Le passage des peuples de la mer au Proche-Orient et en Egypte

Mentionné dans les sources égyptiennes, ougaritiques, hittites, le passage des peuples de la mer bouleversa l'équilibre géopolitique du Proche-Orient.
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Qualifiés de peuples des îles au milieu de la mer ou de peuples des pays étrangers, ils étaient d’origines diverses, probablement venus d’Anatolie et de la mer Egée. Leur regroupement au moment des invasions de la fin du IIe millénaire av. n. ère, vers 1250-1150 av. n. ère, était des coalitions de circonstance.

Les noms des peuples de la mer

Pereset, Sherden, Teresh, Shekelesh, Tjekker, Denyen, Weshesh, Rukka ou Lukka, Eqwesh, Poulasti, Sikalaétaient autant de noms de peuples que les sources égyptiennes ont conservé, principalement aux époques de Merenptah et surtout de Ramsès III, qui les vainquit en l’an huit de son règne.

Parmi eux, il est peut-être possible de deviner le nom des Lyciens ( Lukka ), des habitants de la région d’Adana, en Turquie ( Denyen ), des Achéens ( Eqwesh ), ou encore des Philistins ( Poulasti ), qui allaient ensuite donner leur nom à la Palestine.

Certains de ces peuples étaient déjà mentionnés dans les sources écrites, car ils servaient comme mercenaires dans les troupes égyptiennes, hittites ou celles des cités levantines, avant le début du mouvement des peuples de la mer.

La destruction d’Ougarit

La cité d’Ougarit (Ras Shamra), sur la côte syrienne (à dix kilomètres au nord de Lattaquié), a livré une riche documentation sur l’histoire de la région, grâce aux tablettes, dont la plupart en cunéiforme akkadien ou ougaritique , qui étaient contenues dans les archives du palais de la ville. Puis elle a subitement disparu, détruite par un raid des peuples de la mer, vers 1185 av. n. ère.

La première installation humaine sur ce site date du VIIIe millénaire av. n. ère. Puis l’occupation des lieux fut presque permanente jusqu’à la destruction de la célèbre cité. Elle tomba ensuite progressivement dans l’oubli avant d’être redécouverte en 1929. Aujourd’hui, elle fait toujours l’objet de fouilles régulières.

Ougarit n’est pas la seule ville a avoir souffert des destructions provoquées par les raids des peuples de la mer. En effet, Chypre, Karkemish ou encore l’Amourrou comptent au nombre des principales victimes des pillards.

Par contre, ils ne semblent pas avoir eu un impact aussi catastrophique sur les cités phéniciennes de la côte, car celles-ci connurent une renaissance rapide.

Réaction de l’Egypte

Suite aux destructions subies sur la côte levantine à cause des pillards, et notamment à Ougarit, certains réfugiés prirent la route du sud et informèrent l’Egypte des raids destructeurs qui touchaient les régions côtières de Syrie, Phénicie, Palestine.

C’est alors que Ramsès III réagit, en préparant son armée à l’affrontement, à l’entrée du delta du Nil. Il parvint ainsi à repousser les pillards. Cette victoire de l’an huit de son règne est commémorée sur les murs de son temple funéraire à Medinet Habou.

La fin des migrations des peuples de la mer

Au terme de plusieurs décennies d’instabilité, ces peuples se sont sédentarisés dans la contrée de Canaan et se sont mêlés aux populations locales, disparaissant ainsi des sources.

Bibliographie : pour aller plus loin

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