Vaudou et magie noire dans la Rome antique

La pratique du Vaudou, au moyen d'effigies sur lesquelles planter des clous en récitant des sortilèges, était monnaie courante dans la Rome antique.
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Convaincus du pouvoir de la parole, capable de produire de grands bénéfices, mais aussi les pires disgrâces, les sorciers romains avaient recours dans l’antiquité à des formules magiques. Celles-ci étaient gravées sur des tablettes et des rouleaux métalliques, en plomb le plus souvent, dans un langage qui mélangeait le grec et peut-être l’ancien arabe, fruit des échanges avec des alchimistes voyageurs provenant du Moyen-Orient.

Pour intervenir sur le destin de leurs ennemis, comme sur celui de leurs clients, ces sorciers réalisaient aussi des statuettes de cire, de terre glaise, d’argile ou de marbre, sur lesquelles ils gravaient leurs exhortations et plantaient des sortes de clous, dont certaines ont survécu à l’épreuve du temps.

Ana Vázquez-Hoys , professeur espagnole, titulaire d’un doctorat en histoire, spécialisée dans les investigations sur les rituels antérieurs à l’ère chrétienne, travailla avec son équipe de chercheurs sur ce qui reste de ces tablettes et de ces poupées maléfiques, retrouvées en grande majorité dans des sites archéologiques d’Espagne.

Filtres d’amour

Dits aussi "sortilège miraculeux des amants", ils consistaient pour le ou pour la soupirante à modeler de ses propres mains deux statuettes, l’une masculine et l’autre féminine, en représentant l’homme armé comme le dieu Arès, symbole de la virilité et de la pénétration, qui correspond au signe zodiacal du bélier, une épée au bras, perforant la clavicule droite de la poupée féminine.

Des dieux sans panthéon

Celle-ci devait être sculptée assise, les mains attachées dans le dos. Il suffisait alors de relier les deux au niveau du cou à l’aide d’un cheveu ou d’un tissu appartenant à l’être désiré, puis de graver sur son effigie des incantations précises, retrouvées par Ana Vázquez-Hoys, intraduisibles dans leur totalité, à cause de leurs termes mélangés entre le grec, le latin et l’arabe, qui semblent invoquer des divinités ignorées du panthéon classique.

Magie noire

D’après les sorciers de cette époque, et les écrits qui nous en restent, une exhortation correctement réalisée était infaillible, à partir du moment où l’on possédait des ongles, des cheveux, un morceau de tissu et un objet qui furent en contact avec la victime désignée, à laquelle on voulait nuire avec efficacité.

Procédé

Le rituel commençait par la description précise de la personne visée, en énumérant chacun de ses organes, que l’on maudissait un par un. Pour les cas où il s’avérait impossible d’obtenir quelque objet intime que ce soit, invoquer le nom du sujet à l’aide de certaines formules pouvait s’y substituer. Chaque mot devait être gravé sur une plaque métallique, mince et souple, facile à plier.

Le pouvoir d’Hélios

Dieu du vent et messager de Zeus, il figurait l’intermédiaire par excellence pour conclure certains marchés obscurs, en lui dédicaçant en guise de conclusion : "communication valide à toutes fins", et ce après lui avoir confié en secret le grand nom gravé sur les papyrus. Ce titre correspondait à l’appellation occulte de la victime, rebaptisée dans la croyance que l'ensorcellement à distance repose sur la force des mots, censés contenir l’essence des personnes, des esprits et des divinités.

Des rouleaux sur des tombes

Une fois les incantations copiées à l’aide de lettres et de phrases renversées, pour en interdire la compréhension au commun des mortels, les sorcières disposaient ces rouleaux de plomb, métal du dieu Saturne, connu pour sa puissance maléfique, avec ceux qui étaient parfois rédigés sur des feuilles d’or, de cuivre ou d’argent, sur les tombes de leurs morts, de préférence une nuit de pleine lune. Les défunts étaient alors chargés, à l’aide de rites spécifiques, de nuire aux personnes signalées au cours de la cérémonie.

La croyance aux fantômes

Les sépultures de prédilection étaient celles des enfants, des femmes enceintes, éteintes durant l’accouchement, et des décédés par mort violente. Elles étaient considérées comme hantées par l'esprit des disparus, qui n’avaient pu se résigner à quitter complètement notre monde, en raison des circonstances tragiques de leur fin. On invoquait leurs fantômes, en espérantt que leurs sentiments négatifs et leur jalousie à l'encontre des vivants feraient d'eux des alliés puissants.

Transmission

Un texte intact à ce sujet nous révèle que les mystères de ces sorciers se transmettaient de père en fils ou de mère en fille, indiquant clairement d’attendre le jour où l’enfant de chair, et du même sang que le mage, réclamerait à son parent l’héritage de ses pouvoirs occultes.

Sources: Vudú en Roma , d'Ana Vázquez-Hoys, revue "Más Alla-de la Ciencia", J.C. Ediciones S.A. n°33/6/2000, pages 38-39.

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