Les Ituréens, un peuple antique du Liban

A partir de la fin du IIe s. av. n. ère, les Ituréens fondèrent une principauté dans la Beqaa et devinrent princes-clients de Rome au siècle suivant.

Profitant des difficultés internes (crises dynastiques) et externes (offensives de Parthes et déclaration d’indépendance des Juifs et des Nabatéens), qui touchèrent la dynastie séleucide, dont le royaume s’étendait alors sur les territoires du Levant, les Ituréens étendirent leur contrôle d'Arca au nord à Panéas au sud du massif de l’Hermon, et de la côte à l’est de l’Anti-Liban.

C’est peut-être sous l’impulsion de Mennaios, dynaste de Chalcis du Liban que cette principauté semble avoir pris forme dans la deuxième moitié du IIe s. av. n. ère. Avant cette époque, les Ituréens auraient peut-être été des nomades organisés en tribus. Mais quand ils se constituent en principauté, ils apparaissent comme une population hellénisée.

Identité ethnique des Ituréens

De nombreux auteurs anciens et modernes attribuent aux Ituréens une identité arabe, ou syrienne. Cependant, celles-ci ne peuvent être prouvées avec certitude, car il est difficile de définir l’origine géographique des Ituréens avant la période de leur apparition dans la plaine de la Beqaa. S’il est hasardeux de les inclure parmi les peuples arabes antiques du Proche-Orient, ces populationspourraient venir de Syrie intérieure.

Leur rapprochement avec les Arabes serait plutôt liée au fait qu’ils auraient pratiqué le brigandage (selon le jugement négatif que Strabon porte à leur égard).

Sur base de l’onomastique ituréenne, issue d’épitaphes de soldats, des éléments araméens semblent pouvoir être identifiés. Cette observation pourrait témoigner en faveur d’une araméisation linguistique de ce peuple. Mais cela fut sans doute le cas de toutes les populations indigènes de la Syrie du Nord dans les premiers siècles de notre ère.

La dynastie mennaïde

Le nom de cette dynastie vient de son premier représentant connu: Mennaios. Le plus connus des dynastes de cette famille est Ptolemaios, fils de Mennaios, qui apparaît dans l’œuvre de l’historien juif Flavius Josèphe.

Il eut un long règne en tenta de conforter son pouvoir et la place de sa dynastie parmi les princes syriens. Il fut favorable au parti de Pompée lors de la guerre civile romaine et cette reconnaissance que lui accorde le général romain le fit entrer dans la clientèle de Rome.

Ptolemaios eut deux fils: Lysanias et Philippiôn. Le second fut assassiné par son père dans des circonstances mal connues mais liées à des querelles internes. C’est donc Lysanias qui succéda à Ptolemaios à la tête de la principauté de Chalcis.

Les sources ne mentionnent pas le lien qui unissait Lysanias à son successeur Zénodoros, mais il est vraisemblable qu’ils appartenaient à la même famille.

Princes-clients de Rome

A partir de l’époque de Pompée (vers 64 av. n. ère), les Romains développèrent un réseau de princes-clients (tétrarques) en Syrie, afin d’administrer les régions moins hellénisées de l’intérieur du territoire. Ce lien d’autorité entre les princes-clients et le pouvoir romain se traduisait par le versement d’un tribut. Ce système subsista jusqu’à la seconde moitié du Ier s. de n. ère.

Les centres ituréens

La capitale administrative de la principauté se trouvait à Chalcis du Liban. Celle-ci n’a pas encore pu être localisée avec certitude, mais elle devait vraisemblablement se trouver dans le sud de la plaine de la Beqaa. J. Aliquot propose de la situer sur la hauteur de Majdel Aanjar.

Arca du Liban et Abila de Lysanias sont localisées. Arca se trouvait à l’emplacement de Tell Arqa, a peu de distance de la côte libanaise, dans la plaine du Akkar, au sud du Nahr el-Kebir. Ce site a une longue histoire. C’était un centre important à l’âge du bronze ancien et moyen (deuxième moitié du IIIe-première moitié du IIe millénaire av. n. ère). Quant à Abila, elle se dressait au sud du massif de l’Anti-Liban, au nord-ouest de Damas. Le site moderne porte le nom de Souq Wadi Barada.

Démembrement de la principauté ituréenne mennaïde

A la mort de Zénodoros, dans le dernier quart du Ier s. av. n. ère, les territoires de sa principauté sont divisés. Certains sont concédés à la dynastie hérodienne, d’autres sont rattachés à la colonie romaine de Berytus (Beyrouth). C’est à ce moment qu’apparaît une tétrarchie autour d’Abila. Une autre principauté s’était aussi développée autour d’Arca au cours des décennies précédentes.

Les soldats ituréens

Pendant la guerre civile romaine, un certain nombre d’Ituréens ont été recrutés dans l’armée de Pompée. Ils ont notamment combattus pour lui à Pharsale en 48 av. n. ère. Leur arme de prédilection était l’arc. Si on en croit Lucain ( Guerre civile , VII, 230 et 514), il y aurait également eu des Ituréens. Quant à Cicéron ( Philippiques , II, 8 ; II, 44 et XIII, 8), il en mentionne parmi les hommes au service d’Antoine. Plus tard, des Ituréens continueront à faire partie de l’armée romaine du Haut-Empire.

Bibliographie sélective

ALIQUOT (J.), La Vie religieuse au Liban sous l’empire romain , Beyrouth, 2009 (IFPO).

ALIQUOT (J.), "Les Ituréens et la présence arabe au Liban du IIe siècle a. C. au IVe siècle p. C.", dans Mélanges de l’Université Saint-Joseph , t. 56, 1999-2003, p. 161-290.

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