L'expédition de l'armée perse de Cambyse vers Siwa

Hérodote raconte que le roi perse Cambyse envoya une expédition à Siwa et que son armée se perdit et fut ensevelie dans le désert. Réalité ou fiction?
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Dans son troisième livre, Hérodote raconte les expéditions que le roi perse Cambyse (530-522) avait l’intention d’entreprendre. Il mentionne un projet de campagne militaire vers Carthage, mais la flotte de Cambyse étant constituée majoritairement de Phéniciens, cette entreprise ne put avoir lieu, car les marins levantins refusèrent de diriger leurs armes vers une cité sœur, que leurs ancêtres avaient fondée.

Cambyse aurait également prévu d’attaquer les Ethiopiens-Macrobiens (sans doute le royaume de Méroé) par voie terrestre, en traversant l’Egypte. Cependant, son armée ne put arriver à destination par manque de préparation. Selon le récit d’Hérodote, les vivres ayant manqué, les soldats se seraient entretués pour se nourri ! Cambyse décida alors de faire demi-tour.

Le troisième projet de conquête de Cambyse concernait les Ammoniens, c’est-à-dire les habitants de Siwa. Lorsqu’il atteignit Thèbes avec son armée, au cours de sa marche contre les Ethiopiens, Cambyse envoya un détachement de cinquante mille hommes dans le désert, en direction de l’oasis de Siwa. Selon Hérodote, cette troupe aurait atteint l’île des Bienheureux, c’est-à-dire les oasis du désert égyptien occidental (Kharga, Dakhla, Farafra et Baharia), mais elle ne serait jamais arrivée à Siwa car elle aurait été ensevelie par une violente tempête de sable.

Les questions suscitées par le texte d’Hérodote: le nombre de soldats

Le récit des événements rapporté par Hérodote laisse sceptique. D’autant qu’il n’a pas pu recueillir de témoignages directs car, s'il est allé en Egypte environ 75 ans après le drame supposé, il ne s’est jamais rendu à Siwa. Il laisse d’ailleurs entendre que ses informations lui sont parvenues par ouïe-dire.

L’historien grec a sans doute exagéré le nombre de militaires engagés dans cette expédition à travers le désert. Les Perses avaient déjà l’expérience du désert au Proche-Orient et devaient donc savoir que de petits groupes avaient plus de chance de survie qu’une imposante armée de 50 000 hommes.

A moins que ce chiffre très élevé s’explique, comme le suggère Jean Leclant, parce qu’une partie de l’effectif était destinée à rester dans l’île des Bienheureux. Si le groupe s'est divisé, il n’en serait plus resté qu’une fraction, peut-être 10 000 pour terminer le périple vers Siwa.

Le problème de l’itinéraire

La route qui a été choisie par l’armée perse, passant par Thèbes et les oasis selon Hérodote, semble illogique, car il existait un itinéraire partant du delta du Nil, longeant la côte méditerranéenne et se dirigeant finalement vers Siwa à travers le désert. Ce choix, qui était celui des pèlerins qui se rendaient au temple de l’oracle d’Amon de Siwa et qui fut plus tard celui d’Alexandre le Grand, aurait été beaucoup moins dangereux et hasardeux.

Elle pourrait néanmoins s’expliquer par la volonté perse de surprendre les Siwites en les attaquant à revers. Mais ce plan de bataille méritait-il de prendre autant de risques?

De plus, dans la géographie antique, la latitude attribuée à Siwa est erronée. Elle localise l’oasis beaucoup trop au sud. Ces informations imprécises auraient suffit à l’armée pour se perdre dans le désert et y mourir de soif.

Selon Hérodote, ils ont fait appel aux services de guides locaux. Mais il est évident que ces nomades, bien qu’ils connaissent le désert par cœur, ne devaient pas avoir envie d’amener l’armée à destination, car ils ne voulaient pas que les Perses prennent le contrôle du désert et des oasis, qui étaient leur territoire.

Hérodote prétend que la troupe a été ensevelie par une violente tempête de sable, ce qui est peu probable, car un tel phénomène n’a jamais tué personne. Mais cela peut durer plusieurs heures ou plusieurs jours et a pour conséquence de désorienter les aventuriers du Sahara.

En guise de conclusion…

Il est difficile de différencier ce qui est plausible de la fiction dans les propos d’Hérodote et jusqu’à présent l’archéologie n’a pas retrouvé l’armée ensevelie… Il y a bien sûr le hasard des découvertes, mais si des méharistes étaient passés à proximité d’un nombre aussi important de squelettes équipés d’armures antiques, ils n’auraient pas manqué de faire le rapprochement avec le célèbre récit!

Il n’est pas impossible qu’une partie de l’armée ait péri, mais il est tout aussi probable qu’une partie de ces soldats aient finalement atteint Siwa ou qu’ils soient retournés vers les autres oasis et aient eu la vie sauve.

Bibliographie

Hérodote, Histoires , III, 17-26.

LECLANT (J.), «Per Africae Sitientia. Témoignages des sources classiques sur les pistes menant à l'oasis d'Ammon » , dans BIFAO , t. 49, 1950, p. 193-253.

MONOD (T.), Désert libyque , 2e éd., Paris, 2008, p. 71-75.

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