Face à une multinationale, une tribu hindoue sauve sa montagne

Le triomphe des dongria kondh contre Vedanta, une multinationale minière, marque un tournant historique dans l'histoire politique et écologique de l'Asie.
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En août 2010, suivant un scénario similaire à celui du film Avatar de James Cameron, 8000 villageois, vivant au sommet de leur montagne sacrée du Niyamgiri, ont obtenu, avec l'aide de leur gouvernement, l'arrêt d'une exploitation minière de bauxite. Après sept ans de bataille acharnée contre la multinationale coupable du saccage de leur habitat, leur victoire inespérée devient emblématique pour les mouvements de protection de l'environnement et des espèces menacées d'extinction.

Une peuplade attaquée sur son territoire

Les dongria kondh forment une tribu animiste, adorateurs de leur montagne sacrée et de leurs forêts qui abritent leur dieu, Niyam Raja. Leurs contacts avec le monde extérieur se limitent à quelques échanges commerciaux, grâce aux fruits qu'ils récoltent et qu'ils vont vendre dans les villages voisins. Leur survie dépend essentiellement de leur terre. L'ancien du village, Telari Magi, interviewé par la revue Quo*, explique que son grand-père vécut dans la même cabane d'argile que lui, refuge transmis à sa famille depuis des générations.

"Mon peuple ne veut pas et ne peut pas quitter Niyamgiri. Ce serait notre mort à tous."

Conflit d'intérêts dans l'Etat d'Orissa

Dans l'Etat oriental indien d'Orissa, cette montagne, riche en forêts exubérantes, qui représente l'un des derniers territoires vierges du pays, se trouve au coeur du litige. Entre expansion économique, développement industriel et protection de l'environnement et de ses habitants, le gouvernement du géant asiatique se confronte aux actions de Vedanta. Cette entreprise, dont le nom sacré, discutablement repris, désigne à l'origine l'enseignement des Védas, soit des textes traditionnels de l'hindouisme, a son siège en Europe, à Londres, et son actionnaire majoritaire, un multimillionnaire hindou, se nomme Anil Agarwal.

Des débuts menaçants

La multinationale s'attaqua d'abord au pied de Niyamgiri, à la base même de la montagne, dans le village de Lanjigarh, où elle établit une raffinerie pour transformer le minerais du bauxite en aluminium. Sa matière première lui arrivait d'autres exploitations, réparties dans divers Etats de l'Inde. Mais le véritable but de l'entreprise était de s'agrandir et de faire prospérer sa raffinerie grâce à l'extraction sur place de la source de sa richesse.

Une résistance acharnée

Lado Sikaka, dont on dit dans la tribu qu'il aurait été arrêté et torturé par la police locale, corrompue par Vedanta, dédia les sept dernières années de sa vie à représenter et à diriger l'opposition des villageois contre l'ouverture d'une mine sur les flancs de la montagne. Grâce à l'aide de Rama Pusika, étudiant de 22 ans en commerce international dans la capitale de l'Inde, l'un des rares dongria kongh à être sorti du village pour faire carrière, il réussit à alerter à temps le gouvernement indien au sujet du risque d'extermination totale qui pesait sur son peuple.

La victoire inespérée reste fragile

Interviewés par la revue Quo*, ces deux principaux protagonistes, en tête de leur tribu, obtinrent l'annulation du plan d'excaver la montagne au mois d'août passé, et l'arrêt de l'expansion de la raffinerie au mois octobre qui suivit. Heureux de ces résultats, ils restent prudents quant au futur. Comme ils l'expliquent aux journalistes* venus les interroger sur leur réussite surprenante, Vedanta et les autres exploitations minières de leur pays sont des monstres qui dévorent les montagne et détruisent l'écosystème local. Les dernières tribus qui y résident vivent sous la menace constante et le harcèlement incessant de ces multinationales qui ne respectent ni les droits de l'Homme, ni ceux de la nature.

Source: * Avatar succedió en India , revue "Quo", pages 52-54, mars 2011, éditions Expásnion S.A. de C.V. et Hachette Filipacchi Media Group (HFM).

Site en français sur ce thème incluant une très belle vidéo chargée depuis YouTube .

Si vous souhaitez en savoir plus , site officiel français de défence des dongria kondh.

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Avec l'aimable participation et autorisation de Sophie Baillon, membre de Survival International France.

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