Les alphabets cunéiformes d'Ougarit

Trois alphabets composés de signes cunéiformes ont été découverts à Ougarit: l'alphabet long, l'alphabet court et un abécédaire de type sud-sémitique
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Dans les archives du palais d’Ougarit (Ras Shamra, Syrie), des milliers de tablettes d’argiles ont été découvertes. Elles étaient principalement rédigées en akkadien (env. 3000 textes et fragments) et en ougaritique (env. 2000 textes et fragments), mais aussi en sumérien, hittite, louvite, hourrite, égyptien hiéroglyphique et chypro-minoen.

Ces documents donnent un éclairage sur l’éducation des scribes, formés à deux, voire trois langues au cours de leur apprentissage. Des tablettes contenant des abécédaires et des exercices d’écriture en ougaritique ont par exemple été trouvées dans les mêmes espaces que des listes lexicales et des textes littéraires akkadiens.

Le déchiffrement

Le déchiffrement de l’ougaritique a été réalisé en 1930, grâce au travail combiné de trois savants: Hans Bauer, Paul-Édouard Dhorme et Charles Virolleaud

Les premières inscriptions ont été découvertes en 1929, au cours de la première campagne de fouilles à Ras Shamra. Les années qui ont suivi ont fourni encore plus de documents, permettant de compléter et de préciser les observations des déchiffreurs.

C’est Charles Virolleaud qui a analysé en premier les textes écrits en cunéiforme, mais dont les signes étaient alors inconnus. Il identifia presque immédiatement vingt-six ou vingt-sept signes différents. Cette constatation lui permit de savoir qu’il s’agissait d’un alphabet.

L’hypothèse d’une langue sémitique fut assez rapidement évoquée et plus le déchiffrement avançait, plus elle semblait la plus probable.

Hans Bauer parvint à identifier correctement la valeur de 14 signes. Edouard Dhorme a ensuite complété le déchiffrement de la plupart des signes non encore identifiés.

En 1938, les archéologues découvrirent le premier abécédaire, puis, en 1955, ils mirent au jour un texte mutilé représentant un tableau synoptique de l’alphabet long d’Ougarit et des équivalents phonétiques du syllabaire akkadien. Ce document fournit la vocalisation de 2/3 des lettres de l’alphabet ougaritique.

L’alphabet long

L’alphabet long est le mieux connu des alphabets d’Ougarit. Il était le plus utilisé et était attesté par plusieurs abécédaires. Il compait vingt-sept signes distincts, ainsi que deux variantes du alif et une variante de /s/, soit un total de trente signes.

Le sens de la lecture à Ougarit était de gauche à droite, contrairement au phénicien et à d’autres écritures sémitiques, qui se lisaient de droite à gauche.

L’alphabet court

Cet alphabet est rarement attesté dans les documents retrouvés. Aucun abécédaire, reprenant tous les signes qui devaient le composer, n’a été découvert. Il semble qu'il comptait un nombre de signes plus réduit à cause de la fusion de certains graphèmes de l’alphabet long.

L'alphabet de type sud-sémitique

Un abécédaire proposant les signes cunéiformes alphabétiques dans l’ordre sud-arabique (écritures du Yémen) a aussi été retrouvé à Ougarit (tablette RS 88.2215).

Cependant, si ce troisième abécédaire d’Ougarit avait respecté strictement l’alphabet sud-arabique, il aurait compté vingt-neuf signes. Or il comptait vingt-sept signes, comme l’alphabet long. De plus, seuls dix-sept signes étaient identiques à ceux de l’alphabet long. Les autres s’en distinguaient clairement.

Comme cette tablette était un abécédaire, il n’y avait pas moyen de savoir quelle langue devait être notée avec cet alphabet particulier. Il semble qu’il devait s’agir d’un système phonétiquement plus proche du sud-arabique que de l’ougaritique.

Signalons qu’une autre tablette abécédaire retrouvée à Beth Shemesh (Palestine) utilisait le même ordre des signes. C’est actuellement l’attestation la plus méridionale connue de l’alphabet cunéiforme. Mais elle a été écrite de droite à gauche.

Bibliographie

BORDREUIL (P.), "Les Trois Alphabets cunéiformes du royaume polyglotte d’Ougarit" dans R. VIERS s. dir., Des signes pictographiques à l’alphabet, la communication écrite en Méditerranée , Nice, 2000, p. 145-164.

BORDREUIL (P.), " L’Alphabetougaritique" dans LION (B.), MICHEL (C.), s. dir., Histoires de déchiffrements , Paris, 2009, p. 129-138.

BORDREUIL (P.), PADREE (D.), Manuel d’ougaritique, vol. 1, Grammaire, fac-similés , Paris, 2004.

BORDREUIL (P.), PADREE (D.), Un abécédaire du type sud-sémitique découvert en 1988 dans les fouilles archéologiques françaises de Ras Shamra – Ougarit , dans Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres , 1995, p. 855-860.

LOUNDINE (A. G.), L’abécédaire de Beth Shemesh , dans Le Muséon , t. 100, 1987, p. 243-250.

VIROLLEAUD (C.), Les inscriptions cunéiformes de Ras Shamra , dans Syria , 1929, p. 304-310.

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