Bois sacrés en Afrique de l'Ouest: animisme, tourisme et écologie

Les bois sacrés revêtent une dimension mystique et culturelle. Ils présentent un intérêt touristique pour l'Afrique de l'Ouest mais doivent être protégés.
227

En Afrique, le bois sacré joue un rôle essentiel. Lieu magique et religieux, vecteur identitaire des populations locales, il devient un enjeu touristique et écologique tout en conservant sa fonction spirituelle et de cohésion sociale.

Au-delà du végétal, le monde mystique magico-religieux

Bois sacrés, arbres sacrés, bosquets sacrés se retrouvent sur tous les continents, dans de nombreuses cultures. Il s’agit d’un lieu végétal – forêt, arbre, ensemble de plantes – ayant une grande importance religieuse, magique ou mystique, un lieu qui fait le lien avec un univers au-delà du monde physique.

En Afrique, les pratiques animistes autour de ces sites sacrés continuent de rythmer la vie de certaines communautés. Ce sont des lieux habités par un ou plusieurs génies, esprits ou dieux, un refuge des ancêtres, le lieu symbolique d’un fondateur de la communauté.

Des événements historiques sont à l’origine de la sacralisation d’arbres ou même de plantation de bois sacrés. Ils deviennent alors des lieux de mémoire, comme c’est le cas dans la région Aja-Tado, dans le sud du Togo et du Bénin, où est pratiqué le culte vaudou (voir l’étude "Arbres et bois sacrés: lieux de mémoire de l’ancienne Côte des Esclaves" ). Une circonstance précise peut créer un lien sacré avec une espèce végétale particulière, d’une manière semblable avec ce qui se passe pour les animaux sacrés .

Les bois sacrés sont parfois des lieux de sépulture, d'anciens palais royaux où ont été enterrées des personnalités prestigieuses ou des catégories de personnes précises (femmes qui n’ont pas eu d’enfants, etc.).

Ils jouent également un rôle symbolique. Celui de Mar Lodj , village sérère du Sénégal, est composé de trois arbres entrelacés qui représentent la cohésion entre catholiques, musulmans et animistes.

Rites traditionnels, offrandes et libations, initiation

Les bois sacrés font l’objet d’offrandes, de sacrifices, de libations. On formule des demandes ou on remercie les ancêtres ou les divinités par leur intermédiaire. De petits autels sont parfois dressés à leur pied.

Il y a des règles assez strictes à observer, des interdits, des tabous, des rites. Certains bois sacrés sont gardés par des personnes désignées par la communauté en raison de signes distinctifs. Chez les Diolas du Sénégal, en Casamance, ce sont des femmes qui gardent les bois sacrés, aussi bien ceux réservés aux hommes que ceux destinés aux femmes.

Dans cette ethnie, le Bukut (qui signifie "bois sacré") est la cérémonie traditionnelle d’initiation qui marque le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Elle se déroule environ tous les vingt ans… si les Anciens le décident! Venus de tout le pays et même du monde entier, les futurs initiés, certains de retour au village pour l’occasion, sont emmenés dans le bois sacré en vue de leur initiation dont les modalités sont gardées secrètes.

Arbres sacrés à visiter et dérives

A défaut de voir ce qui se passe dans le bois sacré, il est possible de découvrir des arbres sacrés. Le "baobab le plus grand du monde", "l’arbre le plus vieux du pays" sont devenus des arguments courants pour mettre en valeur un arbre sacré local.

Ainsi, il est fréquent dans les pays d’Afrique de l’Ouest de pouvoir "visiter" un baobab. La communauté locale s’organise pour créer un site touristique afin d’en tirer quelques revenus. Un guide conduit le visiteur à l’intérieur du tronc, lui explique l’historique et la symbolique de l’arbre, avant de le mener vers les vendeurs locaux installés autour de l’arbre…

Cependant, l’attrait des Occidentaux pour les pratiques traditionnelles autour des bois sacrés et des plantes sacrées n’est pas sans poser de problèmes. Ainsi en est-il de l’iboga, une plante classée comme stupéfiant en France et dans d’autres pays, utilisée dans le rituel Bwiti au Gabon, en Guinée équatoriale et au Cameroun. Elle suscite l’intérêt des adeptes du néochamanisme. Mais, utilisée hors du contexte coutumier, l’iboga, avec ses propriétés hallucinogènes, se révèle dangereuse. Seuls les guérisseurs traditionnels maîtrisent ses effets thérapeutiques.

De l’abandon à la protection, vers l’écologie du sacré en Afrique

A l’inverse, des bois sacrés sont délaissés. Face à l’importance grandissante des religions monothéistes, des pratiques traditionnelles disparaissent. Après être devenu un entrepôt d’ordures, le bois sacré de Ouagadougou, au Burkina Faso, a été réhabilité. Désormais appelé Parc de Bangréwéogo , il abrite un jardin botanique et de nombreux animaux.

Au niveau international, une prise de conscience s’opère sur la nécessité de protéger et sauvegarder ces lieux culturels et naturels. Ainsi, le respect des sites sacrés a été mentionné dans les principes éthiques déterminés lors de la conférence mondiale sur la biodiversité de Nagoya en 2010. Les bois sacrés sont désormais considérés comme des sanctuaires abritant une biodiversité animale et végétale.

La forêt sacrée du peuple yoruba d’Osun-Oshogbo , au Nigeria, a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle présente un intérêt à la fois naturel, car elle se situe dans une forêt primaire, et culturel car elle est un symbole identitaire, une manifestation de la pratique traditionnelle des bois sacrés et elle témoigne de la cosmogonie yoruba à travers des œuvres d’art.

En intégrant les populations locales, en tenant compte de leurs savoirs, de leurs savoir-faire et de leurs croyances, les actions de protection de l’environnement prennent sens et gagnent en efficacité. Il est donc urgent de plaider pour une protection des bois sacrés .

CONT12

Sur le même sujet