Le Flamenco inscrit au Patrimoine Culturel de l'Humanité

Issu des cultures juive, arabe et andalouse, le flamenco, introduit par les Gitans en Andalousie au XVe siècle, vient d'être distingué par l'UNESCO

Le Comité désigné par les pays membres de l’UNESCO vient de désigner le flamenco « Patrimoine Culturel immatériel de l’Humanité », aux côtés de 46 autres institutions internationales : le repas gastronomique des Français , les tapis d’Azerbaïdjan, la dentelle d’Alençon, l’acupuncture chinoise, le compagnonnage, l’opéra de Pékin et le régime méditerranéen.

Cette distinction obtenue sur proposition de l’Andalousie, de la Catalogne, de la Murcie et de l’Estrémadure, vient récompenser un art ancestral, fusion du chant, de la danse et de l’accompagnement musical.

Origines du flamenco

Dans l’histoire de la culture espagnole, les brassages culturels et métissages nombreux ont donné naissance à un folklore populaire à travers les populations gitane et andalouse, influencées par les cultures juive et musulmane.

D’abord un chant unique, a capella (el cante), suivi d’un accompagnement des mains, las palmas, qui introduiront la danse, el baile, et la guitare (toque). Viennent ensuite les castagnettes, et divers instruments d’accompagnement musical, comme des percussions venues d’Amérique du Sud, et la guitare basse.

L’origine du mot est incertaine, tantôt identifiée comme déclinaison d’une terminologie arabe, ou désignant le mot poignard, ou encore le flamant rose. On parle aussi d’un mot argot du XVIIIe siècle andalou signifiant « prétentieux », et même d’un mot germanique synonyme de « flamboyant ».

Les Gitans, peuple originaire de l’Inde, auraient introduit à Séville au XVe siècle, cette danse très similaire à des danses indiennes, Bharata natyam et Kathak notamment, et contribué à sa diffusion. L’influence arabe est sensible dans l’expression chantée, qui en reproduit les intonations. Les accents de tristesse des chants, faisant appel à la fois à la douceur et à la mélancolie de l’exil, rappellent les berceuses des mères juives.

Chant, danse, guitare : l’âme d’un peuple

Vers le milieu du XVIIIe siècle, le flamenco se popularise, jusqu’à devenir la forme d’expression artistique majeure de tout un peuple.

Des écoles prestigieuses forment aujourd’hui à son enseignement, particulièrement dans le Sud de l’Espagne, mais la popularité du genre a essaimé partout dans le monde.

A Paris notamment, plusieurs écoles enseignent la discipline dansée, de l’initiation des plus jeunes aux techniques les plus avancées. On y apprend les premiers « compas » (rythmes) à quatre, six ou douze temps, les claquements des mains, et les premiers « zapateos » (martèlement rythmique des chaussures sur le sol), à travers les Sévillanes, dansées à deux dans les ferias andalouses, l’Alegria, la Solea, les Bulerias, Fandangos, Caracoles …

Danse de séduction, le flamenco exprime tous les genres du sentiment humain et tous les caprices de la destinée, de la joie à la tristesse, de l’allégresse à la colère, de la peur à la souffrance, de l’union charnelle à la tragédie et à la mort. De fait, il témoigne de l’histoire des peuples duquel il est issu, combattus, pourchassés et persécutés par l’église catholique espagnole.

La musique flamenca est quant à elle influencée aujourd’hui par d’autres rythmes, latino-américains, jazz, africains, et musiques électroniques. Jamais elle n’a été écrite, et de fait, de nombreux guitaristes accompagnent chanteurs et danseurs « à l’oreille ».

Un art vivant, une discipline, un art de vie

Le corps entier s’exprime dans la danse flamenca qui peut être abordée à tout âge et développe l’endurance et les capacités respiratoires, muscle tout le corps et enseigne la grâce, à travers le travail ardu et complexe des mains, des bras, et les ports de tête.

La gent féminine apprécie aussi de revêtir la panoplie de la véritable flamenca : une jupe ou robe longue unie ou souvent à pois, parfois gansée de rubans satinés, à un ou plusieurs volants qui s’épanouiront dans les tours, des caracos de couleur, des châles brodés noués autour de la taille, des mantilles, des parures pour les cheveux, peignes ou fleurs, des éventails, des boucles d’oreilles, et surtout, des chaussures cloutées à la pointe et au talon, vendues dans les magasins spécialisés ou sur le net, et souvent réalisées à la main par de véritables artisans.

Ce rituel vestimentaire très codifié fait partie intégrante de la mise en scène et du spectacle chorégraphié à l’extrême, dans lequel rien n’est laissé au hasard. Les danseurs et danseuses capables d’improviser au flamenco, ont des années de pratique et de travail derrière eux. Les amateurs se prennent vite au jeu de la rigueur et de l’exigence, jusqu’à devenir de véritables passionnés.

La danse flamenca est marquée par des démonstrations intenses et soutenues en rythme, mais entrecoupées de nombreuses pauses. Surtout, il n’est pas question d’évoluer dans un vaste espace, mais de savoir danser sur une surface très réduite.

Mais la précision technique ne sert pas à grand-chose si on ne porte pas la danse à l’intérieur de soi. Le poète Fernando Quinones, l’exprimait déjà à propos du chant flamenco : « le cante, on ne le comprend pas, on le vit ».

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