Rétrospectives sur Nancy Spero au Centre Pompidou

La Galerie d'Art graphique du Centre Pompidou rend hommage à l'artiste américaine Nancy Spero du 12 octobre 2010 au 10 janvier 2011.

Nancy Spero (1926-2009) est une figure féministe emblématique du milieu artistique américain. Décédée en 2009, ses oeuvres résonnent encore de ses cris et ses combats. La dernière exposition qui lui fût consacrée de son vivant: «Dissidances» eut lieu en Espagne mais l'initiative du Centre Pompidou de lui offrir une si complète et importante rétrospective reste une première en France.

Prendre connaissance avec la personnalité de l'artiste permet d'entrer plus aisément dans son œuvre pas toujours facile d'accès de prime abord, oeuvre intensément marquée au fer rouge par son militantisme féministe et sa conscience historique se révoltant contre les atrocités de la guerre.

Parcours de vie de Nancy Spero

Née dans l'Ohio, à Cleveland, elle grandit à Chicago et fait ses études d'art à l'Art Institute of Chicago d'où elle sort diplômée en 1949. Cette école fortement engagée dans l'art figuratif face au courrant expressionnisme grandissant a certainement influencé Nancy Spero dans ses choix ultérieurs figuratifs de dessins et de gouaches.

Après cette formation elle part à Paris à l'Ecole des beaux-arts et dans l'atelier du peintre André Lhote. Elle vit brièvement à New-York puis retourne à Chicago où l'attend son futur mari l'artiste Leon Golub avec qui elle a trois enfants.

Sa rencontre avec les écrits d'Antonin Artaud vers 1969 la marque intellectuellement, émotionnellement et plastiquement, elle lui consacre les Artaud Paintings (1966-1969) et Codex Artaud (1971-1972) où les mots parfois crus d'Artaud se mêlent aux dessins et collages de Nancy Spero.

Jusqu'à sa disparition, elle tourne toute sa démarche spirituelle et plastique à la représentation de0 la femme.

Nancy Spero: le féminisme chevillé au corps

La conscience féministe de Nancy Spero s'éveille précocement mais elle se nourrit de la rencontre avec des mouvements politico-artistiques tels que l 'AWC (Art Worker's Coalition), les WAR (Women Artists in Revolution) ou l'AIR (Artists in Residence).

Sa lutte trouve des résonances dans le combat des féministes auxquelles elle se rallie très vite et dont elle sera un des portes-parole dans le milieu de l'art américain, elle rejoint Women Artists in Revolution (WAR) et est une des pionnières des galeries coopératives pour femmes.

En 1969, elle abandonne la toile et la peinture qui sont pour elle « masculines », elle leur préfère de longues bandes de papiers fins plus modestes, collées bout à bout, des photocopies d'images retravaillées au stylo.

A partir du milieu des années 70, l'oeuvre de Nancy Spero se consacre presqu'exclusivement à la représentation de la femme, en 1994 elle l'exprime ainsi « J’ai décidé de faire de la femme la protagoniste, de la dépeindre comme libérée, même si je sais que ce n’est pas vraiment le cas […] L’histoire des femmes que j’envisage n’est pas linéaire ou séquentielle. J’essaie, dans tout ce que je fais, de la rendre actuelle. » .

Les femmes de toutes cultures, de toute origine sont alors ses sujets de prédilection, elles incarnent même son alphabet visuel imprimable à partir de tampons.

Nancy Spero: un cri de rage contre la guerre

Elle découvre la guerre du Vietnam et ses atrocités à travers son poste de télévision. Elle dénonce alors l'obscénité de cette guerre et de la banalisation de sa médiation à travers une oeuvre de grande envergure à laquelle elle se voue durant cinq ans: la War Series regroupant pas moins de 150 dessins. En 2003, dans le contexte d'une exposition elle écrit: « J’ai conçu ces œuvres comme des manifestes pour protester contre l’incursion des États-Unis au Vietnam : elles agissent sur moi comme des exorcismes. Les bombes sont d’horribles représentations phalliques et sexuelles – très exagérées – du pénis avec leur tête à la langue tirée et leur description violente du corps humain (surtout masculin). Les nuages qu’elles provoquent sont remplis de têtes hurlantes qui vomissent

leur poison sur les victimes placées en-dessous. ».

Une artiste à découvrir ou à redécouvrir au Centre Pompidou, des photos en noir et blanc de l'artiste participent à notre rencontre avec elle dans le cadre de cette exposition.

Lire aussi du même auteur l'article sonsacré à l'exposition Arman: www.suite101.fr/content/exposition-arman-au-centre-pompidou-a22369

Pour en apprendre un peu plus sur l'exposition et l'artiste lire le communiqué de presse du Centre Pompidou www.centrepompidou.fr/Pompidou/Communication.nsf/docs/ID90A148F0683A9E6AC12577A8003368F6/$File/20100924_dp_spero.pdf

et l'article de libération www.liberation.fr/culture/0101598751-nancy-spero-ne-crie-plus .

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