La question du handicap à la lumière de la surdité

La définition du handicap évolue selon les époques, les avancées médicales et culturelles. Avec la loi de 2005, qu'en est-il à la lumière de la surdité?
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Le handicap est une notion mouvante: pour l'attraper, la comprendre, il faut se pencher sur l'histoire des connaissances, les évolutions philosophiques et médicales. Certains handicaps considérés comme tels il y a des dizaines d'années ne le sont plus aujourd'hui (la rousseur, par exemple). L'utilisation du terme dépend autant de l'époque que du pays et de la culture où il émerge.

Pour bien faire, il faudrait différencier la maladie (cause médicale), de la déficience (dysfonctionnement corporel et conséquence sur les capacités), ainsi que du handicap (résultat social). Être une femme peut être un handicap dans certaines situations. La surdité ne résulte pas nécessairement d'une maladie mais représente bien une déficience (les capacités auditives sont diminuées), ainsi qu'un handicap (la différence face à la norme crée des difficultés d'intégration).

Redéfinition des groupes culturels

De nos jours, les repères sociaux s'effacent : les codes vestimentaires en fonction du niveau social sont moins présents, les lieux de rencontre se font plus hétéroclites. Les classes moyennes ont été affaiblies par la crise financière. Les individus doivent donc redéfinir leur identité sociale et culturelle. Ce phénomène est facilité par le rejet de la différence.

Le handicap prend donc une dimension sociale très forte. La surdité représente une différence importante au niveau de la communication et de l'appréhension du monde. Émerge alors une culture particulière, propre à cette communauté. Il existe donc les Sourds, avec un S majuscule, qui se revendiquent comme appartenant à un groupe culturel. Ils se différencient des sourds, appellation médicale des personnes atteintes de déficience auditive.

Déficience et identité

C'est en cela que la surdité prend une place particulière dans les déficiences sensorielles étiquetées comme "handicaps". La surdité est la seule déficience dont les personnes atteintes se retrouvent autour d'un système de communication, d'une langue vivante et donc, d'une culture. Où se trouve le handicap dans ces conditions?

Bernard Mottez, sociologue, s'est battu toute sa vie pour faire défendre sa thèse : le handicap se pose sur la relation de communication et non sur la personne sourde. En d'autre terme, la personne entendante est tout autant handicapée que la personne sourde elle-même. Toute seule, cette dernière n'est pas handicapée. De plus, la langue des signes permet une communication riche et de qualité entre personnes signantes (qui pratiquent la langue des signes). La loi de 2005 va d'ailleurs dans le sens d'une ouverture vers une intégration totale.

Dénomination de "handicapé" et conséquences

Mais, dans la réalité des faits, les Sourds sont invisibles dans la société actuelle. Leur particularité et leur identité sont méconnues voire déniées. Il y a donc bien une situation de handicap dans le sens où la personne sourde doit se battre pour être intégrée.

La scolarisation des enfants sourds ne va pas de soi, le taux de chômage des adultes sourds est impressionnant : 30% des sourds profonds actifs sont demandeurs d'emploi, sans compter ceux qui ne sont pas enregistrés au pôle emploi. Car la difficulté d'accès des personnes sourdes touche aussi bien le système culturel ou de santé, d'aide à l'emploi, de soutien financier... La solitude de certains Sourds et le défaut d'information en sont la cause. Le fait de se battre contre la dénomination de "personne handicapée" n'est pas sans conséquence dans ces conditions. En effet, ce statut offre aussi des aides financières et humaines non négligeables. Mais la blessure narcissique et les conséquences identitaires de cette étiquette est à prendre en compte.

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