Coquillages et productions de luxe chez les Romains

Dans son Histoire Naturelle, Pline l'Ancien nous informe sur les objets de luxe dont les Romains sont friands pour se vêtir et qui ont pour origine la mer
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La perle ou la pourpre sont des produits luxueux et couteux, fabriqués à partir d’animaux marins et qui attirent les aristocrates romains. Ils sont utilisés pour teindre les tissus, dans le cas de la pourpre, ou pour fabriquer des bijoux en ce qui concerne les perles.

Pline l'Ancien, opposant du luxe romain

Pline l’Ancien dénonce ce goût de ses contemporains pour ces matières (IX, 53) : « […] rien n’a plus contribué que la classe des coquillages au luxe et à la dévastation des mœurs […] C’est peu sans doute de dévorer les dépouilles de la mer ; il a fallu encore en charger les mains, les oreilles, la tête, le corps tout entier des hommes comme des femmes. Qu’a de commun la mer avec nos vêtements ? Quel rapport entre les flots orageux et les toisons ? Pour être bien dans cet élément, ne faut-il pas être nu ? ».

La pourpre

« Devant cette pourpre les faisceaux et les haches romaines écartent la foule : elle fait la majesté de l'enfance ; elle distingue le sénateur du chevalier ; on la revêt pour apaiser les dieux ; elle donne la lumière à tous les vêtements ; elle se mêle à l'or dans la robe du triomphateur. Excusons donc la folle passion dont la pourpre est l'objet : mais où est le mérite des couleurs conchyliennes? L'odeur en est infecte à la teinture […] » (Pline, IX, 60).

La pourpre était produite par les Phéniciens à partir du murex. La plus réputée provenait de Tyr. Juba II, le roi de Numidie et de Maurétanie, en fit aussi produire sur l’île de Mogador .

Ce coquillage devait être pêché vivant, puis tué d’un coup sec avec une pierre, avant d’être plongé et écrasé, débarrassé de sa coquille, dans un bain d’eau dans lequel est également immergée une étoffe de tissu à teindre. Pline (IX, 62-64) nous fournit l’explication du procédé technique d’oxydation menant à la coloration.

Quant à la façon de tuer le murex, afin qu’il puisse être utilisé pour la teinture, elle est exposée par Elien ( La personnalité des animaux , XVI, 1) : « Lorsqu’un pêcheur de murex attrape un murex, non pas pour être consommé par l’homme, mais pour teindre des tissus de laine, s’il veut que la couleur reste indélébile et ne s’estompe pas au lavage et qu’elle puisse restituer sa teinte originale sans être adultérée, il écrase le murex, coquille comprise, d’un seul coup de pierre. Si l’impact est trop faible et que l’animal est encore en vie, le murex, dès lors que l’on doit lui donner un deuxième coup de pierre, est inutilisable pour la teinture. Car, sous l’effet de la douleur, le murex laisse s’échapper la teinture qui se dérobe dans la masse de chair ou s’écoule tout simplement à l’extérieur. Homère, paraît-il connaissait bien ce phénomène, et il dit que les hommes qui meurent subitement sont saisis par un mort de murex ; il s’agit de la fameuse formule poétique qu’il emploie dans son poème : Une mort de murex et un destin violent s’abattent sur lui ».

La quantité importante de coquillages nécessaires à la teinture d’un vêtement expliquait le coût élevé de ce produit, même si ces biens ne pouvaient se conserver plus de quelques années… « Au moins les perles sont une propriété presque éternelle, elles passent à l'héritier; on les aliène comme un bien-fonds : mais les couleurs dues aux coquillages et à la pourpre s'altèrent d'heure en heure, et cependant le luxe, qui en est aussi le père, y met un prix presque égal au prix des perles. » (Pline, IX, 60).

Les perles

Selon le témoignage de Pline (IX, 56), « Les femmes mettent leur gloire à en charger leurs doigts et à en suspendre deux et trois à leurs oreilles […] déjà les moins riches affectent ces joyaux ; elles disent qu’une perle est en public le licteur d’une femme. Bien plus, elles en portent à leurs pieds, elles en ornent non seulement les cordons de leur chaussure, mais encore leur chaussure toute entière ; ce n’est plus assez de porter des perles, il faut les fouler et marcher dessus. »

Les perles, issues d’huitres perlières, provenaient en majorité de l’océan indien. Les Romains les importaient principalement d’Argaris, port de la côte orientale de l’Inde, et de l’île de Palaesimundu, aussi appelée Taprobane (Ceylan, l’actuel Sri Lanka). Pline (IX, 54) estime néanmoins que celles qui étaient de la plus grande qualité provenait du golfe Persique, le long de la côte d’Arabie.

Bibliographie

BOULNOIS L., La Route de la Soie, dieux, guerriers et marchands , Genève, 2001.

DOUMET (J.), La pourpre , dans La Méditerranée des Phéniciens de Tyr à Carthage , Paris, 2007, p. 87-91.

PLINE L’ANCIEN, Histoire naturelle , livre IX, Des animaux aquatiques , De SAINT-DENIS E., Paris, 1955.

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