Le siège et la prise de Tyr (Phénicie) par Alexandre le Grand

La bataille qui mena à la chute de Tyr, ville insulaire fortifiée, fut l'une des plus marquantes des armées d'Alexandre le Grand au Levant.
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Lors du passage d’Alexandre le Grand et de ses armées sur la côte phénicienne, alors possession de l’Empire perse, la plupart des cités firent allégeance au conquérant macédonien sans combattre. C’est par exemple le cas d’Arwad, Byblos et Sidon, qui payèrent tribut à Alexandre. Mais la cité de Tyr refusa d’ouvrir ses portes aux Macédoniens et parvint à résister durant sept mois au siège que leur imposa Alexandre.

Les motivations des Tyriens

Arrien (II, 16, 7) pensait que les Tyriens avaient voulu se forger un statut de neutralité en acceptant ni les Perses, ni les Macédoniens, tandis que Diodore de Sicile (XVII, 40, 3) considérait que les Tyriens étaient favorables aux Perses et avaient créé une diversion en provocant ce siège, afin que Darius ait le temps de se réarmer, après sa défaite lors de la bataille d’Issos.

L’envoi d’une délégation tyrienne devant Alexandre

Après qu’Alexandre ait passé Sidon, une délégation de Tyriens vint à sa rencontre. Alexandre leur fit part de son souhait de réaliser un sacrifice dans le temple principal de Melqart-Héraclès sur l’île de Tyr. En effet Héraclès était le dieu dynastique d’Alexandre et il souhaitait l’honorer dans l’un des temples les plus célèbres qui lui étaient consacrés.

La délégation ne voulut par répondre positivement à cette demande, car elle savait qu’il s’agissait d’un stratagème d’Alexandre pour entrer dans la ville fortifiée. Elle tenta de l’orienter vers un autre temple de Melqart sur le territoire continental de la cité (Palaityros). Mais le jeune conquérant considéra ce refus comme un affront et décréta le siège de Tyr.

Le déroulement des événements: la jetée et le siège

Pour atteindre l’île fortifiée par de hauts remparts, Alexandre construisit une jetée destinée à relier l’île au continent. Pendant les travaux, les défenseurs tyriens harcelèrent les ouvriers en tirant des flèches depuis le haut de la muraille et depuis des navires. Pour protéger les constructeurs, les Macédoniens installèrent deux tours de guerre à l’extrémité de la jetée encore inachevée.

Les Tyriens parvinrent à incendier les tours en échouant un navire auquel ils avaient mis le feu. Pour remédier à cette situation, Alexandre fit élargir la jetée afin de pouvoir y construire un plus grand nombre de tours.

Lorsque ces travaux d’aménagement furent terminés, le siège commença. Pour assiéger l’île par la mer, Alexandre reçut l’aide de navires venant des autres cités phéniciennes soumises. En effet, tant que Tyr avait le contrôle de la mer, la réussite du siège était impossible.

Face aux forces d’Alexandre, Tyr renonça à engager un combat naval. Les Tyriens barrèrent l’accès à leurs ports grâce à leurs trirèmes, pour empêcher les attaquants de jeter l’encre. Puis, ils tentèrent une attaque surprise et coulèrent plusieurs bateaux fidèles à Alexandre. La réaction du conquérant fut d’encercler la ville, empêchant ainsi les bateaux tyriens de rentrer dans leur port.

Pour l’attaque des murailles, une partie des machines de guerre avaient été amenées devant la ville grâce à la jetée et le reste avait été embarqué sur des bateaux. Les Macédoniens et leurs alliés parvinrent à ouvrir une brèche et prirent les murs d’assaut.

«C’est à l’endroit où s’était placé Alexandre que le rempart fut pris en premier. […] Quand il se fut emparé des tours et même des courtines, il tenta de se frayer un chemin à travers les créneaux jusqu’au palais royal, parce que c’est là que la descente dans la ville apparaissait comme la plus facile» Appien, II, 23, 5-6.

Le roi de Tyr, Azemilk, et des magistrats se réfugièrent alors dans le temple de Melqart. La cité fut prise et Alexandre décida de gracier le roi et les magistrats. Néanmoins, il prit de nombreux prisonniers et les vendit comme esclaves.

Célébration de la victoire d’Alexandre

Avant de quitter Tyr pour continuer son périple vers l’Egypte, Alexandre réalisa un sacrifice dans le temple de Melqart, organisa des jeux gymniques, une course aux flambeaux en l’honneur du dieu, une procession des troupes en arme et une revue navale. Alexandre laissa aussi une garnison sur place, ainsi qu’un gouverneur.

Bibliographie

J. D. GRAINGER, Hellenistic Phoenicia , Oxford, Clarendon Press, 2004

C. MOSSE, Alexandre, la destinée d'un mythe , Paris, Payot, 2001

M. SARTRE, D'Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique (IVe siècle av J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C.) , Paris, Fayard, 2001.

ARRIEN, Histoire d'Alexandre, L'anabase d'Alexandre le Grand et l'Inde , P. SAVINEL trad., Paris, Editons de Minuit, 1984

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