Massinissa, roi numide et allié des Romains

Massinissa, fils de Gaïa, occupa le trône de la dynastie massyle en Numidie (Tunisie - Algérie) de 203 à 148 av. n. ère et fut un allié fidèle des Romains
07 Août
53

Le règne de Massinissa est l’un des mieux connus parmi les dynastes d’Afrique du Nord, grâce à la littérature latine, dans laquelle il est mentionné à plusieurs reprises.

Une accession au trône difficile

Dans la tradition massyle, la succession ne se faisait pas de père en fils, c’était l’ainé des membres masculins du lignage qui héritait du titre royal. Donc, à la mort de Gaïa, le père de Massinissa, en 206 av. n. ère, c’est le frère de Gaïa, Oezalcès, qui monta sur le trône. Cependant, son règne fut très bref ; il mourut après seulement quelques mois. L’ainé de la famille était alors son fils Capussa, le cousin de Massinissa.

Mais Capussa eut à faire face à l’hostilité de son beau-père Mazetule, qui avait épousé la veuve d’Oezalcès. En effet, celui-ci voulait faire proclamer Lacumazès, le plus jeune fils d’Oezalcès, en tant que roi, afin d’exercer la tutelle, car Lacumazès n’avait pas encore atteint l’âge de règner. Capussa fut vaincu et tué et son frère Lacumazès monta sur le trône massyle. Or, à la mort de Capussa, l’héritier légitime était Massinissa.

Un conflit éclata alors visant à permettre à Massinissa de récupérer le trône qui lui revenait de droit. Dans ce duel, Carthage choisit de soutenir Mazetule et Lacumazès. Tandis que, dans sa revendication du trône, Massinissa a pu compter sur le roi de Maurétanie (Maroc), Baga, avec qui il entretenait des rapports amicaux depuis plusieurs années. Baga lui fournit une escorte de 4000 hommes.

La victoire revint à Massinissa, qui attendit ensuite la reconnaissance officielle de sa souveraineté. Celle-ci intervint en 203 av. n. ère.

Massinissa, allié de Rome

Alors qu’une alliance avec Carthage, le puissant voisin, avait prévalu sous le règne de Gaïa et probablement aussi sous celui d’Oezalcès, Massinissa choisit, lui, de s’allier aux Romains, qui devenaient de plus en plus influents en Méditerranée occidentale. Le choix, qu’avaient fait les Carthaginois, de défendre Lacumazès, a sans doute eu un impact dans cette nouvelle orientation politique prise par Massinissa.

Pendant tout son règne, il a entretenu des rapports privilégiés avec la célèbre famille des Scipion. Il fournit aux Romains le prétexte qui déclencha la troisième guerre punique, car il étendit ses possessions au détriment de Carthage, qui décida de réagir à la violation de son territoire. Cette intervention militaire punique fut interprétée par le sénat romain comme un non-respect du traité de paix conclu au terme de la deuxième guerre punique, en 201 av. n. ère, qui interdisait à Carthage vaincue de prendre les armes sans une autorisation romaine.

La Numidie sous le règne de Massinissa

Avant le règne de Massinissa, la Numidie était partagée entre deux royaumes, les Massyles (ouest de la Tunisie et est de l’Algérie) et les Masaesyles (une partie du Maroc et 2/3 de l’Algérie). Le roi masaesyle était alors Syphax et son royaume était le plus puissant de la région. Il s’empara des possessions de Massinissa. Il voulut ensuite jouer un rôle d’intermédiaire entre les Carthaginois, dont il était un allié, et les Romains lors de la deuxième guerre punique. Cependant, Massinissa le captura et le livra aux Romains, qui l’emmenèrent en Italie. Il mourut à Tivoli en 201 av. n. ère.

Syphax ayant été éliminé de la scène politique africaine, Massinissa prit le contrôle de l’ensemble du territoire numide. Cette unification perdura jusqu’à la mort de Micipsa, le fils de Massinissa, en 118 av. n. ère.

Sur base des textes antiques, on attribue au règne de Massinissa un développement important de l’agriculture en Numidie. Mais il est probable qu’aucun programme spécifique n’ait été mis en place par le roi et qu’il n’ait donc pas influé directement sur cette situation, dont il tira néanmoins avantage, puisqu’il fut l’un des principaux fournisseurs des Grecs et des Romains en blé et en orge.

Les sources classiques signalent aussi qu’il a favorisé la fixation des tribus encore nomades, en communautés agricoles, dans des villages fortifiés. Cette mesure assura une plus grande stabilité de l’Etat, mais aussi des nouveaux contribuables à l’impôt.

Le règne de Massinissa fut également marqué par un essor urbain. Cirta (Constantine), Dougga, Sicca Veneria (Le Kef), ou encore Zama Regia devinrent des villes importantes.

La succession de Massinissa

A la mort de Massinissa en 148 av. n. ère, Rome participa au règlement de la succession, imposant une division du pouvoir entre les trois fils ainés de Massinissa au lieu du mode de succession traditionnel massyle : Micipsa, Mastanabal Ier et Gulussa. Il n’y eut pas de division territoriale entre les trois frères, mais une division des domaines de compétence.

Micipsa aurait eu en charge la gestion administrative du royaume. Mastanabal aurait peut-être reçu la justice et la gestion financière. Tandis que Gulussa était chef des armées. Mastanabal et Gulussa moururent tous les deux pendant la première décennie de leur règne commun et Micipsa resta alors seul roi jusqu’à sa propre mort en 118 av. n. ère.

Une inscription découverte à Dougga et datant de l’an 10 du règne de Micipsa suggère qu’un culte funéraire a été rendu à Massinissa après sa mort. Le sanctuaire qui lui était dédié dans cette ville a été identifié à proximité du Capitole élevé plus tard par les Romains.

Bibliographie

CAMPS (G.), Les Numides et la civilisation punique , dans Antiquités Africaines , t. 14, 1979.

COLTELLONI-TRANNOY (M.), Rome et les rois « amis et alliés du peuple romain » en Afrique (Ier siècle av J.-C./Ier s. ap. J.-C.) , dans Pallas , t. 68, 2005, p. 117-144.

Encyclopédie berbère , Aix-en-Provence, 1984-.

LIPINSKI (E.), Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique , Turnhout, 1992.

Sur le même sujet