Image du disque solaire ailé dans les stèles phéniciennes

Le disque solaire ailé, motif royal d'origine égyptienne, couronne souvent les stèles dans l'art phénicien (stèles d'Amrit, de Tyr, de Byblos ou naïskos)
71

L’iconographie égyptienne a souvent inspiré et influencé l’art et l’artisanat phénicien . De nombreux thèmes venus de la Vallée du Nil (personnages égyptisants, fleurs de lotus, urei, scarabées, etc.) ont ainsi été reproduits et réinterprétés par les artisans phéniciens. Les représentations sculptées, par exemple, sur les ivoires ou sur la pierre en sont les témoins. Parmi les thèmes les plus souvent utilisés, il y a le disque solaire ailé.

Utilisé à l’origine dans l’art monumental et sur les stèles de l’Egypte pharaonique, le disque solaire entouré des ailes déployées d’un rapace (faucon), accompagné de deux urei représentant les divinités de la Haute et de la Basse Egypte, Ouadjet et Nekhbet, inspira les artistes phéniciens. Ceux-ci l’utilisèrent pour couronner certaines de leurs stèles à caractère votif, ou funéraire dans le cas des naïskos. Les ailes suivaient alors la courbure formant le sommet de la stèle.

Signification

En Egypte, il s’agissait à l’origine d’un symbole royal. Il figurait Ra, le soleil, et Horus, le dieu faucon, dont le pharaon était le fils sur terre. Mais c’était également un symbole apotropaïque, qui avait pour fonction de protéger le roi. A partir du Moyen Empire, les particuliers ont aussi commencé à l’employer pour sa dimension protectrice.

En Phénicie, c’est l’aspect apotropaïque qui a été privilégié. Mais il est possible qu’à Chypre, certaines représentations aient aussi un lien avec la royauté, en particulier dans un contexte hathorique.

La stèle d’Amrit

La stèle de calcaire provenant d’Amrit, dans le nord de la Phénicie, est conservée au Louvre. Une divinité, parfois interprétée comme étant Shadrapa, se tient debout sur un lion. Elle est vêtu d’un pagne et porte une coiffe proche-orientale, mais avec un ureus sur le front, à la manière égyptienne. Dans ses mains, elle tient un lionceau par les pattes arrières.

Le disque solaire ailé, qui couronne la stèle arquée, est accompagné de son équivalent, le symbole astral proche-oriental combinant le disque solaire et le croissant de lune.

La stèle de Yehawmilk de Byblos

Cette stèle de calcaire date du Ve s. av. n. ère. Elle est conservée au musée du Louvre, à l’exception de son coin inférieur droit, qui fut retrouvé plusieurs décennies après la stèle et qui est conservé au musée de Beyrouth. La scène figurée représente le roi de Byblos, Yehawmilk, devant la déesse tutélaire de la ville, la Baalat Gebal (Dame de Byblos). Le disque solaire ailé s’étend au-dessus de la scène, suivant l’arc formé par le bord supérieur de la stèle.

La stèle de Tyr

Le sujet, représenté sur cette stèle en marbre du IVe ou IIIe s. av. n. ère, est un personnage de profil, levant une main en signe d’adoration. Il porte une longue tenue et une coiffe sans doute inspirée des Perses.

La stèle est rectangulaire et probablement incomplète. Elle faisait peut-être partie d’une composition plus large. Le disque solaire ailé est incomplet.

Les naïskos

Les naïkos phéniciens dérivent des naos égyptiens. Cette forme est adoptée en Phénicie au début du Ier millénaire av. n. ère et leur emploi est principalement attesté dans un contexte funéraire.

Autres supports

Cette iconographie du disque solaire ailé est parfois aussi utilisée sur d’autres objets de l’artisanat phénicien, et notamment sur des scarabées d’imitation égyptienne ou encore des coupes métalliques et des objets en ivoire. En architecture, ils sont employés dans la décoration de chapiteaux hathoriques à Chypre.

Selon les cas, on rencontre soit des modèles classiques, qui sont fidèles au modèle égyptien d’origine, et des modèles dérivés, qui sont le fruit d’une réinterprétation du motif par les Phéniciens. Cette seconde catégorie peut parfois s’éloigner assez fortement du modèle original.

Sur le même sujet