La lutte, ou lamb, le sport le plus populaire du Sénégal

La lutte sénégalaise, le lamb, fait vibrer les foules, des plus jeunes aux anciens. Lutte traditionnelle ou lutte avec frappe: spectacle garanti!
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La lutte sénégalaise est bien plus qu’un sport au pays de la teranga. Elle mêle musique, danse, mysticisme et, bien sûr, combats. De la lutte traditionnelle à la lutte avec frappe, le lamb déchaîne les passions et occupe toutes les conversations. À travers la lutte sénégalaise, transparaissent de nombreux pans culturels du pays, dans un mélange de tradition et de modernité.

La lutte sénégalaise du quartier à la télé

Au Sénégal, à peine un enfant tient-il sur ses pieds qu’on l'encourage à imiter les lutteurs. Sur les places des villages, sur les plages des îles, dans les quartiers de Saint-Louis ou de Dakar, il y a toujours des jeunes ici ou là qui s’adonnent à la lutte, simple jeu ou entraînement sérieux.

La lutte sénégalaise est partout. Dans la rue, à la boutique ou sur le marché, on débat du combat des lutteurs du coin qui se sont affrontés la veille. La radio relate les exploits des jeunes espoirs comme Boy Niang II ou Ama Baldé. Et lorsqu’un combat de titans est organisé dans l’arène, le pays vit au ralenti et on s’agglutine autour des postes de télévision pour suivre le spectacle.

Le lamb, entre sport et spectacle

Tyson, Balla Gaye II, Bombardier, Gris Bordeaux et surtout Yékini, avec des noms qui laissent songeurs et les titres élogieux dont les affublent les médias, font rêver les enfants. Tant mieux diront certains: ce sport forme le corps et l’esprit, inculque les notions de persévérance, de rigueur et de respect. Horreur, crieront quelques autres (peu nombreux): ce combat n’est que violence et argent facile.

La lutte sénégalaise, pourtant, n’est pas seulement un combat de corps à corps. Elle est aussi art et mysticisme. Que ce soit pour les tournois de village les plus modestes ou pour les combats professionnels organisés par des promoteurs, les ingrédients sont les mêmes: percussions, chants, rituels magico-religieux et affrontement physique. Et les spectateurs sont là pour tout ça!

Lutte, mysticisme et musique

La lutte sénégalaise, c'est d’abord le duel mystique. Bien avant le combat déjà, chaque lutteur fait appel à ses marabouts et féticheurs pour mettre toutes les forces mystiques de son côté et contrer les sorts de son adversaire. Il lui faudra suivre le protocole imposé: porter tel ou tel gri-gri, s’asperger de telle ou telle lotion à telle heure, boire les différents breuvages dans tel ordre, se placer à tel endroit de l’arène, enterrer telle corne avant le combat, etc. Un homme de confiance du lutteur gère et coordonne ces préparatifs.

C’est aussi une joute artistique. Au rythme des percussions, les griots (souvent des griottes) chantent les exploits des lutteurs présents et rendent hommage à leur bravoure avec des chansons qui vantent leurs mérites. Lorsque les combattants entrent dans l’arène, ils effectuent une danse entouré de leur "staff", pour la confiance en soi, pour impressionner l’adversaire et parce que… c’est comme ça!

Lutteurs et spectateurs

Vient ensuite la lutte à proprement parler. Au début des tournois, les "petits combats" s’enchaînent avant de laisser place aux combats des lutteurs plus renommés. Observés par un arbitre et ses deux assistants, à l’intérieur du cercle délimité, les deux hommes se jaugent dans un "balancement de mains" avant de s’empoigner, s’affronter et essayer de faire tomber son adversaire, le "terrasser". Quatre appuis, se coucher sur le dos, avoir la tête qui touche le sol ou sortir du cercle en tombant et c’est perdu! Pas le droit à la moindre erreur… d’où des combats qui durent parfois seulement quelques minutes. En cas de litige, les juges tranchent.

Dernier élément important: le public et les supporters. En plus de la musique, les cris de stupeur, de joie ou de contestation accompagnent les lutteurs et les décisions des arbitres. L’éclairage du terrain est souvent faible, le confort sommaire… mais l’ambiance reste chaleureuse. À la fin du combat, le vainqueur est assailli par ses supporters avant une dispersion générale, le tout généralement dans un bon état d’esprit. On sait aussi reconnaître le perdant "qui n’a pas démérité".

Lutte traditionnelle sérère et mbapatts

La lutte sénégalaise est issue de la lutte traditionnelle des Sérères, une ethnie de la région du Sine-Saloum. À la saison des pluies, les hommes mesuraient leur force dans des combats qui pouvaient durer quarante-cinq minutes! Peu de récompenses à l’appui, principalement la gloire, parfois un animal.

Aujourd’hui, dans les villages et les quartiers, on organise toujours des mbapatts, c’est-à-dire des combats en dehors des structures officielles, où les lutteurs font leurs premières armes. Ils se perfectionnent ensuite dans les tournois inter-village, inter-quartiers et inter-régions organisés par le CNG, le Comité national de gestion de la lutte. À ce niveau-là, le vainqueur peut remporter un zébu, des céréales, du ciment, une modeste somme d’argent, etc.

La lutte avec frappe et son business

Pour les lutteurs qui se distinguent, vient ensuite la lutte professionnelle avec frappe, née dans les années 1920. Aux techniques traditionnelles, s’ajoute la possibilité de donner des coups de poings, comme en boxe, mais à mains nues. C’est la particularité de la lutte sénégalaise… et qui explique qu’elle est interdite en Europe.

Les lutteurs professionnels font partie d’écuries, sont entourés de coaches sportifs, d’équipes de marabouts, de managers et d’avocats. Ils participent au CLAF (Championnat de lutte avec frappe). Les meilleurs accèdent aux grands combats médiatisés organisés par des promoteurs à Dakar, avec des sommes rondelettes à clé. Et le champion des champions accède au titre prisé de Roi des arènes, détenu à l’heure actuelle par Yakhya Diop dit Yékini .

Depuis une dizaine d’années, la lutte sénégalaise explose, et les cachets aussi, les promoteurs arrivent à grand renfort de sponsors. Avec ce mélange sans complexe de traditions et de modernité si caractéristique du Sénégal, le lamb tient une place essentielle dans la société. Même le foot est passé au second plan, c’est dire…

Tout savoir sur la lutte sénégalaise

Lutteurs sénégalais , Laurent Gudin et Éric Breton, Budo éditions, 2011

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