Épilepsie, vertiges et troubles nerveux: quel diagnostic?

Cet article est dédié à toutes les personnes qui souffrent d'épilepsie partielle ou complexe et qui ne le savent pas encore.
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L'épilepsie est une maladie du système nerveux provoquée par des décharges électriques neuronales irrégulières, dont l'intensité et l'anarchie sont à la source de nombreux symptômes organiques et de diverses altérations du comportement, certaines pouvant s'apparenter à des troubles mentaux, bien que leur cause soit totalement distincte. Aucun traitement n'aura d'efficacité tangible sur ces maux tant qu'il ne comprendra pas un antiépileptique qui soit capable de régulariser les ondes cérébrales du sujet. Or il est peut commun d'associer, par exemple, troubles gastriques et antiépileptique.

Un stéréotype réducteur

Mise à part la convulsion majeure que l'on se représente, telle qu'on la voit au cinéma, avec des contorsions violentes qui parcourent l'ensemble du corps, de l'écume dans la bouche et une morsure éventuelle de la langue, toutes les autres manifestations de l'épilepsie sont semblables à celles d'une grande liste de maladies plus communes, vers lesquelles le diagnostic s'orientera, par conséquent, en premier lieu.

Le manque d'information

L'exemple le plus illustratif est celui du vertige, qui remplit les forums virtuels dédiés à ce thème par des appels au secours désespérés, et au sujet duquel on peut lire toutes les causes et tous les traitements imaginables, excepté ceux qui concernent l'épilepsie.

Comment comprendre qu'à notre époque, un mal bien connu par Hippocrate, qui disait à son sujet que les mélancoliques vieillissent épileptiques et réciproquement l'inverse, signalant ainsi la relation étroite entre dépression, trouble mental et convulsion, reste toujours ignoré du public ?

Quand tout bascule

L'épilepsie, qui touche 0,7% des populations occidentales, soit plus d'un demi-million de français, se caractérise par des hallucinations sensorielles, de type visuel, avec distorsion des formes, des couleurs, et des distances. Elle se manifeste aussi dans le registre auditif et kinesthésique, avec son cortège d'effets psychédéliques étourdissants, propres à faire perdre l'équilibre.

On la complètera par des fourmillements, qui précèdent parfois la paralysie partielle de certains membres, la chute brutale de la pression artérielle qui accompagne les crises complexes, et enfin la possibilité de syncope, et même de coma.

Les épileptiques souffrent donc bien de vertiges, les pertes de connaissance et les chutes étant sans doute l'un des aspects les plus fréquents, invalidants et dangereux de cette maladie.

Chez le médecin

Le sujet concerné ignore le plus souvent qu'il souffre de convulsions épileptiques partielles et/ou complexes. Le médecin qui l'écoute pensera, en règle générale, plus facilement à ce qu'il observe quotidiennement chez la majorité de ses patients: stress, surmenage, insomnie, anémie, dépression, dysfonctionnement organique (oreille interne, foie, reins, coeur, intestins...), diabète, infection(s), et autres désordres du métabolisme. Il suffit de rajouter ici que les vomissements, les reflux, les indigestions, les gastralgies, les diarrhées et les contractions musculaires douloureuses font aussi partie des effets de ce problème neurologique, et la confusion sera totale.

Chez le psy

Après plusieurs traitements et divers examens médicaux, il est fréquent de conseiller au patient récalcitrant, qui s'acharne à ne pas guérir, d'aller consulter un psychiatre et/ou un psychologue. En effet, son état se complique maintenant par des attaques phobiques, un sentiment d'irréalité, des angoisses, des confusions mentales, des oublis systématiques qui exaspèrent son entourage et désespèrent à son travail, lesquels s'accompagnent parfois de désordres moteurs avec une perte de contrôle de certains membres. L'invalidité le guette.

De plus en plus étrange

Non content de se montrer si maladroit, le malade souffre en plus de difficultés d'élocution (dysphasie), de visions de sa vie qui défile comme s'il allait mourir (dysmnésie), sans parler de ces fameux moments de somnambulisme éveillé et d'absence totale dont seul l'entourage peut témoigner. Quant aux troubles neuro-végétatifs, rien à faire: la gastrite bat son plein, les nausées continuent, il ne leur manque plus que les accélérations du rythme cardiaque pour compléter en trois paragraphes la description classique des manifestations de l'épilepsie sous toutes ses formes, en excluant celle que l'on espère toujours, la convulsion comme on la voit au cinéma.

Et le neurologue?

Il aurait sans doute commencé par un électro-encéphalogramme, examen de base pour contrôler les anomalies des échanges électriques cérébraux. Dans la limite où l'E.C.G. ne capture qu'un moment des activités du cerveau, le risque est qu'il montre des mesures normales, dans le cas où le patient aurait l'idée fâcheuse de souffrir de 20 minutes de rémission entre deux convulsions pendant la consultation, ce qui arrive fréquemment.

Gagner du temps

Si l'on s'imagine maintenant que le même patient eût commencé par consulter ce neurologue, son histoire se serait déroulée exactement à l'inverse. Avant d'en venir aux analyses de sang, d'urine, aux profils hépatique et hormonal, à l'examen de l'oreille interne et à l'entrevue avec le psychiatre, le malade aurait eu déjà un bon mois de traitement antiépileptique à son actif.

Les antiépileptiques, outils de diagnostic

Il est à signaler que la plupart de ces traitements sont couramment utilisés en psychiatrie, car ils agissent sur l'ensemble des troubles nerveux et mentaux, que l'on souffre ou non de convulsions, procurant à moyen terme une rémission plus durable des symptômes que l'administration des seuls tranquillisants et antidépresseurs.

Force est de constater que dans la plupart des cas, c'est actuellement l'effet thérapeutique du médicament qui confirme le diagnostic, pour le plus grand soulagement des malades. Non seulement ils comprennent enfin ce qui ne tournait pas rond, au sens littéral de l'expression, mais en plus il leur redevient possible de pourvoir se déplacer sans risque et de sortir tous seuls dans la rue. Si tout va bien, il leur sera envisageable de reprendre le travail et d'assumer la vie de famille.

Seuls 70% des épileptiques en cours de traitement peuvent mener un vie dite "normale".

Source: L'Épilepsie , de Claude Remy et Pierre Genton, éditions Ellipses Marketing, 1996.

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