Facebook et la solitude: qu'est-ce qui les connecte?

Zoom sur le paradoxe de la première plateforme virtuelle d'échange social qui sort l'utilisateur de la solitude au risque de l'isoler davantage.
43

Il est curieux d’observer comment l’usage de Facebook peut renforcer la propension à l’isolement, au moyen d’outils qui permettent paradoxalement de se mettre immédiatement en contact avec une foule d’inconnus. Plus on y collectionne d’amis, opération facile et sans compromis, plus on y passe de temps, et moins on est présent pour les autres aspects de la vie. Il existe des études sociologiques qui prouvent que la solitude est contagieuse*. Difficile en effet d'espérer d'un reclus virtuel qu'il nous fasse rencontrer du monde.

Facebook répond aux demandes des sans-famille s

D’après la revue Quo*, diverses enquêtes montrent que vivre sans personne conduit à deux extrêmes opposés: remplir le temps grâce à une activité frénétique pour échapper au sentiment de vide, ou se laisser aller à une oisiveté maladive. Cultiver des amitiés virtuelles via Facebook et participer aux distractions qu’offre cette plateforme est paradoxalement propre à satisfaire ces deux attitudes contradictoires.

Il envahit aussi des familles qui ne lui ont rien demandé

L’internaute reste seul face à son ordinateur, ne produit aucun travail tangible, et se trouve en contact avec des milliers de personnes exactement dans la même situation, isolées du monde face à leur écran. Du besoin de se préserver un espace personnel et exclusif, ou un temps juste pour soi, jusqu’à l'addiction totale, il est souvent difficile de se situer comme utilisateur. Pour celui qui vit en famille, la solitude retombe alors sur ses proches.

La vraie vie virtuelle des hikikomoris

Ce terme, qui vient d'être admis par la troisième édition du Dictionnaire Anglais D'Oxford comme un nom commun, désigne aujourd'hui plus d'un million de jeunes japonais qui se cloîtrent pendant des années dans leur chambre, Facebook et les autres modes de vie via Internet constituant leur seule source de communication. C'est ainsi qu'ils répondent à la pression sociale de leur pays et à l'absence de perspectives viables qui les laissent sans recours. Le Japon n'ayant pas l'exclusivité du phénomène, qui s'avère préoccupant dans d'autres pays, le nom hikimoris peut s'utiliser au sujet de toute victime de cette phobie sociale qui se mélange à une addiction extrême pour l'univers du virtuel.

Facebook participe-t-il à changer notre époque?

Un monde sans pression avec des perspectives heureuses, légères et merveilleuses, c'est ce qui se cultive en majorité sur Facebook, parallèlement à l'activité la plus importante de toutes sur les réseaux d'Internet: courtiser.

Les associations humanitaires, écologiques, les artistes, les personnages politiques, tous y figurent et y sont accessibles. Et le commun des mortels peut publier un commentaire sur la page de ces illustres, que ce soit celle du président des Etats-Unis ou du Dalaï-lama.

Y a-t-il un précédent à ce phénomène dans l'histoire?

S'il est discutable que Facebook puisse soulager notre époque du fléau de la solitude et de l'exclusion sociale, il est incontestable qu'il ouvre tous les jours vers de nouvelles pages de l'histoire humaine qui gagnent à être découvertes. Des personnes, qu'unissent les mêmes passions et convictions, peuvent s'y rencontrer. Et rien ne les empêche de passer du virtuel au réel, ce qui, dans les domaines associatifs comme dans les domaines professionnels, peut s'avérer très utile.

*Une étude menée en 1948 conjointement par les universités de Chicago, San Diego et Harvard, publiée la même année dans le Journal of Personality and Social Psychology , montre que l’ami d’une personne solitaire a 52% plus de chance de se sentir isolé que celui qui fréquente une personne socialement entourée. L’enquête se porta sur un échantillon représentatif de 5200 habitants du Massachussetts, aux USA.

Sources : Deux sont une multitude , revue « Quo » pages 106-107, mars 2011, éditions Expánsion S.A. de C.V. et Hachette Filipacchi Media Group (HFM), Groupe Expánsion, Mexique District Fédéral.

Sur le même sujet