S.), SCHUMANN ANTELME (R.), Dictionnaire illustré des dieux de l’Egypte, Monaco, 2003.

TRAN TAM TINH (V.), Le culte des divinités orientales en Campanie, Leyde, 1972.

À propos de l'auteur

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CARINE MAHY

Diplômée en Histoire et en Archéologie/Histoire de l'art - spécialisée dans les
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