"A deux lits du délit": Vaudeville hilarant au rythme trépidant

Une comédie de boulevard efficace servie par des comédiens de qualité et une mise en scène soignée et moderne.
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Une simple recherche sur google avec ces mots clés: « hôtel isolé près de Paris et romantique » a suffit à deux couples adultérins pour se retrouver dans le même hôtel de Rambouillet où sévit un gérant suppléant original: Nollet. Le hasard fait que les deux couples illégitimes ont fort besoin pour leur salut des bons services de Nollet qui sait monnayer ses bons soins.

Une pièce bien rythmée

Cette pièce ne faillit pas un instant et entraîne les comédiens et les spectateurs dans un tourbillon de portes qui claquent, de quiproquos, de courses effrénées, de désirs réfrénés, le tout reposant sur un château de cartes de mensonges près à s'écrouler d'un instant à l'autre! La mise en scène transforme les comédiens en sportifs sautillant, courant, enchaînant les sauts au fil des rebondissements de la pièce.

Du début à la fin une musique apparaît régulièrement pour soutenir le rythme, un choix plutôt judicieux.

Une pièce teintée de modernité

Avec internet au service d'un nid pour couples illégitimes, des lits qui se font trampolines, des cascades en pagailles, une maîtresse au look aussi déjantée que sa personnalité et que Nollet n'hésite pas à appeler « Lady Gaga », des références au régime Dukan, un Nollet empruntant mimiques et accent de Régis Laspalès, la pantalonnade se fait de notre temps.

Le comédiens sont jeunes, leur jeu plein d'énergie, de fougue, ils servent judicieusement les ressorts de la pièce.

L'espace scénique présente simultanément les trois espaces de l'hôtel au coeur de l'intrigue: la chambre bleue, la chambre verte ainsi que le hall et le poste clé de Nollet. Ce décor judicieux nous permet de voir simultanément ce qui se passe dans les deux chambres, d'anticiper sur les déplacements et les quiproquos et ajoute à la complicité entre les comédiens et les spectateurs.

On peut d'ailleurs saluer Jean-luc Moreau qui a mis en scène finement cette pièce de Derek Benfield adaptée par Stewart Vaughan et Jean-Christophe Barc, Charlie Mangel à qui on doit les décors et juliette Chanaud responsable des costumes que les comédiens revêtent et défont frénétiquement.

Des comédiens à suivre

Si les demoiselles incarnant les maîtresses n'ont pas à rougir de leurs prestations, ce sont les messieurs à coups sûrs qui tirent la couverture à eux. On ne peut reprocher à Arthur Jugnot d'être un « fils de » tant il prend à coeur et à corps son rôle, son jeu est irréprochable, il est efficace, il dépense une énergie folle pour sauver la situation des deux couples et gonfler son porte-feuille. Nollet bondit, courre, s'époumone, cri, ouvre et ferme violemment les portes mais Arthur Jugnot ne faiblit pas du début à la fin.

Quand au duo Garnier et Sentou qui se font régulièrement remarquer dans l'emission de Laurent Ruquier «On n'demande qu'à en rire », il fonctionne aussi bien à l'écran dans de courts sketches que sur scène dans une pièce. Très différents physiquement, un grand et un petit, ils font penser à Poiret et Serrault par leur jeu et leur energie. Ces deux comédiens sont bourrés de talents, Sentou est le plus drôle des deux, d'une souplesse remarquable il enchaîne les performances physiques dans cette pièce avec des expressions désopilantes. Ce couple comique est à suivre de près, on doit s'attendre à une belle carrière!

Le salut de la pièce est à la hauteur de son déroulement et termine en beauté ce joli moment joyeux et cette bouffée d'énergie à saisir en ces temps de grisaille.

A l'affiche du 16 septembre 2010

au 2 janvier 2011

A deux lits du délit

Michodière

4 bis, rue la Michodière, 75002 Paris

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