La Mésopotamie avant Sumer : d'Hassuna à Halaf

Entre le VIe et le IIIe millénaire, l'organisation sociale mésopotamienne a évolué progressivement du village à la cité.
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Au cours de la période allant du VIe au début du IIIe millénaire, les habitants de la Mésopotamie ont fait évoluer lentement leur cadre de vie. Les témoignages de cette progression ont été identifiés sur différents sites: Hassuna, Samarra, Halaf, Obeid, Uruk et Jemdat Nasr .

Les phases de transition

Chaque période de la protohistoire de la Mésopotamie, jalonnant la transformation du village vers la cité, est désignée par le nom du site sur lequel elle a été identifiée pour la première fois, même si ce site n’est finalement pas le plus représentatif pour la phase qu’il concerne (comme Samarra par exemple).

Chacune de ces périodes se distingue par un ensemble de caractéristiques (type de céramique, d’architecture, de statuettes, etc.) qui lui sont propres. Elles témoignent des cultures, et probablement des populations, qui se sont succédé en Mésopotamie, avant la civilisation sumérienne.

Période d’Hassuna (env. 5800-5500 av. n. ère)

Lors des fouilles d’Hassuna, les archéologues trouvèrent, dans les niveaux les plus anciens, de la céramique grossière et des outils de pierre faisant référence à une communauté d’agriculteurs néolithiques, qui vivaient sans doute dans des tentes ou des huttes car aucune trace de construction n’a été identifiée.

La céramique archaïque présentait une surface polie avec une pierre ou un os, non décorée ou seulement avec des motifs simples tracés à la peinture rouge (lignes, triangles, hachures, quadrillages).

Dans les niveaux supérieurs, des maisons ont été retrouvées. Elles se composaient de plusieurs pièces, qui étaient organisées autour d’une petite cour formant deux corps de bâtiments en angle droit. L’habitation se trouvait dans un bâtiment, tandis que la cuisine et l’entrepôt se trouvaient dans l’autre bâtiment. La céramique de ces niveaux était similaire à celle déjà décrite, mais la réalisation est plus habile. De nombreux récipients sont aussi couverts d’incisions peu profondes.

Cette culture semble avoir été assez localisée dans le nord-est de l’Iraq, comme en témoignent les autres sites de cette période présentant les mêmes caractéristiques : Yarim Tepe (tell 1), Tell Sotto, Kül Tepe et Tulul eth-Thalathat (tell 2).

Période de Samarra (env. 5600-5000)

En 1912-1914, de la céramique de cette période a été trouvée dans un cimetière préhistorique découvert sous les habitations médiévales de Samarra. Elle présentait des dessins géométriques peints en rouge vif ou brun, ou des motifs illustrant des hommes, femmes, poissons, antilopes, oiseaux, scorpions et autres animaux. Sur les sites d’Hassuna et Yarim Tepe, cette céramique «Samarra» succède à la céramique grossière de la première période.

C’est grâce au site de Tell es-Sawwan (le «tell des silex»), situé à 11 km au sud de Samarra, que cette phase est mieux connue. Ces populations semblent avoir été les premières à avoir pratiqué une forme primitive d’irrigation dans la région. Le site se caractérise aussi par la fortification du centre du village (fossé, mur d’argile à contreforts).

En ce qui concerne les maisons, elles présentaient un plan en forme de T, composé de plusieurs salles et cours. Les murs en brique étaient revêtus d’une mince couche de plâtre.

Cette culture se rencontre surtout en Mésopotamie centrale et septentrionale.

Période de Halaf (env. 5500-4500)

Cette culture se caractérise par des maisons en général de format circulaire et vouté, appelées tholoi , et qui rappellent les tombes mycéniennes. L’obsidienne est très présente dans l’outillage lithique de la période de Halaf.

Quant à la céramique, elle est en argile ferrugineuse légèrement vitrifiée par la cuisson, aux parois souvent très fines et peintes en couleur crème ou rosée sur toute la surface. Des motifs sont ensuite ajoutés en rouge, noir et blanc (triangles, damiers, carrés, croix, petits cercles, parfois aussi des fleurs, des oiseaux, des gazelles couchées, des félins bondissants, double hache, tête de taureau stylisée).

Cette culture n’était pas originaire de Mésopotamie. Elle avait sans doute des liens avec l’Anatolie. Ces populations sont probablement arrivées par lente infiltration pacifique.

Bibliographie

BARRELET (M. T.), L’Archéologie de l’Iraq du début de l’époque néolithique à 333 av. n. ère , Paris, 1980.

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HUOT (J.-L.), Une archéologie du Proche-Orient , t. 1, Des premiers villageois aux peuples des cités-Etats (Xe-IIIe millénaire av. J.-C.) , Paris, 2004.

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