Animaux sacrés: sites insolites à visiter en Afrique de l'Ouest

Il est des endroits où les animaux sont rois. Dans des villages d'Afrique de l'Ouest, de curieux sites révèlent leur rôle culturel, mystique, symbolique.
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Le symbolisme animal constitue un élément essentiel de la culture africaine. Des lieux sont imprégnés des rapports privilégiés entre un peuple et une espèce. Sites sacrés d’exception, certains sont ouverts aux touristes.

Symbolisme animal en Afrique

Présents dans les contes, les légendes et dans la littérature africaine, les animaux jouent un rôle majeur dans l’imaginaire du continent. Ils revêtent une fonction symbolique, endossent un rôle mystique bénéfique ou maléfique, servent de faire-valoir aux hommes ou sont chargés d’une dimension sacrée.

"Les contes d’animaux marquent le confluent du réel et du surréel", affirmait Roland Colin dans Les contes noirs de l’Ouest africain . En utilisant le ressort de l’émotion, ces histoires transmettent des valeurs sociales. Les auteurs africains contemporains, tels Alain Mabanckou dans Mémoires de Porc-épic , renouvellent dans le roman la tradition de complicité homme-animal, vue comme un signifié du sacré .

Mais cette proximité manifeste en littérature s’appuie sur une réalité culturelle. En Afrique de l’Ouest, des peuples, des ethnies ou des villages entretiennent une relation particulière avec une espèce animale.

Ils lui vouent un respect spécifique, sacré, en font leur totem en raison d’un événement fondateur d’une relation privilégiée. Ils peuvent même lui consacrer un lieu et parfois un cimetière. C’est ainsi que se sont développés des sites originaux, parfois accessibles aux voyageurs.

Les mares aux crocodiles sacrés du Burkina Faso

Au Burkina Faso, il existe de nombreuses mares aux crocodiles sacrés. Elles font l’objet d’aménagements touristiques afin d’accueillir les visiteurs.

La mare aux crocodiles de Sabou est située à 80 km de Ouagadougou. Après avoir acheté un poulet vivant, le visiteur est conduit près de la mare par un guide qui attirera les sauriens avec la volaille attachée à un bout de bois...

Ici, le crocodile vit en harmonie avec l’Homme. D’où vient ce lien qui les unit? D’après la légende, un reptile a donné de l’eau à un ancêtre assoiffé, qui lui a ensuite juré protection.

La mare abrite une centaine de crocodiles. Les habitants leur demandent chance, réussite ou santé en échange de poulets vivants. Ils organisent des cérémonies en leur honneur. Et lorsqu’un reptile meurt, un villageois décède peu après.

Les sanctuaires de singes et d’hippopotames au Ghana

Au Ghana, des sanctuaires abritent des Colobus noir et blanc ainsi que des singes Mona. A Boabeng Fiema, un cimetière leur est dédié. On considère que celui qui tue l’un de ces animaux sera confronté rapidement à la mort lui-même.

Pour les habitants de Tafi Atome, les singes sont leurs ancêtres. Ils déambulent librement dans le village et s’invitent même dans les habitations…

A Wechiau, les touristes peuvent visiter le sanctuaire d’hippopotames. Ils sont sacrés pour les habitants car ils les ont sauvés contre des envahisseurs.

Au Ghana, la lutte contre le braconnage s’appuie sur cette relation qui unit les communautés locales aux animaux. Les populations jouent alors un rôle majeur dans la protection des espèces à travers les aires communautaires . Et l’accueil des touristes sur ces sites constitue une source de revenus.

Le temple des Pythons de Ouidah, au Bénin

A 40 km à l’ouest de Cotonou, la ville de Ouidah est bien connue pour son temple des Pythons. Ce lieu étonnant de la religion vaudoue – situé juste en face de la basilique catholique! – abrite de multiples serpents, très respectés.

Ces animaux sont vénérés depuis qu’ils ont protégé et sauvé un roi local. Ils ont repoussé les terribles guerriers qui le pourchassaient.

De nombreux rites vaudous intègrent les impressionnants reptiles. Ils sont détaillés aux touristes à qui l’on propose de déposer un serpent autour du cou… Et le soir, les serpents sont libérés dans la ville, avant de réintégrer leur temple le lendemain matin.

Protection de la nature et tourisme culturel

Les sites dédiés aux animaux sacrés allient traditions locales et développement touristique. Les communautés se servent de la fascination qu’exercent leurs propres pratiques pour développer des activités et des infrastructures afin d’accueillir des visiteurs.

En plus de cet atout économique, ces sites permettent de préserver des espèces en danger. Les instances de protection de l’environnement s’appuient sur les communautés locales en les intégrant dans les programmes de protection des espèces.

Combiner respect de la culture, développement économique local et protection de l’environnement, c’est tout l’enjeu d’un tourisme culturel durable tel que le préconise le programme de l’Unesco baptisé Tourisme, culture et développement en Afrique de l’Ouest .

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