L'agriculture dans les territoires africains de Carthage

Les Carthaginois étaient réputés pour le rendement et la qualité de leur agriculture et arboriculture. Leur agronome Magon faisait autorité chez les Romains
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Au Ve s. av. n. ère, suite à la défaite d’Himère (en 480) face à Syracuse, les Carthaginois ont pris conscience de la nécessité de posséder des ressources alimentaires suffisantes sur le sol africain pour être autonome. Jusqu’à cette époque, c’étaient principalement leurs territoires de Sicile et surtout de Sardaigne qui nourrissaient la capitale de l’empire.

Les productions agricoles carthaginoises

Les Puniques cultivaient les céréales dans les grandes plaines. C’était surtout le blé qui était représenté dans ces grandes étendues céréalières. Il était nécessaire pour nourrir les villes et les armées du monde carthaginois. Grâce à un sol très fertile, les productions étaient toujours excédentaires. Cela permit à Carthage et à la Numidie de ne jamais connaitre de famine pendant toute l’histoire antique de ces régions.

L’arboriculture était également très présente dans les campagnes africaines. La description que donne Diodore de Sicile (XX, 8, 2) du cap Bon (nord de la Tunisie) illustre bien cette réalité : « Tout le pays était entrecoupé de jardins et vergers arrosés par de nombreuses sources et par des canaux. Des maisons bien construites et blanchies à la chaux bordaient la route et annonçaient partout la richesse. Les habitations étaient replies de tout ce qui contribue aux jouissances de la vie et qu’une longue paix avait permis aux habitants de mettre en réserve. Le terrain était cultivé en vigne, en olivier et en une foule d’arbres fruitiers ».

En se basant sur les sources littéraires antiques, des analyses de sédiments ou encore l’iconographie des stèles, les archéologues identifient différents arbres fruitiers cultivés dans les territoires africains de Carthage : figuiers, oliviers, grenadiers, vignes, amandiers, pistachiers ou encore noisetiers.

Les Romains admirateurs des productions puniques

L’agriculture et l’arboriculture puniques étaient réputées à Rome, qui en avait eu connaissance à travers les missions diplomatiques qui s’étaient rendues à Carthage.

La qualité de ces productions causa à la fois l’admiration et la jalousie des dirigeants romains envers l’Afrique punique. En effet, ceux-ci craignaient la concurrence des produits africains vis-à-vis de l’agriculture et de l’arboriculture également pratiquées par Rome.

Lors de la destruction de la capitale punique, en 146 av. n. ère, les Romains ne conservèrent qu’un seul ouvrage provenant des riches bibliothèques de Carthage : le traité de l’agronome Magon. Il fut déposé précieusement dans le temple d’Apollon sur le Palatin. Puis, le Sénat de Rome le fit traduire en latin, ce qui lui valut à son auteur une célébrité durable. Cette importante tâche fut confiée à Decimus Iunus Silanus. Quant aux autres livres issus du pillage de Carthage, ils furent offerts aux rois numide et maure.

L’agronome punique Magon et son traité

Magon a été qualifié de « père de l’agronomie » par l’agronome latin Columelle. Mais les informations historiques disponibles sur ce personnage sont très limitées. Il est difficile de déterminer avec exactitude l’époque à laquelle il vécut. On considère généralement que ce fut entre la fin du IVe s. et le début du IIe s. av. n. ère.

Selon Pline l’ancien ( Hist. Nat. , XVIII, 5), Magon aurait été un général, qui en temps de paix, s’est intéressé à la terre et l’exploitation des sols. Le traité qu’il rédigea était basé sur les observations qu’il a pu tirer de sa pratique personnelle de l’agriculture.

Le traité comptait vingt-huit livres. Les extraits conservés de son ouvrage traitent de différents aspects de la discipline agricole : travaux des champs, gestion de l’entreprise agricole, élevage et les soins que nécessitait un troupeau, l’horticulture, les abeilles, etc.

L’introduction de l’œuvre de Magon résumait son état d’esprit et fut transcrite par Columelle ( De l’agriculture , I, 1) au début de son propre traité : « Que celui qui achètera un champ, vende sa maison, de peur qu'il ne préfère donner ses soins à ses pénates de la ville qu'à ceux de la campagne. Celui qui prodigue tant d'affection à son domicile de la cité, n'a pas besoin d'un domaine champêtre».

L’héritage de Magon

Au-delà de la traduction latine intégrale réalisée par Decimus Iunus Silanus, d’autres versions inspirées totalement ou partiellement du traité de Magon furent réalisées au cours de l’antiquité et jusqu’au début du Moyen-âge.

Ce fut notamment le cas de la version grecque abrégée en vingt livres, rédigée par Cassius Dionysius. Elle date de la première moitié Ier s. av. n. ère. Cette version grecque abrégée fut elle-même résumée en six livres par Diophane de Nicée au milieu Ier s. av. n. ère.

Quelques années plus tard, une autre version abrégée fut encore réalisée. Elle ne comptait que deux livres. Elle fut réalisée à l’époque de Pompée par Pollion de Tralles. Sa taille réduite lui assura une très large diffusion.

Varron (116-27 av. J.-C.) s’est, quant à lui, inspiré de la version de Diophane pour écrire son propre traité d’Agriculture en trois livres.

Au VIe s. ap. J.-C., la compilation Geoponica, réalisée par Cassianus Bassus, reprend à son tour des extraits de l’œuvre de Magon. Enfin, au XIe s., le traité arabe d’Ibn al-Awam, a lui aussi été influencé par l’œuvre de l’agronome carthaginois.

Bibliographie

Fantar (M.), Carthage. Approche d'une civilisation, t. 1, Tunis, 1998.

HEURGON (J.), L’agronome carthaginois Magon et ses traducteurs en latin et en grec , dans Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles lettres , t. 120, 1978, p. 441-456.

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