Fadiouth, l'île aux coquillages à côté de Joal, au Sénégal

L'île de Fadiouth, avec ses ruelles de coquillages, charme le visiteur en voyage au Sénégal. Un village aux traditions sérères et à la douceur insulaire.
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Fadiouth est un site incontournable de la Petite-Côte du Sénégal. Accolée à Joal, facilement accessible, l’île aux coquillages offre un décor hors du commun et conserve une identité culturelle forte malgré le développement du tourisme.

Fadiouth, l’île aux coquillages bâtie sur un banc de sable

Située à 115 km au sud de Dakar, l’île fait partie de la commune de Joal-Fadiouth qui réunit les deux villages du même nom. Si Joal est célèbre car c’est ici qu’est né l’ancien président Léopold Sédar Senghor, Fadiouth est réputé pour son caractère pittoresque. On s’y rend en traversant à pied le pont de bois ou en prenant la pirogue (à rame).

Fadiouth signifie en langue sérère "avec les bancs de sable". Contrairement à ce qui est indiqué sur de nombreux guides touristiques, l’île n’a pas été bâtie sur un tas de coquillages mais sur un banc de sable.

En pays sérère, comme dans de nombreuses cultures africaines, il est tabou de rejeter les coquillages dans la mer. C’est pourquoi les femmes les déposaient aux abords de l’île qui s’est ainsi agrandie peu à peu.

Promenade dans les ruelles de Fadiouth

Aujourd’hui, les coquillages jonchent les rues de l’île. Un natif de Fadiouth sait d’ailleurs reconnaître au bruit des pas du marcheur s’il s’agit d’un habitant de l’île ou d’un étranger.

Au détour des ruelles, les vendeurs d’objets artisanaux côtoient les habitants qui vaquent à leurs occupations. En sortant des "artères touristiques", la vie suit son cours: des anciens discutent sur les places publiques, des enfants jouent au foot, des femmes mettent des cacahuètes en sachets, un tisserand traditionnel travaille sur son métier…

Enfin, il faut être attentif aux noms des boutiques et à leurs "accroches publicitaires" non dénuées d’humour. Auchan, Super U ou Tati se présentent sous un jour entièrement nouveau!

L’église de Fadiouth et son cimetière mixte catholique et musulman

L’île est à majorité catholique mais le dialogue avec les musulmans est constant, l’identité insulaire et sérère primant sur l’appartenance religieuse pourtant importante. L’église Saint-François-Xavier de Fadiouth est un bâtiment assez remarquable. Elle se caractérise par un décor intérieur coloré et hétéroclite.

Mais le lieu emblématique de l’île est le cimetière. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il se "visite". Les habitants encouragent les visiteurs à s'y rendre. Accessible par un autre petit pont, il est mixte, regroupant des tombes de catholiques et de musulmans.

Les allées de coquillages et les baobabs créent un décor pour le moins original… L’île sur laquelle le cimetière est installé forme une butte en haut de laquelle un magnifique panorama s’offre au regard. On aperçoit les greniers à mil sur pilotis.

Les héros de Fadiouth: Léopold Sédar Senghor et les lutteurs

Au-delà des lieux, l'identité de Fadiouth est aussi fondée sur des figures mythiques. L'ombre de Léopold Sédar Senghor plane. A Joal, sa maison natale est devenu le musée Mbind Diogoye . Une partie est consacrée à l’ancien président dont les Sénégalais sont nostalgiques, tandis qu’une autre présente la culture sérère par le biais d’objets culturels et de la vie quotidienne.

Dans un tout autre genre, les célébrités dont se réclament les habitants de Fadiouth sont des sportifs. Les Sérères sont réputés comme étant les meilleurs lutteurs sénégalais . Ainsi l’île est particulièrement fière de Mohamed Ndiaye dit Robert, de Manga II (de son vrai nom Hyacinteh Ndiaye) et, bien entendu, de l'actuel roi des arènes Yakhya Diop dit Yékini . Aussitôt leurs noms prononcés, des discussions enflammées s’enclenchent sur ces héros locaux !

Croyances, culture sérère et traditions

Pour aller plus loin que ce qui est présenté au commun des touristes, il faut de la patience et gagner la confiance des habitants. L’île de Fadiouth reste encore très imprégnée des croyances animistes, des traditions sérères et de ce qu’un observateur rationaliste appellerait des légendes.

A Fadiouth, Mama Ndagne, l’esprit protecteur du village, habite un immense baobab vieux de plusieurs centaines d’années. Près de l’ arbre sacré , le Fangol est enfermé dans une petite case en paille. Il s’agit de l’esprit d’un ancêtre qui produit des phénomènes étonnants.

Des cérémonies témoignent également de la culture locale. C’est notamment le cas lors de l’Assomption, fête du 15 août très célébrée chez les catholiques du Sénégal. Chants, musique, lutte sont au programme ainsi que le Nguel. Cette cérémonie où filles et garçons dansent sur des rythmes traditionnels symbolisait à l’origine l’entraide chez les jeunes du même âge.

Baignée dans ses traditions tout en étant ouverte au tourisme, bercée par l’air marin tout en étant rattachée au continent, Fadiouth garde son caractère insulaire, les pieds dans les coquillages!

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