Affaire DSK: peut-on parler d'hypersexualité?

Inculpé pour agression sexuelle, le patron du FMI est-il atteint d'hypersexualité? Décryptage d'une véritable pathologie.
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"L’affaire DSK" amène à s’interroger sur les comportements dits "d’hypersexualité", dont les origines et manifestations sont très diverses : angoisses de normalité ou de castration, excès de désir sexuel, libido incontrôlée… des pathologies lourdes et sources de troubles majeurs de la sexualité, très dérangeantes pour les sujets atteints et les tiers, et pouvant mener à la délinquance (agression, coups, viol…) sous leur forme extrême appelée "satyriasis".

Depuis les débuts de "l’affaire DSK" et le fameux week-end au Sofitel de New-York, les langues se délient et ce qui n'était apparemment qu'un secret de Polichinelle est porté sur la place publique : Dominique Strauss-Kahn était connu pour son comportement harceleur auprès des femmes. Besoin de séduction exacerbé ou véritable pathologie d’addiction au sexe ? Les expertises le diront. Pour l’heure, au vu des chefs d’inculpation, et si la culpabilité est prouvée, DSK aurait peut-être franchi un cap dans une pathologie que les sexologues estiment en augmentation, l’hypersexualité, qui peut mener à l’agression.

Quelles sont les causes de l’hypersexualité ou sexualité compulsive ?

Du désir excessif à l’obsession sexuelle, les causes de l’hypersexualité peuvent être hormonales, neurologiques, ou psychologiques. Quelle qu’en soit l’origine, elle se caractérise par une perte de contrôle de la sexualité et par des comportements compulsifs associés à un syndrome de manque. Il s’agit d’une véritable addiction, parfois liée à un syndrome anxio-dépressif.

Les cas d’hypertestostéronémie, (excès d’hormone mâle), peuvent entraîner – mais ceci est loin d’être une règle pour tous les hommes présentant un taux de testostérone supérieur à la normale - un excès de désir sexuel et un comportement compulsif : les besoins sexuels ne sont jamais assouvis. Le sujet a besoin de rapports sexuels fréquents, plusieurs fois par jour, et de masturbations tout aussi fréquentes. La non-satisfaction de ces besoins peut conduire à la délinquance sexuelle, pouvant aller du harcèlement au viol.

Une hypersexualité subite, sans antécédents préalables, peut amener à diagnostiquer une maladie neurologique cérébrale.

Des troubles psychologiques, comme une dépression maniaque, peuvent également conduire à une hypersexualité. Le sujet présente des symptômes euphoriques ou délirants, des troubles du sommeil.

L’hypersexualité peut concerner aussi bien les femmes que les hommes. Chez ces dernières, on parle de nymphomanie, chez les hommes, de satyriasis.

Comment se manifeste l’hypersexualité ?

La limite à partir de laquelle il est question d’hypersexualité est difficile à fixer en raison des variations de libido d’un individu à l’autre. On peut vraisemblablement parler d’hypersexualité lorsque les conséquences sur le plan social deviennent inacceptables.

L’hypersexualité se caractérise par une recherche permanente du plaisir sexuel, et elle est souvent très mal vécue par les personnes atteintes. Erections fréquentes et incontrôlées, nervosité, recherche de « proximité des corps »… l’hypersexuel vit des pulsions incontrôlables, des tensions douloureuses des parties génitales, un inconfort de plus en plus intense qui demande à être soulagé.

Certains témoignages font état d’une « force de reproduction » qui agirait comme un cataclysme en ravageant tout sur son passage : la loi morale personnelle, l’équilibre familial et relationnel.

Les symptômes se doublent chez l’hypersexuel, d’une demande affective forte, à l’inverse du prédateur sexuel qui ne voit en autrui qu’une proie ou un objet. La masturbation peut résoudre provisoirement le problème physique, mais en aucun cas combler le vide affectif.

Quelle solution ? Apprendre, impérativement, à gérer cette libido excessive, éviter ce qu’on estime être des « situations à risques ». Certains, certaines, y parviennent aisément : ils ont appris à vivre avec leurs pulsions et les maîtrisent.

Ils se regroupent au sein d’associations ou intègrent des groupes de soutien, pour apprendre à s’accepter – ce qui évite probablement de glisser à terme vers des comportements déviants - dédramatiser, déculpabiliser, évacuer la honte et oser affronter leur différence aux côtés de personnes souffrant des mêmes troubles.

Ils réclament le droit à cette différence, au même titre que l’homosexualité ou l’asexualité.

Quels remèdes à l’hypersexualité sur le plan médical ?

L’hypersexualité n’est pas facile à traiter, dans la mesure où il n’est pas question d’éradiquer la sexualité mais de la réguler. Des anti-dépresseurs peuvent être prescrits et dans les cas les plus graves, des médicaments qui inhibent l’excitation sexuelle.

Le DSM IV (Diagnostic and Statistic Manuel of Mental Disorders - 4th Edition, American Psychiatric Association) a établi un classement des comportements sexuels excessifs : les paraphilies (exhibitionnisme, pédophilie, voyeurisme, fétichisme, masochisme...), les troubles sexuels non-spécifiés (actes répétitifs que l'on sait néfastes pour soi-même mais que l'on ne peut contrôler, entraînant une détresse), et le concept de dépendance sexuelle, aliénant la liberté personnelle, mais qui ne s'apparente pas à une maladie mentale.

Le traitement sera adapté en fonction de l'identification de l'origine des troubles.

Une psychothérapie est la plupart du temps associée à la médicamentation. Elle est parfois suffisante pour aider le patient à dominer et gérer ses pulsions.

Sources : Centre d’Andrologie de Paris – Wikipedia - Doctissimo - Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie

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