Un domaine étrusque en Afrique romaine (Tunisie)

Trois bornes inscrites en étrusque ont été découvertes près de Zaghouan au début du XXe siècle, attestant la présence d'une communauté étrusque
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Les Etrusques et les Carthaginois ont entretenu des contacts très fréquents tout au long de leur histoire. La bonne entente commerciale et l’entraide militaire jouaient un rôle important dans ces relations.

Aristote, dans ses Politiques, a même écrit : « Si les rapports commerciaux suffisaient à fonder un État, alors il faudrait convenir que les Étrusques et les Carthaginois et tous les peuples liés par des traités de commerce sont citoyens d’un seul et même État, grâce à leurs conventions sur les importations, sur la sûreté individuelle, sur les cas de guerre commune ».

Il ne parait donc pas surprenant que des Etrusques aient vécus dans le monde punique. Cependant, les bornes découvertes dans la région de l’Oued Miliane (Tunisie, près de Zaghouan) suggèrent une installation différente, à une époque où l’empire carthaginois avait déjà été vaincu par Rome.

Les pierres inscrites

Les trois bornes ont été découvertes entre 1907 et 1915. Elles portent toutes les trois le même texte, qui a même été reproduit plusieurs fois sur deux d’entre-elles.

La première pierre a la forme d’une pyramide tronquée en calcaire (hauteur : 56 cm). L’inscription est répétée cinq fois, sur les quatre faces latérales et sur la face sommitale.

La deuxième pierre est une stèle (hauteur : 3 m 18) inscrite sur une seule face et dont deux tiers de la hauteur était destinée à être enterrée. C’est donc sur la partie supérieure de la face inscrite que le texte a été gravé.

La troisième pierre est une autre stèle beaucoup plus petite (hauteur : 50 cm). Elle est inscrite sur ses deux faces.

Le texte étrusque

« M(arce) Unata

Zutas Tul(ar)

Dardanium

Tins

φ »

L’auteur de l’inscription, Marce Unata, pourrait être originaire de Chiusi, car plusieurs attestations du même nom, Unata, y ont été trouvées.

A l’exception du terme Zutas dont la signification est inconnue (surnom du personnage ? titre de magistrature ?), le reste de l’inscription est comprise. Marce Unata a borné le territoire appartenant au peuple ou à la tribu des Dardaniens et a consacré cette frontière au dieu Tin : « Marce Unata Zutas, limite/frontière des Dardaniens, à Tin, 1000 (pas de certitude sur l’unité de mesure employée : pas romains ?) »

Ces cippes marquaient donc la frontière d’un domaine (colonie ?) étrusque installé dans l’actuelle Tunisie. Il devait d’ailleurs exister d’autres bornes pour compléter le périmètre du domaine délimité.

Le contexte de l’établissement de ces Etrusques en Afrique

La datation probable de ces inscriptions est le Ier s. av. n. ère. A cette époque, les habitants de cette région d’Afrique du Nord avaient déjà été inclus dans l’empire romain, suite à la chute de Carthage. Les Etrusques, ayant quitté l’Etrurie romaine, se sont donc installés dans la province romaine d’Afrique, probablement pour fuir la guerre civile qui opposait Marius et Sylla en Italie, et qui a touché Chiusi.

Le choix de l’ancien territoire de Carthage, plutôt que tout autre province romaine, comme destination de leur exil, peut s’expliquer par les liens étroits qui avait marqué l’histoire étrusco-carthaginoise.

Il est probable que le domaine établit par ces Etrusques, qui sont nommés Dardaniens, probablement en référence au mythe d’Enée et des Troyens, n’a pas été occupé pendant une très longue période. En effet, il ne semble pas rester d’autres vestiges archéologiques de cette installation.

Pour compléter la lecture :

HEURGON (J.), Inscriptions étrusques de Tunisie , dans Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles lettres , t. 113, 1969, p. 526-551.

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