Légendes de Midi-Pyrénées : sur les traces du Diable et des fées

Du Pic du Midi, "centre du monde", au gouffre de Padirac, des eaux de l'Ariège aux mégalithes, les sites naturels des Pyrénées entretiennent les mythes...
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Avec la présence de la mythique montagne pyrénéenne, source inépuisable d’histoires extraordinaires, mais aussi parce que les bacchanales païennes du passé sont nées sur des terres rebelles sur lesquelles le Catharisme a pu naturellement s’épanouir, le mystère a régné pendant des siècles, en Midi-Pyrénées .

Créatures étranges, êtres diaboliques ou fantastiques peuplaient les nuits pyrénéennes : femmes lilliputiennes, génies des eaux, nains aux pieds palmés, chouettes de l’enfer…

Ces personnages fantasmagoriques subsistent jusque dans le verbe populaire : « Lou Dat » désigne en Gascogne l’enfant adopté, en référence à une femme naine aux pieds d’oie, découverte dans une grotte au Sud de Saint-Gaudens .

Drac et bouc noir trouvent leur place dans ce fantastique bestiaire. Quant au Follet, génie responsable d’un vent de fécondité, il était en son temps la terreur des jeunes filles.

D’une vallée à l’autre, les légendes continuent de s’entretenir.

« Chez nous, dit un berger du Couserans, on ne croit pas. On craint. »

Les adorateurs du dieu Soleil…

Ce n’est que le 7 juin 1794 qu’eut lieu à Tarbes le dernier rassemblement public des adorateurs du cercle solaire !

Plus qu’un symbole, l’astre est ici une religion : ainsi les pics du Midi , de Bigorre et d’Ossau servent de repères chronologiques, en indiquant la méridienne, la position la plus haute du soleil.

Ces sommets jouent le rôle de « centre du monde », à l’image de l ’Omphalos de Delphes . Ici, le soleil ne se couche pas : il « passe de l’autre côté »…pour traverser le royaume des morts.

La fête de la Saint-Jean, autre survivance du culte du soleil, sera rapidement condamnée par l’Eglise, car elle donne lieu à de réjouissantes bacchanales où la licence se généralise.

Toutefois, la célébration du solstice demeure, christianisée depuis par la bénédiction du feu.

La dent de Ste Appolonie

Les parents inquiets et fatigués par les pleurs de bébés en pleine poussée dentaire se pressent depuis des siècles à Lézat, afin de solliciter les bienfaits de Sainte Appolonie .

Martyrisée au IIIème siècle par de jeunes païens, la jeune sainte d'Alexandrie, grâce au pouvoir qui émanerait de l’une de ses dents offerte au Comte de Foix lors de la première croisade, soulage les jeunes gencives et épargne aux petits les complications liées aux poussées dentaires.

Le curé de Lézat-sur-Lèze accueille environ une cinquantaine de bébés par mois !

Le gouffre de Padirac

Le Diable lui-même serait à l’origine de ce puits naturel de 75 mètres de profondeur , qui depuis toujours, suscite l’effroi des populations.

Saint-Martin évita le gouffre (sa mule sauta l’abîme, et laissa de l’autre côté l’empreinte de ses sabots, toujours visible aujourd’hui), déjouant ainsi les pièges du Malin.

Depuis, l’historique a pris le relais du mystique : on affirme qu’au terme de la guerre de Cent Ans, les Anglais auraient quitté la région en enfouissant un trésor au fond du gouffre. Légende toujours vivace, et objet de toutes les convoitises…

L’or du Diable

Une légende liée au Diable (encore lui !) est à l’origine de la présence des orpailleurs dans les eaux de l’Oriège, du Salat et d’autres cours d’eau de l’Ariège.

Pour l’amour de sa belle, Aybram, fils du seigneur d’Orlu, se trouva piégé dans une grotte de la montagne, condamné à émietter l’or des murs et d’en laisser filer les paillettes par le mince filet d’eau qui s’échappait de la roche.

Saint Fris

Fils ou neveu de Charles Martel, Saint-Fris périt en 732, sur les traces d’Abd el-Rhaman.

La découverte de son sarcophage par un paysan, trois siècles plus tard, et le jaillissement d’une fontaine miraculeuse, furent les prémices de la construction d’une basilique destinée à accueillir la dépouille du saint.

Dolmens et menhirs

De Gourdon à Montcuq, de Montpezat-de-Quercy à Arnave, dans la vallée de l’Ariège, les mégalithes ont été l’objet des légendes et rites les plus extraordinaires. Tel était un « lavoir aux fées », tel autre abritait la tombe d’un géant…

Des guérisons miraculeuses de lépreux et d’épileptiques furent constatées près d’Arnave.

Quant à la pierre verticale du village de Poubeau, dans le Comminges , elle fut témoin, lors de carnavals, de débordements sévèrement condamnés par l’Eglise : censée entretenir la virilité des jeunes gens et assurer la fécondité des jeunes filles, elle était prétexte à des fêtes incontestablement débridées.

Certains menhirs furent, pour des raisons similaires, tout bonnement détruits ou « reconvertis » (celui de La Salvetat, dans le Tarn, fut taillé en croix…)

Sources : Contes et légendes de Midi-Pyrénées (Comité Régional du Tourisme)

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