Le deuil: ses différentes étapes et comment guérir

Du traumatisme à la guérison, intégrer un deuil est une épreuve délicate qui repose sur l'assimilation de chacune de ses étapes.
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Si le deuil n'est pas une maladie en soi, il peut cependant devenir pathologique. Si son processus peut mener à la croissance intérieure, c'est-à-dire à la maturité et au développement de nouvelles ressources pour faire face à l'épreuve, il peut aussi conduire à l'amputation émotionnelle et psychologique. D'après les travaux de la célèbre psychiatre et psychologue américaine Elisabeth Kübler-Ross*, il est rythmé par cinq étapes essentielles que doit parcourir chaque personne endeuillée. Rester bloquée à l'une d'entre elles peut avoir de graves conséquences pour le reste de son existence.

La phase de l'anesthésie

Le phénomène de la mort en soi-même est quasiment inacceptable et incompréhensible pour l'inconscient autant que pour le conscient de l'être humain, comme l'a révélé le psychanalyste Carl Gustave Jung dans son travail d'étude sur les rêves de patients proches de la mort.

Lors de la disparition d'un être cher, qu'elle soit attendue ou au contraire brutale et surprenante, un processus psychophysiologique complexe va protéger la personne endeuillée d'un collapse émotionnel qui pourrait l'amener aux bords de la folie. Une sécrétion accrue d'endorphines, d'adrénaline avec recapturation de suradrénaline, dans des proportions hors de la normale, vont maintenir la personne endeuillée dans une espèce d'univers ouaté, assourdi, insensible, qu'il est très important de respecter.

Le déni

Les processus chimiques qui provoquent un état de choc anesthésique à l'annonce d'une mort se dissipent peu à peu avec le temps, sans que l'on soit pour autant prêt à affronter la réalité de la disparition. Vient alors une phase dite de déni qui consiste à continuer la vie quotidienne et son train-train, jour après jour, de façon automatique, comme si rien ne s'était passé. La personne peut parler du mort, mais dans des termes confus, qui laissent entendre qu'il faut tenir compte du disparu dans tous les détails de l'organisation familiale et sociale, exactement comme s'il continuait à vivre.

La colère et le marchandage

La vie confronte inévitablement le sujet qui dénie un deuil à la réalité de la disparition de l'être cher, à son absence, au mode de vie qui ne sera plus jamais le même, et enfin aux autres qui ont déjà réussi à accepter l'inévitable. Cette confrontation induit chez le sujet un sentiment d'injustice et de révolte qui se traduit par des explosions de colère à l'encontre de son entourage et de tout ce qui s'y prête, et même à l'encontre du défunt qui l'a "abandonné". Colère et marchandage alternent alors, au cours d'une période cruciale pour la personne endeuillée qui a besoin plus que tout d'être écoutée. La liste interminable des regrets de ce qui n'a pas été accompli ensemble, de ce qui ne pourra plus se partager, de ce qui a été dit malencontreusement, de ce qui a été omis, repasse inlassablement dans l'esprit et le discours de la personne affligée. Il importe ici de commencer à valoriser ce qui a été vécu avec le défunt et de l'intérioriser comme une part inaltérable de soi-même.

La dépression

Une dépression dite réactionnelle doit peu à peu prendre la place des alternances entre déni et colère. Cette phase dépressive, même si elle implique parfois le recours à un appui médical et psychologique, n'est pas maladive en soi, bien au contraire. Elle trace le passage indispensable pour sortir de l'impasse déni/colère, caractéristique des deuils pathologiques, jusqu'à l'assimilation de la réalité. C'est au cours de cette période que le sujet pourra enfin pleurer l'être cher disparu. L'entourage doit être attentif à accueillir ce temps de dépression comme normal et salutaire, autant qu'il doit être prêt à intervenir si la phase dite de déni en alternance avec la colère et le marchandage s'éternise et devient chronique. Dans ce dernier cas, il est plus que recommandable de solliciter l'aide de professionnels - docteurs, psychiatres, psychologues- car un deuil pathologique peut s'éterniser jusqu'à la mort même du sujet qui en souffre.

L'entrée dans le processus de guérison par l'acceptation

Lorsque la personne endeuillée commence à pouvoir parler de ce qu'elle a vécu de positif avec le défunt sans plus se lamenter, lorsqu'elle peut à nouveau se centrer sur le moment présent et formuler des projets, lorsqu'elle cesse de s'isoler ou de fuir la réalité et semble au contraire trouver un sens à l'épreuve qu'elle vient de traverser, le plus dur est passé. Il s'agira alors d'encourager des loisirs gratifiants, des sorties, tout ce qui peut faciliter l'intégration des changements impliqués par la récente disparition. Cultiver de nouvelles amitiés, s'ouvrir à d'autres centres d'intérêts, trouver dans le deuil qui vient d'être dépassé quelque chose de positif qui oriente l'avenir vers de nouveaux horizons.

L'expérience d'un deuil, lorsqu'elle ne mutile pas, est une occasion exceptionnelle de découverte de soi-même et de croissance intérieure, d'interrogation sur le sens de la vie et de transformation générale de l'être.

* "Les derniers instants de la vie" éditions Labor et Fides, 1975.

Elisabeth Kübler-Ross fait abstraction, dans sa description des cinq étapes du deuil, de la première étape de l'anesthésie, reconnue par l'ensemble du corps médical comme étant celle de "l'état de choc". De même elle sépare l'étape de la colère de celle du marchandage, bien que celles-ci se présentent généralement en alternance, marquant donc une seule étape, comme les deux aspects d'une même crise. Selon les auteurs et les écoles on pourra trouver des variantes dans la description du processus du deuil, qui s'articulent toujours autour de l'état de choc ou de l'anesthésie, puis du déni, de la colère, des tentatives de négocier ou de marchander avec véhémence l'annulation du décès, de la dépression et de l'acceptation ou guérison.

Elisabeth Kübler-Ross fut la première spécialiste connue à avoir défini les différentes étapes du deuil, qui valent pour toutes les pertes: divorce, séparation, perte d'emploi, perte d'objets symboliques et autres pertes.

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