Iwol, village du pays bedik dans le Sénégal oriental

Iwol est un village du Sénégal oriental accroché à la montagne. Au bout de la randonnée, la rencontre avec l'ethnie minoritaire des Bédik.
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Les Bedik vivent dans des villages perchés sur les montagnes du Sénégal oriental. Iwol est l'un d'eux. Une excursion pour aller la rencontre de ce peuple et de sa culture et pour découvrir son environnement naturel reste inoubliable.

Iwol: voyage en pays bedik, en passant par Kédougou et Ibel

Iwol, un attrayant et intriguant village, parfois surnommé "capitale du pays bedik", se situe sur les contreforts du Fouta-Djalon, dans le Sénégal oriental. Si cette région est moins touristique que la Petite Côte, entre Dakar et le Sine-Saloum, elle est pourvue de sites naturels remarquables comme le parc du Niokolo-Koba ou la cascade de Dindéfélo . Et les rencontres humaines ne sont pas en reste avec les ethnies telles que les Bassari ou les Bedik.

Après avoir traversé le Sénégal depuis l'Ouest pour atteindre l’extrême Sud-Est, le pays bedik se profile. A une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Kédougou, le village d’Ibel est le point de départ d’une courte (mais difficile) randonnée qui mène à Iwol, en haut de la montagne. Avec l’aide d’un guide local, l’aventure peut commencer.

Randonnée vers Iwol, sur une montagne aux versants de coton et de bissap

Pas d’autres moyens pour se rendre au village d'Iwol que de bons pieds, du souffle et de la sueur! Le dénivelé est important et il faut environ une heure de marche pour atteindre Iwol. A moins de suivre le rythme soutenu du guide local, souvent un jeune du village qui monte et descend la montagne plusieurs fois par jour...

Si l’effort est intense, le paysage est époustouflant. Les champs vert et blanc de coton alternent avec les étendues rougeoyantes des cultures de bissap , plante notamment utilisée pour réaliser le jus de bissap , une boisson traditionnelle. La roche, la fameuse dolérite constitutive de l’identité bedik (voir l’ article de référence de Marie-Paule Ferry), côtoie le végétal. Le soleil écrase le corps, les arbres offrent de l’ombre pour de brèves haltes.

La facilité du guide à grimper force l'admiration. On aperçoit parfois des femmes portant de grosses bassines de linge sur leur tête. Elles déambulent avec une aisance déconcertante sur un autre chemin escarpé, plus court mais plus difficile, précise le guide. Impossible de se plaindre quand on devine la vie des habitants d’Iwol rythmée de montées et de descentes.

A Iwol, rencontre avec l’ethnie des Bédik, un peuple du Sénégal

En arrivant dans le village, l’usage veut que l’on remette des présents, tels que du sucre, des bougies (il n'y a pas l'électricité) ou des noix de cola, au chef du village. Il s’appelle Jean-Baptiste Keita, du nom d’une importante lignée bédik (Ferry, op. cit. ) et endosse également les fonctions d’instituteur, de soigneur, de prêtre, de guide touristique et d’interprète.

Il convie les visiteurs à s’asseoir sur des bancs, que l’on suppose avoir été installés spécialement à l’intention des touristes de passage. C’est ici qu’il raconte aux visiteurs l’histoire des Bedik en général, et d’Iwol en particulier. Il parle également de leur vie quotidienne, de leur culture, de leurs croyances, de leurs espoirs.

Visite du village d’Iwol: cases, église, bois sacré et confidences

Cette rencontre, qui peut paraître un peu formelle, est suivie d’une promenade dans le village. Au détour des ruelles et des cases, des femmes réalisent des produits artisanaux; leur retenue tranche avec l’attitude "entreprenante" des vendeuses dans les régions plus touristiques.

Bâtiment improbable en ce lieu situé en altitude: une église. Les Bedik sont catholiques, autant qu’animistes. Comme ailleurs au Sénégal, les croyances traditionnelles côtoient la religion importée. S’ensuit d’ailleurs une présentation du bois sacré , un baobab en périphérie du village.

Les jeunes se livrent volontiers aux échanges. On apprend que les femmes font une longue marche pour aller puiser l’eau dans les puits, éloignés du village. Les sacs de riz de 50 kg sont acheminés à dos d’homme un par un… ou deux par deux.

Et la confiance peut aussi conduire aux confidences: les espoirs d’une vie meilleure ailleurs, le besoin d’ouverture vers l’extérieur, les rencontres secrètes entre adolescents. Avant le mariage, les jeunes jouissent traditionnellement d’une grande liberté sexuelle, codifiée toutefois (voir l’ article de Gomila et Clarckson). Si des sujets sont délicats (excision), d’autres permettent d’aborder la culture des Bédik.

Histoire, culture et langue des Bédik, une minorité ethnique

Le site Internet sur les Bédik de l’Institut fondamental d’Afrique noir (IFAN), bien qu’inachevé, rassemble des informations sur leur histoire, leur culture et leur langue. Cette minorité ethnique, d’environ 3000 individus selon les dernières estimations, fait partie du groupe tenda.

Comme l’explique le chef du village, les Bedik se sont installés dans les montagnes de cette région vers la fin du XIIIe, début du XIVe siècle, pour fuir les conflits et les velléités d’islamisation. Cet isolement explique que le pays bedik soit longtemps resté à l’écart des circuits touristiques, à la différence du proche pays bassari.

L’ethnologue Mary Paule Ferry, spécialiste des Bedik, a notamment étudié leur littérature orale ( Les dits de la nuit, contes tenda , Karthala) et leur langue, le mënik (ou ménik). Les règles orthographiques en ont été fixés par décret en 2005 et il se décline en 3 dialectes: banapas, bënolo et biwol, celui parlé à Iwol. Selon l’Unesco, il s’agit d’une langue en danger (voir l’atlas des langues en danger).

De même, leur culture est fragile. Comme pour de nombreuses sociétés traditionnelles, elle se caractérise par l'importance des fêtes, une relation de proximité avec la nature et un système de classes d’âges. Plus original, les prénoms sont donnés en fonction de l’ordre de naissance des enfants.

Les habitants d’Iwol ont bien conscience des enjeux liés à leur culture et leur langue, et du dilemme inhérent à leur sauvegarde: faut-il se replier pour se préserver, ou est-il nécessaire de s’ouvrir au monde extérieur pour l’informer qu’une culture et une langue minoritaires vont peut-être bientôt disparaître?

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