Evergétisme, ou mécénat, dans l'Empire romain

Le mécénat, ou évergétisme, était une pratique très répandue dans les cités de l'Empire romain. Les évergètes étaient des magistrats ou des notables locaux.
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Choisis annuellement par la cité, les magistrats devaient offrir ou participer au financement d’un édifice, d’une statue, ou encore de festivités comme les jeux au cirque ou à l’amphithéâtre. L’accès aux magistratures était réservé aux citoyens ayant des biens importants. Ils devaient donc faire profiter le peuple de leur fortune personnelle à travers cette générosité règlementée et obligatoire.

Le patronus d’une communauté, quant à lui, distribuait régulièrement une certaine somme d’argent à ses clients qui venaient le saluer. Les notables locaux, les gouverneurs d’une province ou même l’empereur faisaient aussi preuve de libéralités à l’égard de certaines cités. L’évergétisme était donc une pratique très courante et un véritable mode de fonctionnement, organisé pour embellir et développer des infrastructures publiques dans le monde romain.

Garder le souvenir de l’acte évergétique

Quand un bienfait était réalisé par l’évergète, celui-ci faisait souvent réaliser une dédicace commémorative de son geste. Les forums, temples, thermes et autres édifices publics de chaque ville étaient remplis de ces inscriptions immortalisant la générosité d’un mécène. Ces épigraphes pouvaient prendre la forme de plaques fixées sur les murs de l’édifice, de bases de statues, d’autels (en contexte religieux), etc.

Ces dédicaces étaient, le plus souvent, consacrées à une ou plusieurs divinités, à un empereur ou à l’un de ses proches (impératrice, prince héritier, etc.). Le donateur précise aussi ses noms (plus ou moins complets selon les cas: praenomen , nomen , cognomen ) et généralement une liste, plus ou moins complète, de ses fonctions (les magistratures qu’il exerce au moment de la dédicace et qu’il a exercé par le passé). Ces informations permettent d’identifier certaines familles influentes et les carrières des magistrats locaux.

Ces textes sont d’une importance majeure pour les archéologues, car ils donnent des informations sur des édifices parfois disparus, en permettant de définir leur fonction, de dater leur construction ou les phases de restauration et, dans ce dernier cas, ils informent parfois aussi sur les raisons pour lesquelles ces restaurations étaient nécessaires.

L’évergétisme, acte indispensable pour le bon fonctionnement des cités

Les entités locales ayant régulièrement des difficultés financières et ne pouvant faire face à d’importantes dépenses, pourtant nécessaires, l’évergétisme s’est imposé comme une pratique indispensable pour équiper les villes d’édifices utiles à la vie de la communauté et pour prendre en charge des frais de restauration et d’entretien de ces monuments.

Ainsi, les cités se voyaient offrir, par leurs plus riches citoyens, des thermes, des fontaines, des édifices de spectacles (théâtre, cirque, amphithéâtre), des temples, ou encore le pavement du forum. Les évergètes pouvaient également organiser des distributions de nourriture ou des spectacles, qui pouvaient être très coûteux et peser trop lourdement sur le budget de la communauté.

L'évergétisme post mortem

Des évergètes décidaient aussi par testament que leur héritier devrait verser une certaine somme, issue de l’héritage, à la collectivité pour la réalisation d’un projet défini. Un tel geste leur permettait de passer à la postérité, car perpétuer son souvenir était essentiel pour les Romains. La condamnation suprême était d’ailleurs la damnatio memoriae , la suppression du nom de la personne condamnée des inscriptions sur lesquelles il apparaissait.

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