Angelo Branduardi, le dernier troubadour

Ménestrel des temps modernes, Branduardi a conquis l'Europe dans les années 80 avec ses mélodies d'inspiration médiévale et la poésie de ses textes
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Il a enchanté la fin des années 70 et le début des années 80 avec ses mélodies folk d’inspiration médiévale.

Subtilement adapté en français par Etienne Roda-Gil, Angelo Branduardi le Milanais, multi-instrumentiste, poète et saltimbanque des temps modernes, mit en musique des textes magnifiques ciselés par son épouse Luisa Zappa, ou puisés dans l’œuvre de ses auteurs et poètes fétiches, Essenine, Garcia Lorca, Saint-François d’Assise.

Il fit de ses concerts des fêtes magiques, à la fois populaires et délirantes. Le public, séduit puis conquis, y chantait ses tubes à tue-tête et improvisait d’incroyables farandoles joyeuses, dignes des bals de cour et fêtes de village du Moyen Age.

La Demoiselle, Va où le vent te mène, la Foire de l’Est… d’immenses succès

Doté d’une solide formation classique de violoniste au Conservatoire de Gênes, Angelo Branduardi, poète et trouvère, conquiert le grand public en 1977 avec sa Demoiselle, marchant sur le ruisseau… la Pulce d’Acqua .

Il n’en est pas à son coup d’essai : déjà en 1976, A la foire de l’Est , littéralement traduite en français de l’italien (Alla fiera dell’Est), avait su trouver son public et avait été récompensé par le Prix de la Critique Discographique italienne.

Cette fable étonnante contant l’histoire de la petite taupe achetée à la foire, mangée par le chat, lui-même mordu par le chien, frappé par le bâton, brûlé par le feu, éteint par l’eau…emporte l’imaginaire dans un monde parallèle, où les références nombreuses à l’irréversibilité de la destinée, la misérabilité de la condition humaine et la toute puissance de Dieu interpellent au plus profond.

Il signe, aussi, d’autres succès : le Seigneur des Baux, Confession d’un malandrin (du poète russe Essenine), Gulliver, la Luna (1975), Va où le vent te mène (Cogli la prima mela ), Le don du cerf … et sans doute, le plus médiéval de tous, le fameux Bal en fa dièse mineur : la mort s’invite au bal mais les danseurs en font leur invitée d’honneur. Leur gaieté a raison de sa cruauté : elle pose sa faux et se joint à la ronde.

Doué pour les langues, Branduardi enregistre en français, en anglais, en allemand, en espagnol et en néerlandais.

Yeats en musique, textes d’orfèvre et musique d’inspiration médiévale

Au beau milieu des musiques électroniques sans inspiration et sans âme caractéristiques des années 80, Branduardi fait figure d’OVNI : il chante en 1986 le poète anglais William Butler Yeats, traduit à la lettre par sa femme Luisa lors de concerts acoustiques, et son album s’inscrit parmi les plus belles pages de la musique italienne de la décennie.

Le ménestrel à la tête dans les nuages réussit le tour de force de faire cohabiter sur une même partition folk musiques anciennes et modernes, de réunir instruments d’aujourd’hui et du passé (les launeddas, antique instrument à vent du musicien Sarde Luigi Lai accompagnent la Pulce d’Acqua, et en 2002, son album dédié à la musique à la cour des Gonzague est réalisé avec Francesca Torelli, virtuose du luth).

En poète absolu pour qui le choix des mots est travail d’orfèvre, il dit la beauté et la laideur du monde, la ronde du temps, l’amour, l’enfance, la nature, la force des éléments, les animaux, la trahison, l’errance, le regret, la mort, autant de sujets intemporels qui parlent à chacun.

Avec Branduardi, l’émotion est toujours là, entre larmes et plaisir. Sa musique souvent légère et virevoltante, parfois tourmentée et accompagnée de paroles âpres articulées presque à l’excès, témoigne d’un talent multiformes, d’une personnalité extra-ordinaire, d’une inspiration quasi-mystique.

Ses fans d’hier le sont encore aujourd’hui, et guettent le moindre de ses passages sur scène, dans l’espoir de retrouver la folle ambiance de ses concerts d’antan, notamment un mémorable passage à la fête de l’Humanité en 1979, devant 200 000 personnes.

Compositeur de musique de films et spécialiste des musiques anciennes

Ces dernières années, sa collaboration avec des cinéastes pour la composition de musiques de films s’est soldée par de nombreux prix, parmi les plus prestigieux en Italie.

Il a travaillé avec pléthore d’artistes internationaux : I Muvrini, Ennio Morricone, Richard Galliano, Paul Buckmaster… et fui le devant de la scène pour se consacrer à l’enregistrement de musiques anciennes avec la série « Futuro Antico », et à la peinture.

Agé de 60 ans aujourd’hui, l’artiste se fait rare… une tournée 2011 est toutefois prévue entre fin mars et mi-avril, sur les routes d’Allemagne et de Suisse. Il emmène dans ses bagages son nouvel album « Senza spina », dont le vidéo clip a été tourné à Gênes, sa ville de cœur. Le second single extrait de cet album résume toute sa démarche artistique et le travail d’une vie, et trouvera sans nul doute écho dans nos mémoires :

"Pour tous les "marins" qui, au moins une fois dans leur vie, ont affronté la tempête, risquant de perdre le cap...ont su attendre que le bon vent gonfle leurs voiles et ont repris les routes des mers, vers de nouvelles tempêtes."

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