La route de la Belle Ouvrage, dans le Dauphiné

Autour du bois, de la soie et de la pierre, des savoir-faire uniques, transmis de génération en génération, font la fierté du département de l'Isère.

A l'occasion d'une escapade dans le Dauphiné, découvrez les savoir-faire ancestraux qui ont largement contribué à l'histoire de l'artisanat régional et à la renommée française dans les domaines du bois, du tissage et de la construction. Des matières premières d'exception, souvent fournies avec générosité par l'environnement naturel, y prennent part.

Un itinéraire touristique insolite, entre les massifs de la Chartreuse et du Vercors.

Le musée de la machine à bois et de l'outillage à main

Au fil des siècles, l'artisan du bois a revêtu différents noms, inspirés de l'évolution de son métier.

Tour à tour huchier (fabriquant de coffres), menuisier, il devient ébéniste sous Louis XIV, avec la naissance de la technique du placage de feuilles d'ébène.

Au Pont de Beauvoisin Isère (le Guiers, rivière-frontière naturelle entre la France et la Savoie au XIVe siècle, sépare toujours la partie iséroise de la partie savoyarde de la ville), le musée de la Machine à bois et de l'Outillage à main a été ouvert en 1999.

De l'arbre en pied au meuble de qualité, bien des étapes sont nécessaires avant l'aboutissement de la pièce de mobilier. Il faut un an en moyenne pour réaliser une belle pièce.

Toutes sont ici présentées - des mannequins réalisant les gestes sur des outils d'époque qui ne laissent rien au hasard - depuis la sonorisation jusqu'à l'odeur du bois.

Le musée du tisserand dauphinois

De la Valdaine au lac de Paladru, dit le lac bleu, 5e plus grand lac naturel de France façonné par le glacier du Rhône il y a plusieurs dizaines de milliers d'années, un paysage naturel de collines boisées s'offre au regard des visiteurs, qui en profiteront pour quelques haltes au gré des châteaux et maisons fortes.

Ainsi, le Château de Vaulserre, le prieuré de Chirens, le château de Virieu, sans oublier le musée archéologique des Trois-Vals-lac de Paladru, l'un des pôles majeurs de l'archéologie française dont les fouilles ont révélé deux villages engloutis.

Deuxième halte à la Bâtie-Montgascon, dite la "Croix-Rousse du Dauphiné", berceau du tissage de la soie du fait que le village entier s'adonnait à cet art au XIXe siècle.

C'est à Lyon qu'a été créée au XVe siècle la première manufacture, point de départ d'un cortège de petits métiers (gareur, dévideur, ourdisseur, caneteur...). Ainsi, en 1918, la Bâtie Montgascon comptait 1000 métiers pour 1200 habitants.

Le Musée du tisserand dauphinois raconte l'histoire de ces métiers: passer la navette, tourner la canette, taper le battant... de salle en salle, le visiteur peut suivre les différentes étapes du tissage et de l'évolution du matériel.

Pour la petite histoire, Joseph-Marie Jacquard mit fin au calvaire des enfants "tireurs de lacs" sur les métiers à bras, en inventant le "métier Jacquard" fonctionnant avec un seul ouvrier, le tisseur.

Le musée de Bourgoin-Jallieu

L'expansion industrielle s'incarna au XIXe siècle dans le textile, notamment à La Tour-du-Pin, et à Bourgoin-Jallieu, reine de l'impression sur étoffe ou plus précisément de "l'ennoblissement textile", aujourd'hui capitale de la photogravure française.

Le musée de Bourgoin-Jallieu retrace les chemins de la soie en Nord-Dauphiné, l'industrialisation et la mécanisation du tissage. Pour mémoire, les établissements Diederichs, premier constructeur européen de métiers à tisser, employaient 11 000 ouvriers sur 21 hectares de surface industrielle.

Toutes les étapes de l'impression à la planche de bois sont également présentées, suivies de l'impression au cadre plat adapté aux petits métrages dont la soierie pour la haute couture, pour finir par la photogravure.

La maison de la Pierre et du Ciment

En route vers le trésor de Montalieu-Vercieu: la pierre de Villebois.

On découvre une nature préservée qui attira de nombreux peintres de paysages et inspira sans doute Paul Claudel, dans son château de Brangues, où il devait finir sa vie.

De la tour médiévale de Morestel au Chemin des Bâtisseurs de pisé, itinéraire en 15 étapes, on rejoint Montalieu-Vercieu, face aux monts du Bugey.

Le baron Haussmann fera la renommée mondiale de cette pierre calcaire d'une résistance exceptionnelle puisque, bien après les grands travaux parisiens, on suit sa trace jusqu'à l'Empire State Building et au Palais impérial de Tokyo.

La Maison de la Pierre et du Ciment, inaugurée en juin 2000, qui abrite également l'office du tourisme, illustre des années d'histoire des carriers et tailleurs de pierre à l'ancienne, jusqu'aux technologies les plus avancées.

Une grande fresque explique les étapes, de l'extraction à la taille et aux finitions.

Un film retrace l'histoire sociale du bourg, puisqu'au port Bigarraz se côtoyaient carriers et mariniers, chargés du transport des pierres vers Lyon grâce aux rigues, grandes barges à fond plat, tirées au retour par des chevaux de halage.

Le parcours se termine par une escapade vers l'Isle-Crémieu, joyau parmi les beaux villages aux maisons en pierre et toitures de lauze. On pourra découvrir les grottes de la Balme où se cacha Mandrin, célèbre contrebandier du XVIIIe siècle, ou le parc de Larina et son sentier d'interprétation des paysages calcaires et de la végétation, qui monte à travers buis et noisetiers le long de la falaise.

Une visite au marché de Crémieu le mercredi, sous la superbe Halle du XVe siècle, le plateau de Larina et le parc archéologique, site classé, le musée de la Lauze à Chatelans...

Un parcours d'exception, authentique et riche de savoir-faire ancestraux, qui raconte au travers de paysages infiniment verts et façonnés par l'eau, l'histoire des hommes.

www.isere-tourisme.com

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