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CÉCILE SCHMITT

Publié dans : Les articles Sciences & Technologies de Cécile Schmitt

Entre théorie de l'information et théorie de la séduction

Le roman d'Aurélien Bellanger offre un nouveau modèle d'apprentissage: entre récit séducteur et cours d'histoire de la théorie de l'information.

Aurélien BELLANGER publie chez Gallimard à la rentrée littéraire 2012, « La théorie de l’information » et refait l’histoire des technologies numériques. Il nous narre l’histoire d’un jeune français qui s’enrichit en surfant sur les nouvelles technologies : minitel (télématique), internet (informatique et cybernétique) puis WEB 2.0.

Théorie de la communication

L’histoire de ce personnage est émaillée de leçons sur la théorie de l’information. Aurélien BELLANGER raconte comment, en s’appuyant sur le second principe de la thermodynamique qui stipule que « les systèmes isolés tendent vers l’équilibre » (BELLANGER Aurélien, 2012), et sur le principe de la boucle de rétroaction (feedback), « le mathématicien Norbert WIENER donna naissance à une science nouvelle, la cybernétique. Le point essentiel de Wiener était le suivant : pour décrire un processus autorégulé, nous devons faire appel à une quantité physique nouvelle, qui n’est ni l’énergie ni la chaleur, mais l’information… ».

Après avoir décrit avec des mots ce schéma – « deux différences avec le schéma original de Shannon et Weaver sautent aux yeux, l’émetteur est devenu transmetteur et le bruit n’est plus dans une « boite » - Aurélien BELLANGER poursuit en soulignant le fait que « la symétrie du schéma de Shannon n’est qu’apparente. Pour qu’il y ait communication, il faut que le destinataire ignore ce qui va lui être transmis. Shannon nomme information la levée de cette incertitude, opérée par la réception d’un message ; la quantité d’information par message étant maximale quand la source est aléatoire » (BELLANGER, 2012 p.224). « L’entropie d’un système thermodynamique et celle d’une source mathématique sont toutes deux définies en fonction du nombre et de la probabilité des états qui leur sont accessibles. »

Le modèle d’apprentissage sous-jacent à la forme de ce roman est celui que chacun vit au jour le jour ; beaucoup de relations humaines et quelques moments de découverte de textes scientifiques, qui permettent de croire un temps que l’on a compris quelques chose, jusqu’à ce que, un paquet d’autres informations nous amènent à élaborer des hypothèses toutes différentes et que l’on se rende compte que l’on ne connait presque rien du fonctionnement humain. Le deuxième parallèle intéressant que l’on peut puiser en l’œuvre d’Aurélien BELLANGER par rapport à notre sujet est que le personnage, Pascal Ertanger, utilisant le minitel rose, invente le 3615 CHAUDE tout en vivant une aventure de séduction avec une péripatéticienne. Il met son énergie directement au service des phantasmes des interlocuteurs. Puis il se sert du minitel et des premiers ordinateurs en circulation pour pirater les Postes et Télécommunications et créer un annuaire inversé sur le minitel 3616 INVERSE. Il développe une boite d’accès à l’ADSL qu’il nomme Demon et qui devient alors dans le roman, le premier fournisseur d’accès à Internet.

Théorie de la séduction

Une théorie de la séduction, à la base du concept d’après-coup présenté par Sigmund Freud n’est donc pas étrangère à cette histoire. Aurélien Bellanger nous fait faire des boucles avec son roman, boucles entre l’histoire de Pascal, celle de la théorie de la communication et celle de l’évolution des technologies jusqu’à aujourd’hui. La manière d’apprendre entremêlée que nous propose donc cet auteur ressemble au morcellement des connaissances issues de l’expérience et de temps consacrés à l’étude des savoirs académiques. Enfin, d’une autre lecture de ce roman se dégagent les utilisations fallacieuses des technologies, celle qui poseront des problèmes éthiques, les usages détournés qui posent des problèmes moraux pédagogiques et éthiques. L’intérêt de revenir sur la théorie de l’information, c’est le sens donné par Shannon au mot « information ». En effet, à l’origine de toute formation, de tout apprentissage, il y a un besoin en informations, en connaissances, en compréhension. Les apprenants se posent des questions auxquelles l’Education doit répondre. Ils leur manquent des réponses pour comprendre ce qu’ils font, à quoi cela sert. Ils ont un désir de comprendre leur environnement et eux-mêmes. Chaque information lève une incertitude et repose une nouvelle question.

À propos de l'auteur

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CÉCILE SCHMITT

Documentaliste, psychologue (maîtrise), et maître en Sciences de l'éducation,
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